Sorti en salle le 21 septembre 2016, le dernier Dolan a reçu un Grand Prix immérité. Ce film névrosé, Juste la fin du Monde, n'est pas à la hauteur du sujet.

par DGRojoyVerde,

Ill9

Il y a des histoires qui méritent mieux qu'un traitement esthétique bourré des tics et des obsessions professionnelles d'un jeune cinéaste, certes doué mais par trop maniéré.

Au risque de prendre beaucoup de contre-pieds, le dernier opus de Xavier Dolan est une torture rétinienne du début à la fin. Juste la fin du monde aurait pu, aurait dû aborder un sujet aussi sérieux que l'annonce de sa propre mort sur un mode plus vivant.

Ici, toutes les actrices et les acteurs aussi talentueux soient-ils individuellement, ensemble desservent le sujet. Ils sont uniquement dans leur rôle, sans jouer avec les autres et sans servir l'histoire, à part quelques rares incursions très furtives.

C'est comme si nous avions décerné un Grand Prix uniquement sur le projet esthétique d'un jeune cinéaste déjà adulé, et qui aurait réuni un casting exceptionnel sans savoir qu'en faire.

C'est exactement cette impression qui ne nous lâche pas du début à la fin du film. La mise en scène est trop stylisée, trop maniérée, alors qu'il se serait agi d'obtenir des acteurs une fluidité naturelle dans un moment grave et lourd pour éviter qu'ils soient chacun-e-s muré-e-s dans des tableaux sans lien qui s'enchaînent les uns derrière les autres.

le dernier opus de Xavier Dolan est une torture rétinienne du début à la fin


Même le choix des musiques est mauvais, sauf peut-être le Natural Blues de Moby qui signe le départ du personnage principal campé par un Gaspard Ulliel qu'on a connu beaucoup plus inspiré. Et c'est vrai qu'il transpire devant la caméra, au propre comme au figuré, tant on sent que ce rôle lui a été difficile et qu'on le sent réellement libre lorsque le film finit.

Ce film est l'archétype du côté obscur du cinéma français, le film de genre trop stylisé dont on ne peut même pas se réjouir qu'il serve une histoire qui bouleverse les codes. Xavier Dolan doit encore apprendre le métier pour rendre ses films non seulement esthétiques mais agréables à voir. L'esthétisme juste pour lui-même n'a rien à faire au cinéma, tu racontes une histoire, c'est elle qui doit tout régenter sinon ce n'est plus du cinéma, c'est autre chose, un exercice de style certes, mais que nous pouvons nous contenter de voir sur une toile de maître, dans un musée ou un vernissage, mais pas porté à l'écran au cinéma.

Passablement raté et à refaire, la copie est mauvaise.