Les lumières sont encore allumées sur le public qui bavarde, et Alexandre Romanès, le père, arrive sur la scène comme ça sans nous interrompre. Il nous dit que quand on fait des photos, c'est mieux sans le flash, et aussi qu'on peut garder les téléphones allumés, c'est pas un problème. Tout de suite, c'est comme si on n'était plus au théâtre. Bienvenue chez les Romanès !

 romanes


Après on comprend. Quand la famille déboule avec le violon, l'accordéon, la guitare, la clarinette, le saxophone, la contrebasse, et les percussions, ils peuvent toujours s'accrocher les portables qui sonnent. Et puis il y a Délia, la mère, et sa voix qui a dû en engueuler, des sales gosses.
Elle chante « Alexandra, Alexandra » tandis qu'une comète à longue chevelure fend les airs : Alexandra ! Sa balançoire de fil l'emporte par-dessus le ciel, libre et comme irréelle. Lorsque, liée par les chevilles, elle se lâche dans le vide, la tête en bas, les bras en croix, la salle crie de plaisir et d'effroi !

Une soirée en apesanteur.

Les images et les sons se succèdent comme dans un rêve, tantôt merveilleux, tantôt fantastique... Un tout petit garçon grimpe au sommet du mât en un éclair... Un couple s'enlace tout en haut du ciel... « C'est magique en vrai », dit à sa mère une toute petite fille assise à côté de moi, lorsque des boules de feu fendent en sifflant la nuit noire et soudain muette du théâtre...
À la fin du spectacle, le père Romanès revient sur scène avec sa petite boutique ambulante. Il vend des images, des poèmes, des histoires et des proverbes. Commerçant habile, pour nous mettre en appétit, il nous fait goûter un peu de sa sagesse séculaire :
« Si tu es au fond du trou, dit un proverbe, arrête de creuser. »
« Si un homme veut à tout prix le pouvoir, met en garde un autre proverbe, ne le lui donne surtout pas. »
Puissions-nous être inspirés, ici à Béziers, par la sagesse des gitans...