Ça y est, il fait froid, on a changé d'heure. Il est à peine 19 h, c'est samedi soir, mais il fait si sombre et vide dehors qu'il faut bien du courage et de l'envie pour sortir s'aventurer dans les ténèbres biterroises. Entraînée par mon amoureux, je m'en vais donc au Centre d'animation municipal Georges Brassens pour un concert : « Le cri du poilu ».

Par Nadja


A peine arrivés on est accueillis par des cris d'enfants joyeux et excités qui courent partout. Il fait chaud et il y a du monde. Des jeunes mamans m'offrent leur sourire et un verre de jus de fruit. Il y dans l'entrée des grands panneaux sur la vie dans la région au temps de la Première guerre mondiale, réalisés par les élèves du collège Krafft. Ils sont riches d'informations édifiantes et ça fait plaisir, quand on a, comme moi, entrevu dans sa boîte aux lettres les dernières débilités du JDB (un enfant déguisé en soldat sous le titre « Qui voudrait encore sauver la patrie en 2015 ? »).


Le spectacle commence par la lecture de lettres de poilus, par des jeunes du quartier. Puis c'est le concert : chant, accordéon, guitare et grelots vibrants avec Coko1 et Danito2. Les deux artistes nous font découvrir des poèmes et chansons du début du siècle. Ils sont allés à la récolte de ces mémoires de l'époque de la grande guerre et les font revivre avec enthousiasme et talent. Le public tape des mains, chante, en redemande. Les textes sont intéressants, rigolos et percutants. En voici quelques extraits :

« Soir et matin, combien de gens bavardent ?
Pour ne rien dire, ils causent bien souvent
A chaque instant, ces bavards nous retardent
Par leurs propos vides comme le vent
Mes bons amis, je n'en fais pas de mystère
A m'écouter, vous perdez votre temps
Est-ce la guerre ? Est-ce l'ennui des ans ?
Je ne sais plus rien dire, ni rien faire...
(...)
S'il faut chanter les horreurs de la guerre
Dire aux enfants, aux mères des poilus
Heureux ceux-là, qui ne reviendront plus
J'aime bien mieux me taire »

J'aime mieux me taire, de Frédéric Mouret

 

Le culte du drapeau regorge d'impostures, La loque nationale est digne des ordures

 

« Puisque le feu et la mitraille
Puisque les fusils les canons
Font dans le monde des entailles
Couvrant de morts les plaines et les vallons
Puisque les hommes sont des sauvages
Qui renient le dieu fraternité
Femmes debout ! Femmes à l'ouvrage !
Il faut sauver l'humanité.
Refuse de peupler la terre
Arrête la fécondité
Déclare la grève des mères
Aux bourreaux crie ta volonté
Défends ta chair, défends ton sang
A bas la guerre et les tyrans !
(…) »

La grève des mères, de Montéhus, R. Chantegrelet et P. Doubis

 

 

Pour finir, les artistes nous proposent des chansons de leur propre cru. La soirée se termine avec la chanson « Merci la France », des Croquants, qui raconte l'histoire d'un enfant sans papier qui se fait expulser. Courageux de chanter de tels propos dans une salle populaire biterroise (municipale). A moi de conclure maintenant. Dans l'ambiance actuelle, où je ressens parfois comme un vague relent de moisi, je partage avec vous cette citation de Charles d'Avray entendue également ce soir là :

"Le culte du drapeau regorge d'impostures,
La loque nationale est digne des ordures,
Oublions qu'en un temps, des torchons de couleurs
Traînés sur notre globe ont divisé les cœurs."

 

 

1) : Corentin Coko est un artiste biterrois auteur compositeur et interprète
2) : Danito est également compositeur, chanteur et interprète. Il est membre du groupe « Les croquants »