En réponse au charmant cycle de conférences proposé par notre nouvelle municipalité (que vous pouvez revivre via l'œil aguerri de notre reporter préférée Maurane Bob), plusieurs associations biterroises se sont regroupées autour du projet d'organiser elles aussi des conférences.

Alors que « Béziers libère la parole » ou « l'histoire » en invitant des Zemmour, De Villiers et compagnie, l'idée ce soir est que « les Biterrois libèrent la parole ». Le thème est la guerre d'Algérie.


Ma dernière conférence, c'était celle de De Villiers1. Je vous passe les détails, mais depuis que je me suis fait huer par une foule de vieux excités et virer par des flics déguisés en tortues ninja, les conférences ça me fait un peu peur. Ce soir, c'est autre chose. Ça se passe à la Cimade. Restent encore aux murs les photos des participants au Festival des peuples qui a eu lieu le mois dernier : enfants du CADA2, des têtes de gens sympas (j'aime particulièrement celle d'un vieux monsieur aux cheveux bouclés, ces petits frisottis autour de la tête lui font des antennes qui lui vont très bien), y a même des amis à moi! Bref, c'est une autre ambiance.

 

21 mai 2

 

La salle est remplie. Beaucoup de gens sont debout. Il y a pas mal de personnes que j'ai déjà rencontrées, mais aussi des gens que je ne connais pas. A Béziers, comme ailleurs j'imagine, on évolue dans de petits milieux, des milieux sociaux, des milieux de pensée, où le brassage et la mixité sont précieux. Quand on sort, on se dit souvent : « c'était sympa mais c'est toujours les mêmes têtes ». Mais ce soir je me dis autre chose, j'ai l'impression que cette conférence rassemble des gens qui ne s'étaient pas encore trouvés mais qui ont pourtant des choses, valeurs et projets, à partager. Ainsi je retrouve avec surprise le monsieur qui travaille à Métro (supermarché réservé aux professionnels) et qui s'avère être le président de la mosquée de Béziers !

J'enregistre toute la conférence et le débat qui suit avec mon nouveau dictaphone. A vous d'écouter ces échanges édifiants. C'est un peu long mais très intéressant.

Outre leurs propos, chacun des conférenciers m'apparaît touchant et humain. Certains d'entre eux ont leurs notes, pour orienter leurs propos, rédigées sur feuilles volantes d'une belle écriture manuscrite. Je trouve ça beau, et je me reconnais dans cette facilité à utiliser le stylo quand d'autres en sont déjà à tapoter sur leur mini écran tactile de téléphone pour rédiger un compte rendu.
Le temporisateur-présentateur de la conférence, Jean-François Gavoury, commence en faisant de l'humour puis en présentant ses co-tabliers avec beaucoup d'amitié. D'ailleurs, ils s'appellent tous « amis » entre eux. Pierre Daum est charmant, clair dans ses propos, gentil. Alain Ruscio, beaucoup plus joli et sympathique en vrai que sur la photo annonçant la conférence, est consciencieusement pressé puis épuisé de l'effort produit pour contenir ses propos dans les 20 minutes qui lui sont imparties. Jacques Cros, un sacré personnage aussi, qui a l'air plutôt mutique lorsque ses collègues parlent, mais qui une fois qu'il prend la parole, s'avère avoir plein d'histoires croustillantes à raconter. Sur un ton pince-sans-rire, ce monsieur costaud et chevelu nous raconte ses souvenirs de la guerre d'Algérie et surtout du colonialisme.
Et puis il y a aussi eu ces deux vieux messieurs, qui sont en fait des anciens de l'OAS, et qui sont intervenus pendant la conférence pour mettre le bazar et raconter leur version de l'histoire. Je me suis évidemment opposée à les faire sortir, comme vous pouvez l'imaginer. Finalement l'un d'entre eux sort avant la fin de la conférence. Mais l'autre reste jusqu'au bout, il se paye même une assiette de quiches-fromages-gâteaux-boisson proposée après le débat. Et franchement je l'ai vu, cet André Troise, ex-candidat FN et ancien de l'OAS, il avait l'air content d'être là. Bref c'est terrible mais, ce foisonnement d'histoires, de gens et de gâteaux orientaux m'a encore donné envie de Béziers.

