Du 21 au 23 août se déroulait à Montblanc le premier festival Yaka de la liberté.
Le cœur de ce festival c'est le dessin de presse, à cet effet ils et elles étaient une bonne quinzaine à avoir fait le déplacement pour répondre présents à l'appel lancé par les Anartistes Sylvie Roblin et Christophe Étienne, soutenus en cela par une armada de bénévoles.

Par RasKarKapaK

Ici on est loin des paillettes mais nous sommes déterminés à proposer quelque-chose de différent avec de grands artistes. Le projet, c'est de pouvoir faire de la vraie action culturelle et aujourd'hui beaucoup de festivals de presse ont été annulé, c'est véritablement la double peine pour des dessinateurs qui doivent plus que jamais être soutenus.» Dont acte.

Les actes culturels ne sont alors jamais dénués de sens. Précédemment c'était le festival « Femmes plurielles » qui faisait la part belle aux créations féminines ; aujourd'hui c'est le dessin de presse qui semble avoir plongé les Anartistes dans l'urgence du soutien et de l'acte culturel, le 11 janvier étant encore très présents dans les esprits : « l'assassinat de Tignous ça a été très violent pour nous tous et pour les dessinateurs ! ».

J'ai choisi le camp de la liberté !

Direction le chai, impressionnant de cachet avec son espace expo, sa scène et son bar, une sorte de temple dévolu aux arts et aux plaisirs. D'ailleurs, c'est devant un breuvage à base de malt et de houblon dont la fraîcheur apaisante offre l'illusion fugace que la chaleur fait une trêve , que Fathy, fondateur du Festival International de l'Estaque, relate sa rencontre l'an dernier avec Tignous : « Je lui ai dit, tu sais, ils peuvent frapper là où ils veulent et quand ils veulent ! » Tignous me prend le bras et me répond : « Tu sais, Fathy, t'inquiète pas, ici on est en France. » En France, Fathy, président du Festival International de l'Estaque, est obligé de cacher sa famille durant l'événement, retrouve sa porte taguée... mais il continue de résister : « En Algérie, en 90, quand les massacres ont commencé, en tant que dessinateur de presse j'ai choisi le camp de la liberté. Après, le pouvoir, ce sont les barbus que j'ai dénoncés ! ».

Fathy Bouarayou

 

 

Pour Fathy Bouarayou, dessinateur de presse et journaliste crobaresque dont l'esprit de résistance s'est forgé dans les heures les plus sombres de son Algérie natale, la suite logique c'était la création d'un outil de résistance massive. C'est chose faite à travers le Festival International du dessin de presse de la caricature et de la satire de l'Estaque (du 17 au 20 septembre 2015, quartier de l'Estaque, Marseille, 16ème arr.). Mais revenons à Montblanc et à son festival, où un chat à l'humour percutant promène ses moustaches.

Ben Ali a érigé la médiocrité en exemple !

Willis

 

 

Ce chat, c'est Willis. Sa ville, c'est Tunis. Et c'est sous les coups de crayons incisifs de Nadia Khiari que le matou en question est apparu, juste après le dernier discours du président Ben Ali avant qu'il ne prenne la fuite. « Suite à ce discours, j'ai ressenti le besoin de faire quelque-chose à propos de la liberté. J’ai dessiné, envoyé et depuis je continue de chroniquer la vie en Tunisie, ou plus généralement sur celle du monde Arabe. »



Il est mignon, ce Willis. Et sa charmante dessinatrice pourrait éviter les sujets qui fâchent, qui frisent les moustaches. Mais non, cette enseignante d'arts plastiques en Tunisie, chroniqueuse pour Siné Mensuel, ne peut contenir ses élans de résistance : « Aujourd'hui ce que l'on voudrait, c'est se battre pour de nouveaux droits, et pas pour conserver des droits acquis. » France ou Tunisie, les luttes se partagent.

 

Et la combattante de renchérir : « Aziz Amami, jeune blogueur et résistant qui s'est battu lors de la révolution, est aujourd'hui menacé par quelques dix-septs députés qui ont porté plainte contre lui. Et pourquoi ? Car Amami s'est élevé et a dénoncé une loi de « réconciliation financière » qui entre autre permet à de nombreux mafieux qui ont exercé sous l'ère Ben Ali de ne plus être désormais inquiétés ». Voici un témoignage qui peut laisser penser que le Willis From Tunis a de beaux jours devant lui tant les raisons de s'indigner sont nombreuses ; mais derrière son sourire Nadia Khiari en est convaincue : «Ben Ali a érigé la médiocrité en exemple, désormais il faut faire avancer les choses, les projets fleurissent et la jeunesse de ce pays peut inverser la tendance ! »

Si l'on pense l'artiste assagie, alors rendez-vous est pris cet automne dans les pages de son « Manuel du parfait dictateur », un ouvrage mêlant dessins de Nadia et déclarations de dictateurs. Les dictatures tuent, le ridicule pas, et au bout du combat  un dictateur ridiculisé à coups de crayons est un signe encourageant qu'alors des libertés sont possibles.

Caricatures, dessins de presse, il est le Ganan incontestable !

 

De Tunis en passant par Montblanc, c'est sur Béziers que le Yaka Festival nous offre cette fois un éclairage. Au bout de la torche le Biterrois Olivier Ganan, caricaturiste entre autre, officiant depuis quinze ans durant la saison estivale, lui aussi en bord de Méditerranée en terre Agathoise. caricature

 

Après quelques ouvrages de caricature sur le monde du football (l'AS Saint-Etienne, Lens, Nantes) c'est au dessin de presse que l'Héraultais s’essaie : « Avec l'arrivée de Sarkozy, je me suis mis sérieusement au dessin de presse. C'était véritablement pour moi un exutoire, j'en avais besoin ! Aujourd'hui j'ai pris de la distance avec le dessin de presse, mais pas avec le dessin puisque je continue mon activité de caricaturiste au Cap d'Agde durant la saison et que je multiplie les projets, notamment au sein de collectifs de dessinateurs. »

Président d'une association « Bar à Mines » qui compte dix-sept dessinateurs, le Biterrois voudrait bien inscrire des projets au sein de la cité de Riquet mais s'interroge cependant sur les difficultés à surmonter « je ne voudrais pas non plus, si projet il y a, que celui-ci soit récupéré. On connaît l'habileté de la municipalité en terme de communication ». De la communication à la récupération, il peut n'y avoir qu'un pas, et en ménardie il est malheureusement souvent franchi. Et Olivier Ganan de citer Malcom X : « Si vous n'êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui les oppriment ».

On remet ça !

 

Des dessins en pagaille, des artistes impliqués, des musiciens entraînants, un bel endroit où les exposants peuvent pleinement s'exprimer, les concerts n’ayant pas été de reste, le public a pu savourer.

Bon alors Sylvie, au final ce festival, si tu avais une conclusion, laquelle serait-ce ? « Bien. Financièrement on est déficitaire, mais humainement et artistiquement c'était su-per ! Les artistes, les bénévoles, le public tout le monde s'est retrouvé ravi de ces temps d'échanges et de partages. Du coup l'été prochain on remet ça ! » Avis à la population : Yaka, faut y aller !