La soirée du 31 mars à la Cimade, dans le cadre du Festival "Un printemps à Béziers", était consacrée à l'immigration. Un vrai moment de vivre ensemble, de réflexion et d'apprentissage pour libèrer une parole contre le rascisme.

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Concert de la chorale narbonnaise Le chiffon rouge

 

La première partie de la soirée était consacrée au concert de la chorale narbonnaise "Le chiffon rouge" 1. La cinquantaine de choristes a interprété des chants engagés devant une salle presque comble : 

Le chiffon rouge 2, que Michel Fugain avait chanté pour une fête syndicale des dockers, en 1977. Il s'agit là d'un message d'espoir, un appel à la lutte contre la misère, et pour la liberté.

Gloire au 17ème 3, en hommage aux soldats du 17ème régiment d'Agde qui ont refusé de mater la manifestation des vignerons à Béziers lors de la révolte de 1907.

le Midi bouge, en rappel à la même révolte.

­Le chant des déportés 4, créé par Johann Esser, Wolfgang Langhoff et Rudi Goguel, déportés politiques dans le premier camp de concentration construit, en 1933, à Börgermoor. Poignant.

Le temps des Cerises 5, le célèbre chant des communards (Paris, 1871)

Ay Carmela (ou El Paso del Ebro) 6, scandé par les combattants de la bataille de l'Ebre, lors de la guerre d'Espagne en 1938. Ce morceau est repris d'un chant de lutte écrit par les résistants à l'incursion napoléonienne en Espagne.

Bella ciao 7, interprété dans un italien parfait. Le public est chaud ! Ambiance !

Les nouveaux partisans 8, de Dominique Grange (1969), appelant à la lutte prolétarienne.

l'Internationale viticole 9, reprise de l'Internationale par les rebelles de 1907. La soirée se poursuit par la dégustation d'un bol de Bortch, soupe d'origine russe, ou de soupe aux lentilles. Ce mets a été préparé l'après­-midi même à la Cimade par des résidents du Cada. La buvette est ouverte !

 

La salle se dispose alors comme un forum

 

La seconde partie, consacrée à l'immigration, commence par la projection du court ­métrage Amsterdam, de Philippe EtienneE, 2010 10, qui met en scène 2 jeunes, un Algérien (Hakim) et un Français (Bruno). Malgré l'éloignement de leur univers respectif, ils sympathisent lors de leur dur labeur dans la vigne : alors que le Français rêve d'aller à Amsterdam, l'Algérien, sans papiers, travaille pour envoyer de l'argent à sa famille restée au pays !

 

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La salle se dispose alors comme un forum, puisque le moment est venue de débattre à propos de l'immigration. Suzana Dukic est présente pour apporter des éléments intéressants, elle a publié en 2014 « L'immigration en Languedoc­Roussillon du XIX° siècle à nos jours, synthèse historique, enjeux mémoriels » 10.

Les positions sont variées du fait des témoignages en présence :

Marocains qui ont travaillé une quinzaine d'années dans les vignes sans être régularisés.

Un journaliste d'En Vie A Béziers : les contrôles fiscaux traquant les entreprises qui recourent au travail (notamment étranger) au noir sont notoirement insuffisants. Davantage de contrôle pourraient dégager de l'argent pour l'intégration.

La salle s'échauffe quand est abordée la question de l'intégration de nouveaux codes par les immigrés. Mais cette difficulté à intégrer les codes par certains justifie­-t-elle le racisme?

 

La législation a épousé les besoin de l'économie en main d'œuvre

 

L'économie est vite convoquée en matière d'immigration : il faut avoir une réflexion et une action sur l'économie locale (le vin, le BTP) pour comprendre et agir en matière d'immigration, explique un militant Cimade. Les gens qui émigrent : ça n'est pas par plaisir. Le problème de l'intégration était moins aigu dans les 30 glorieuses, l'intégration se faisant à l'époque par l'emploi. Ainsi, il serait bienvenu, dans notre période marquée par le chômage, de trouver d'autres modes d'intégration, nous explique un militant de l'ABCR.

D'ailleurs, pour Suzana Dukic, les premières législations sur le séjour datent de la fin du XIX° siècle. La première crise du capitalisme français en est à l'origine. Cette crise a apporté son lot de persécutions, notamment contre les Italiens à Aigues­ Mortes en 1893. Avant cette période, le terme d'immigration n'est même pas utilisé. Pour le directeur de l'antenne locale de la Cimade, il faut pour ce faire redonner au politique son rôle, c'est un des buts de ce festival.

A cet égard, pendant les 30 Glorieuses, rebondit l'écrivaine, l'immigration était organisée par l'État. L'intérêt était de répondre à un besoin en main d'œuvre, évitant aux entreprises d'investir dans des machines ou d'augmenter les salaires. Comme il était prévu que ces immigrés rentrent au pays à échéance de leur activité, on s'est autorisé à les empêcher d'accéder à la formation, au logement, aux postes de direction, au regroupement familial. On a traité différemment les immigrés européens et les autres.

En effet, remarque un lecteur de l'ouvrage de Suzana Dukic : la législation a épousé les besoin de l'économie en main d'œuvre. Les tâches attribuées aux immigrés sont les moins rémunérées, et les moins plébiscitées par les Français, comme dans la riziculture. D'ailleurs, des Syriens ont travaillé pendant 3 ans à l'hôpital de Montpellier, et n'ont pas obtenu de titre de séjour une fois leur contrat terminé.

La soirée se termine gentiment dans une ambiance conviviale !

 

1) http://www.chiffon­rouge.fr/

2) http://www.paroles.net/michel­fugain/paroles­le­chiffon­rouge

3) http://www.toupie.org/Chansons/Gloire_au_17.htm

4) https://www.youtube.com/watch?v=a7hQWQSFick

5) https://www.youtube.com/watch?v=OidIzOPERp8

6) http://www.dailymotion.com/video/xurkvy_el­paso­del­ebro­ay­carmela_music

7) www.youtube.com/watch?v=hRR2OOvn3Ew

8) https://www.youtube.com/watch?v=6AG7Hufi7SI

9) http://lectures.revues.org/15712

10) https://vimeo.com/107800514