 

21 mai 1

 

Pour ceux qui n'y auraient pas assisté, voici un autre point de vue avec le compte rendu du Réseau Citoyen Solidaire de Béziers, écrit par Jacques Cros et complété par Sarra Barek pour le RCSB1.

Journée du 21 mai 2015. Conférence : Guerre d'Indépendance de l'Algérie et ses prolongements

La journée du jeudi 21 mai a commencé par un café citoyen à la Devèze, organisé à la demande de notre ami et intervenant Pierre DAUM. A la terrasse du café Longchamp, nous avons fait plus ample connaissance avec nos intervenants et avons échangé avec eux de manière informelle et cordiale.

Suite aux vicissitudes qu'elle a connues, la conférence, initialement prévue au théâtre du Minotaure, a finalement eu lieu à la CIMADE. Daniel Kupferstein a rappelé le climat de peur et de méfiance qui a poussé la responsable du théâtre le Minotaure à se désister.La conférence a réuni environ cent-vingt personnes, dont certaines venues de Sète, Montpellier, Bédarieux et même Perpignan. En introduction, ont été présentées la nature et les activités du RCSB, Réseau Citoyen Solidaire de Béziers, point de rencontre de diverses associations et de citoyens, collectif à l'initiative de la soirée. Soirée en partenariat avec la librairie Clareton les Sources et l'association Lire et Partage. Jean-François Gavoury, Président de l'Association Nationale pour la Protection de la Mémoire des Victimes de l'OAS, modérateur de la conférence, a introduit les exposés des trois intervenants qui avaient pris place à ses côtés :Pierre DAUM, pour son essai Le Dernier tabou, Les Harkis restés en Algérie après l'Indépendance; Alain RUSCIO, pour son livre Nostalgérie, l'interminable histoire de l'OAS; Jacques CROS, pour ses articles sur son Blog3 .

Pourquoi plus de cinquante ans après la fin de la guerre d'Algérie, voit-on resurgir des crispations et des divisions qu'on pouvait espérer éteintes?

 Pierre DAUM et Alain RUSCIO ont présenté un résumé de leur livre. Jacques CROS, appelé biterrois du contingent en Algérie, a témoigné de ce qu'il avait vécu en 1962. On a craint des débordements de la part de deux participants, mais après avoir donné la parole à l'un d'entre eux, les choses sont rentrées dans l'ordre.Le débat qui a suivi a été très riche. Il a abordé divers aspects des problèmes, la question des Harkis et des Pieds Noirs, évidemment, mais aussi le colonialisme, les circonstances de son implantation, les responsabilités historiques, notamment d'une certaine gauche, le contexte de violences et d'atrocités de part et d'autre, dans lequel l'Algérie a accédé à son indépendance, la pluralité des mémoires et des histoires...

 

Une question méritait une réponse développée. Pourquoi plus de cinquante ans après la fin de la guerre d'Algérie, voit-on resurgir des crispations et des divisions qu'on pouvait espérer éteintes? Calculs politiques bassement électoralistes ? Sentiments revanchards pour réécrire l'Histoire ? Relents de racisme et de xénophobie ? Volonté de réhabiliter le colonialisme ? Les discussions se sont poursuivies autour d'un buffet proposé par Nadja Keller, accompagné du thé et des pâtisseries préparés par l'association biterroise France /Algérie: Aïcha, Brigitte et Vivianne. Une satisfaction légitime était décelable chez tous ceux qui étaient présents à cette soirée. Une soirée à Béziers qui se voulait être un moment de réflexion fraternelle, pour celles et ceux qui sont attachés à la paix et à l'amitié entre les peuples.

 

1) https://www.youtube.com/watch?v=YxpTFjbroWc

2) la Cimade abrite un Centre d'Accueil Pour Demandeurs d'Asile depuis le début des années 2000

3) http://cessenon.centerblog.net/