Cette œuvre est moins connu que son célébrissime Le meilleur des mondes mais elle n'en reste pas moins d'une cruelle actualité. Dans ce récit romanesque, l'auteur anglo-saxon explore un monde déshumanisé (une partie du monde au moins) après un terrible accident nucléaire.
par DGRojoyVerde


temps futursUn jeune dandy britannique, venant du monde des civilisés est plongé dans un monde bestial, cruel, où les instincts sexuels sont conditionnés aux mutations génétiques liées à l'accident, la chose nucléaire devenant une sorte de divinité à laquelle les autorités font rendre hommage. Nous sommes en présence de presque hommes-singes, préfigurant La Planète des singes (Pierre Boulle, 1983) et cette névrose obsessionnelle de l'état régressif vers les primates, référence anthropomorphique anachronique et persistante, qui se sont constitués en société très hiérarchisée, totalitaire, au point de décider quand et avec qui les accouplements doivent avoir lieu, et d'éliminer les êtres détectés faibles.

Une seule religion imposée est l'ordre social policé, rendant le travail obligatoire sous forme d'esclavage. Le héros s'éprend d'une mutante qui décide avec lui de rejoindre une dissidence pacifique et alternative (évocation presque subliminale d'un communisme libertaire post-nucléaire) accrochée à un maquis à flanc de montagnes, où ils pourront vivre leur amour sans contrôle. Une nouvelle fois le processus narratif d'anticipation est efficace et nous rappelle qu'avec Georges Orwell (1984, La ferme des Animaux) et William Golding (Sa Majesté des Mouches), les auteurs anglo-saxons ont préfiguré dans le roman les questions sociales de nos temps, le contrôle totalitaire de la pensée des individus (y compris par la prise de « pilule du bonheur »), des mœurs, la question du devenir de la société face au risque nucléaire et la question de la violence des individus entre eux.

Ils sont toujours nos contemporains et leurs œuvres une lecture salutaire pour le bien-être sinon social, du moins mental dans une société percluse de ses névroses.