Par un chaud après-midi d'Octobre, nous étions une grosse trentaine de passionnés rassemblés dans le but de mieux connaître la longue et riche histoire de leur ville, afin de la défendre contre les agressions sanitaires, à elle promises par le projet de grand incinérateur de boues et de graisses d'égout prévu dans la plaine Saint-Pierre.

Par Khan Did

Nous sommes partis de l'église Saint-Jacques, en face de la colline Saint-Nazaire. Il y a quelques milliers d'années, la mer atteignait presque Béziers et en faisait un port. En témoignent les fossiles d'huitres intégrés dans le calcaire des collines. Longue histoire puisqu'on a trouvé des traces du paléolithique, époque des chasseurs cueilleurs nomades, de la pierre taillée (-2,5 millions à – 12 000 ans), qui a laissé des vestiges, dont une sépulture au pied de Saint-Nazaire. Les Indo-européens, ou Celtes l'avaient dénommée Biterre, c'est à dire maison du Gué, qui a précédé le Pont Vieux. La Grèce l'a occupée vers - 3000, c'était un de ses comptoirs, comme Agde, Marseille. Elle y a laissé des amphores, des armes, des outils, des parures, des vases à vins. Elle la quitte vers – 2500. Lui succèdent les Gaulois, qui la nomment Baeterrae.

En 121 avant notre ère, la 7° légion romaine prend la ville. Des lopins de terre sont distribués à leurs vétérans. Béziers est une grosse colonie romaine. Elle sera souvent assiégée et pillée. Au 5° siècle, elle est détruite par les Vandales, puis occupée par les Arabes comme l'Espagne au 7° siècle. A son tour, Charles Martel l'a reprise et détruite. On a alors commencé à construire ses remparts. Ceux-ci sont ensuite abattus sauf les soutènements, et le faubourg est construit, hors remparts. L'église Saint-Jacques date de l'an 800, c'est donc la plus ancienne à Béziers (avant Saint-Aphrodise), et elle tire son nom du passage des pèlerins de Compostelle, nommés les jacquets.

Vient 1900, que nous avons commentée devant la fresque à l'angle de la rue Saint-Jacques face à l'école Gaveau. S'installe à cette époque une surproduction viticole qui va entrainer une crise violente sur la région avec une révolte contre laquelle Clémenceau enverra ses troupes qui refuseront de tirer contre les mutins. Il piègera aussi le leader Marcellin Albert.

Nous nous rendons ensuite aux Anciennes Arènes, proches, rue Gaveau. Construites par les romains au premier siècle, leur forme est en ellipse. Elles voient les courses de char, et d'autres jeux cruels, contiennent 13 000 personnes, comme celles de Nimes. Elles finiront comme carrière de pierres, et on a beaucoup construit dessus. Seule une partie est restée, avec ses vomitoires (circulaires qui amenaient les spectateurs vers les gradins), quelques voûtes, et une petite fraction du podium (la scène).

Après la Via Hérakléa, grecque, la Via Domitia, romaine, fait le lien entre l'Italie et l'Espagne. C'est la plus ancienne voie de Gaule. Elle passe entre les collines, par le gué du Pont Vieux, au moyen d'un pont en bois qui sera emporté par l'Orb par 3 fois, avant que le pont actuel ne soit construit au 12° siècle. Belle résistance à l'Orb impétueux!

C'est sur la place Saint Cyr, en haut de la rue Canterelles, qu'aurait été décapité Saint Aphrodise, le protecteur de la ville. Comme on le sait, il ramassa sa tête tombée et remonta sur son légendaire chameau... Remontant la rue de l'Argenterie, nous saluons la place de l'Ancienne Comédie, sur la droite, puis atteignons l'îlot des Chaudronniers. A la suite de la destruction d'habitations insalubres, des fouilles mettent en évidence des vestiges de demeures de différentes époques. Il y aurait également eu un théâtre. Il est décidé de surseoir au projet immobilier initial et de laisser les fouilles apparentes. Autour de l'îlot, des planches retracent l'histoire architecturale de Béziers, jusqu'à Haussman, qui transformait les ruelles en vastes avenues rectilignes bordées d'immeubles cossus, afin de pouvoir repérer facilement les révoltes, mutineries et cortèges et de les contrôler. Le meilleur exemple, ce sont les Allées Paul Riquet, ou résida la grande bourgeoisie viticole et industrielle de la fin du 19° siècle. Un rapide passage sur la place du forum, qui constituait l'endroit névralgique de la cité romaine, où se faisaient la politique, le commerce, l'artisanat, les discussions et causeries entre citoyens, et où ils s'acquittaient de leurs obligations religieuses. En somme, ils ne quittaient le forum que pour rentrer à la maison, mener leur vie familiale, et dormir.

S'installe à cette époque une surproduction viticole qui va entrainer une crise violente sur la région

Nous finissons devant l'hôtel particulier de Fernand Castelbon de Beauxhotes, mécène de la culture biterroise, particulièrement riche en cette fin du 19ème siècle. Les Nouvelles Arènes de Béziers, inaugurées en 1897, seront utilisées pour leur excellente acoustique pour accueillir dès l'année suivante les opéras de Camille Saint Saens en commençant par Déjanire, dans des décors somptueux financés par Castelbon. Dix opéras d'auteurs divers, dont Gabriel Fauré, lui aussi accueilli par Castelbon, y seront donnés entre 1897 et 1908.

On se retrouve sur l'esplanade de l'église de la Madeleine pour évoquer le souvenir des Cathares. Ces catholiques très attachés à une foi austère et sans compromission, à la pauvreté et au don, refusaient la domination du pape, courant régional très mal vu par le Vatican et la noblesse. Ils étaient très nombreux à Béziers (200 familles). En 1209, Béziers fut assiégée par les troupes du pape et Simon de Monfort mit la ville à sac et brûla vive sa population.

Pour finir, quelques chiffres ; 60 ha de remparts, 200 ha de superficie pour la ville en 1950, 2000 ha en 2014, sans variation de population... La visite s'acheva par le verre de l'amitié et de bonnes résolutions pour tenter de défendre la survie de cette ville si riche en histoire, en culture et en courants de révolte! D'autres visites culturelles impliquant d'autres quartiers seront proposées.