"Le corps d'exception les artifices du pouvoir colonial et la destruction de la vie", par Sidi Mohammed Barkat aux Editions Amsterdam. Aborder aussi précisément, parfois jusqu'à l'âpreté, un thème toujours aussi complexe en une centaine de pages est une vraie gageure.

Par DGRojoyVerde

 

Ici, l’auteur s’emploie, par un exercice de pédagogie très juste, à pointer la perversion du système colonial dans la période coloniale elle-même et dans son prolongement postérieur.

Mohammed Barkat nous invite à repenser la place de l’histoire coloniale comme un système de terreur étatique, légitimé par les lois et qui a institué des mécanismes de destruction du colonisé, jusqu’à sa destruction physique par l’appareil d’Etat tout entier sur le territoire colonisé et sur le territoire métropolitain, ainsi à Paris la terrible nuit du 17 octobre 1961. Ces mécanismes de mort sont prolongés par les automatismes et les ressorts psychologiques ancrés et entretenus par la machine étatique pendant 150 ans au moins. Cela doit nous interroger sur le devenir des populations étrangères ou françaises issues des migrations postcoloniales, surtout les musulmans, notamment en regard des derniers travaux des philosophes, sociologues, psychologues qui s’intéressent de près à cette question épineuse qui renvoie une nation entière à ses responsabilités quant à la lecture qui est faite des périodes très sombres de son histoire contemporaine.

Un livre qu’il est nécessaire de lire, ici et maintenant, pour appréhender mieux encore l’iniquité des « Nostalgériques », tant il est sûr que leur discours fait écho aux mécanismes bien identifiés dans cet ouvrage que je pense être une référence indispensable en la matière.