A l'initiative de l'association Mut Vitz 34 qui promeut la défense des revendications zapatistes du Chiapas en les faisant connaître et en revendant leur café, nous avons assisté à une conférence à la Cimade où était proposée une exposition de leurs peintures.

Par Khan Did,

Emiliano Zapata dont ils se revendiquent a mené fin du 19ème - début du 20ème siècle une révolution contre le régime capitaliste libéral du président Porfirio Diaz qui avait mis fin au partage des terres par les paysans indigènes, favorisant leur accaparement par les riches hacienderos.

En 1983, contre un régime corrompu considéré comme ayant trahi l'autonomie indienne se crée l'EZLN (armée zapatiste de libération nationale), qui mène une insurrection en 1994, date de d'entrée en vigueur de l'ALENA.

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En 2003, le gouvernement trahit les accords passés avec les indigènes, les conseils de bon gouvernement sont créés, initiative non-violente et originale de pure démocratie, puis en 2013, la petite école.

La petite école, « escuelita » est une manifestation mondiale à visée pédagogique instaurant un mouvement alter-mondialiste, la reterritorialisation des luttes, la création de contre-pouvoirs sociaux, l'ambition de l'autonomie et de l'auto-suffisance comme résistance au monde capitaliste, le soutien psychologique et l'éducation à résister aux tentatives de corruption, l'organisation démocratique directe, le soutien aux luttes internationales. Ils organisent les rencontres des arts, des sciences, puis le conseil national indien.

Les grands axes de leur action :

L'AUTONOMIE :

Faire revivre les communautés indiennes du Chiapas (sud du Mexique) en lutte contre le capitalisme, restaurer les communs cultivant maïs, haricot, courge vivriers. Création des assemblées communautaires qui prennent les décisions, maintiennent le collectif, l'entraide, le partage des terres, les fêtes et les rituels.

LA CONSTRUCTION :

Suite à la nouvelle suppression par le président Salinas des terres collectives en 1992, puis à l'instauration de l'ALENA (accord de libre-échange entre USA, Canada et Mexique) aboutissant à des pertes d'emploi et à la perte de l'autonomie alimentaire des indiens, un nouveau soulèvement se produit. Il aboutit à la récupération de 40 000 ha de terres, non légalisée cependant, et permet d'instaurer un système éducatif et de santé.

Le système est fondé sur l'absence de salaire. Soignants et enseignants sont hébergés et nourris en échange de leurs services. Les assemblées villageoises communautaires désignent un responsable qui siège aux conseils de bon gouvernement rassemblant de nombreux villages, indépendants de l'EZLN, qui y siège en observateur.

Les élus sont des autorités, ils assurent une charge collégiale au service de la communauté, les mandats sont de 2 ou 3 ans, non renouvelables, révocables en cas de manquement. Il n'y a pas de spécialisation politique, pas d'experts. On peut rêver...

Il n'y a pas d'impôts sur le revenu, mais une TVA

Leur devise : « caminar preguntando » : cheminer en questionnant. Ils se définissent « insurgientos » et pratiquent une politique d'élévation générale du niveau. Ils dissimulent leur visage en public, certes pour ne pas être reconnus, mais aussi pour affirmer leur interchangeabilité (cf sous-commandant Marcos qui a pris le nom de Gaetano après le meurtre d'un villageois ainsi dénommé). Ils disent qu'ils ont une « petite liberté », et « ils ont peur que nous nous rendions compte que nous pouvons nous gouverner nous-mêmes »...

Ils ont supprimé l'alcool en 1993 à la demande des femmes pour mettre fin aux violences conjugales. Les jeunes, qui partaient avant 2000, restent depuis et se montrent très actifs.

Ils ont reçu l'appui de Samuel Renzo, évêque de San Cristobal de 1959 à 2000, auteur d'une théologie de la Libération. Leur projet est collectiviste, non-violent,libertaire, utopiste et solidaire. Dans la Déclaration de la forêt Lacandone, en 2005, ils assurent de leur modeste mais sincère appui toutes les luttes de libération dans le monde.

Une utopie qui nous permet de rester vivants.