Le 29 mai 2015, le lieu et le moment du rendez-vous sont fixés depuis un moment déjà avec Sébastien Navarro du journal CQFD.

Ce journaliste, accompagné d'une petite équipe, était venu à notre rencontre, celle du Contre-Journal, et à la rencontre de Béziers. Il en était resté un article qui a fait date : pas de focus sur Ménard, une explication de texte du contexte biterrois et des résistances émergentes. L'idée était née pendant un temps de la balade biterroise de nous rendre à notre tour sur Perpignan, histoire de rendre la pareille et de nous plonger dans une ville aux similarités géopolitiques, sociologiques et donc électorales.

Me voici embarqué un peu seul en fin d'après-midi vers Perpignan. La soirée est organisée par Sébastien dans une librairie indépendante, la librairie Tortakis. L'idée est de comparer les points de vue sur les ressentis et les expériences citoyennes quant au poids électoral du FN dans ces deux villes. Pour démarrer et étayer son argumentaire, Sébastien s'appuiera sur un article de la revue Hérodote n°154, intitulé « Les « nouveaux maîtres du Sud ? Déclin des systèmes géopolitiques et recompositions du paysage électoral à Béziers et Perpignan », par David Giband et Marie-Anne Lefèvre de l'Université de Perpignan. Nous sommes réunis dans une librairie digne de ce nom, accueillis avec chaleur par un public perpignanais nombreux d'une cinquantaine de personnes. Pour ma part, j'essaie de faire face en m'appuyant sur le dernier livre de Suzana Dudkic, L'immigration en Languedoc Roussillon du XIXe à nos jours. Ce que je retiendrai, c'est la pertinence des questions et la teneur des débats.

La curiosité était vivace sur le système Ménard, car si à Perpignan Alliot n'a pas encore pris la Mairie, il n'en fait pas moins 45 % des voix c'est-à-dire quatre points de moins que Ménard à Béziers. Cette soirée était des plus agréables pour moi, car accompagné par des personnes d'une très grande chaleur humaine. Je remercie donc ici en retour très chaleureusement mes hôtes catalans. Il est certain que ces échanges sont nécessaires, fructueux et vitaux pour la compréhension et le retour d'expérience dans un territoire où tous les marqueurs socio-économiques installent durablement un système d'une droite dure inféodée à une droite extrême et une extrême droite très agressive.

Cette soirée fut aussi réussie, car elle fut le fait d'une initiative citoyenne large, comme deux autres soirées qui ont eu lieu à Béziers, celle autour de l'Immigration avec l'équipe de l'ISCRA-Méditerrannée (1) autour de Suzana Dukic et la conférence débat autour de Pierre Daum, Alain Ruscio, Gavoury et Jacques Cros sur la Nostalgérie, toutes deux dont le déroulement n'a pas été aisé et tenues à la Cimade. Il est indéniable qu'elles furent deux très grands moments des six premiers mois 2015 et augurent d'autres évènements de ce type à venir pour le second trimestre 2015. En Vie à Béziers ne manquera pas de les relayer, constatant que nous sommes, dans la résistance citoyenne et alternative, notre propre organe de presse, comme le sont les personnes rencontrées à Perpignan autour de la librairie Tortakis et de Sébastien Navarro, qu'ils en soient remerciés.


(1) L'ISCRA, créé en 1996 à Montpellier, est un institut de recherches coopératif dans le domaine des sciences sociales.