Dans la vie, il faut savoir se réjouir des bonnes choses et, le programme culturel que nous offre sortieOuest au Domaine de Bayssan à Béziers permet de passer de très agréables moments. On retrouve toujours la même ambiance accueillante et conviviale. On arrive sur ce lieu féerique accompagnés de nos amis, et dès que l'on entre dans le chapiteau, on en croise d'autres.

Cette fois, nous sommes venus en famille pour découvrir Tête Haute, la nouvelle pièce de Joël Jouanneau qui, comme à son habitude, met l'expérience de l'enfant au centre de son plateau ; cette fois, il s'agit de l'affrontement de la peur.

 

v tete haute caroline bigret

© Caroline Bigret

Dès le commencement du spectacle, la poésie du texte et la subtilité de la mise en scène captive les enfants, petits et grands : mon fils n'a que quatre ans. Sur un grand écran, on voit la couverture d'un livre dont le titre n'est autre que Tête Haute. L'image est diffusée en direct à partir d'un vrai livre posé sur une table devant la scène.

Puis, arrive un étrange personnage nommé Babel, seul compagnon d'une petite fille sans nom qui a été abandonnée dans la « lande sauvage » par ses parents, le roi et la reine de Nerville. Avec lui, la fillette passe ses journées à apprendre tous les mots du dictionnaire . Babel lui apprend le plaisir des mots et du langage, et surtout le plaisir des histoires et de l'imagination ; il raconte. Mais, dans les contes comme dans la vie, il arrive un moment où les enfants doivent partir, tête haute, pour découvrir le monde, même si cela fait peur. Babel donne à la petite fille son nom, Éklipse, et bien sûr une éducation qui lui fournira les armes nécessaires pour affronter les épreuves de la vie. Dans ce spectacle, qui joue beaucoup avec le clair-obscur, le noir est la couleur dominante au début puis il laisse peu à peu sa place à la lumière. Éklipse sort progressivement de la nuit et des ombres pour marcher tête haute dans la lumière.

 

Quand je vais au théâtre avec mes enfants, j'adore regarder leurs visages ; et, devant ce spectacle, ils étaient captivés

 

Aujourd'hui, les écrans font partie intégrante de la vie de nos enfants et la mise en scène de Cyril Teste (de la compagnie MxM) s'appuie ingénieusement sur des nouvelles technologies, sans rien enlever au travail enjoué des acteurs. En effet, Cyril Teste a trouvé une véritable harmonie entre le numérique et le jeu théâtral qui permet à chacun de s'enrichir mutuellement. Sur scène, les comédiens en chair et en os se fondent et se confondent avec l'écran et deviennent des ombres chinoises dans un décor virtuel évoquant justement les visions cauchemardesques de nos peurs.

Certaines scènes ont particulièrement retenu notre attention. Nous avons été frappés par la cascade de mots qui jaillissaient de la bouche d'Éklipse, pour ensuite se rassembler et former un arbre afin de montrer comment nous pouvons construire notre monde avec nos mots. La scène finale est aussi d'une grande beauté : le père et la fille se réconcilient pendant que la neige tombe sur l'écran derrière eux, produisant l'illusion optique que tous deux sont en train de s'élever doucement vers le ciel.

Quand je vais au théâtre avec mes enfants, j'adore regarder leurs visages ; et, devant ce spectacle, ils étaient captivés. Le lendemain je les ai même découverts en train de rejouer l'histoire ! La phrase est entrée chez nous, « garder la tête haute » maintenant cela signifie « affronter sa peur ». Tête haute, on voit le monde, on découvre les choses que l'on ne connait pas, que l'on ne comprend pas. Et, c'est cela « être courageux » : aller vers l'inconnu pour connaître l'autre. Pour Éklipse, c'est en allant vers son père qu'elle arrive à le comprendre, à lui pardonner ses erreurs et finalement à se réconcilier avec lui. C'est une très belle leçon, tant pour les enfants que pour les adultes ...