Michel Piquemal, né à Béziers, est un auteur pour la jeunesse, avec plus de 200 titres publiés à ce jour. Mais en 2005, excédé par le cynisme de notre classe politique, il publie aux Éditions Mille et une nuits un pamphlet terriblement décapant dénonçant l’ultralibéralisme triomphant. 

Par Jean-François Gaudoneix


Livre PiquemalMichel Piquemal, se sent « en fraternité avec les damnés de la terre », il ressent le devoir de dénoncer ce qu’il a vu.

Dans ce pamphlet – Le prophète du libéralisme – il écrit comme Swift, Voltaire ou Montesquieu dans « Les Lettres persanes ». Pour lui, il y a urgence à changer notre système économique, convaincu que notre société va dans le mur. Son analyse de notre société est comparable au TINA de Chomsky (There is no alternative) que son prophète dit à sa façon.

 Les entretiens avec Kosy Libran, le prophète inventé par Michel Piquemal, se passent sur un terrain de golf où après chaque parcours il répond aux questions de syndicalistes, de chefs d’entreprises, d’hommes politiques. L’artifice de ce parcours de golf permet au prophète d’aborder de façon décontractée de nombreux sujets. Ses interlocuteurs le prennent pour un gourou qui assène LA vérité.

 

Répétons mille fois que deux et deux font cinq, et le miracle opérera : deux et deux feront cinq.


Par de multiples questionnements, plus d’une quarantaine, Piquemal aborde tous ( ?) les domaines : l’argent, l’emploi, le chômage (il entretient la soumission), les aides sociales (qu’il faut bien sûr supprimer), le commerce, l’information (plus d’analyse globale, juste des flashes en pagaille), le langage, la politique (à quoi bon la politique !), l’Europe, la drogue, la justice, l’éducation, le sexe (on le rend virtuel et payant), la maladie (qui doit être source de profit), la démocratie (une fiction), l’État (qu’il faut désinventer), le divorce (une affaire rentable), etc. Il est évident qu’il faut  lire tout cela au second degré.


Ce livre a le mérite de passer en revue de nombreux thèmes et de donner par la satire des jugements sévères montrant l’absurdité de notre système. La lecture est facile et jouissive : un bon moment qui nous fait en plus réfléchir à notre monde de fous. Et pour pas cher (9 €).


En voici quelques extraits :
Et le libéralisme, Maître ?
Le libéralisme est la fin de l’Histoire, la victoire définitive de l’individu sur la société. Il se résume en une sainte phrase. « Tous les profits doivent aller aux entreprises et tous les débits à l’État, c'est-à-dire aux contribuables ». Les nations ont le devoir de nous abandonner leurs secteurs rentables. Car les gouvernements sont désormais sous notre coupe. Qui pourrait s’opposer à l’ordre de notre monde ?
Rien ! Nous n’avons plus d’ennemis, tous ralliés à notre cause libérale. Car il n’y a pas d’autre politique possible…

Et la pauvreté, maître ?
Que les rêveurs cessent de rêver. Toujours il y eut des pauvres et toujours il y aura des pauvres, car toujours il y aura des individus plus faibles, moins industrieux et plus fainéants. Il est normal que l’inventivité des plus forts soit récompensée, il est normal que la passivité des plus faibles ne le soit pas. Mais il n’y a pas de réelle pauvreté économique. Le plus pauvre des pays a toujours quelque chose à vendre. Accepter nos déchets nucléaires, prostituer ses enfants, les proposer à l’adoption, vendre leurs organes, leurs reins, leurs cornées... En vérité, je vous le dis, la richesse des pauvres est incalculable.
En ces temps de désarroi, où beaucoup s’interrogent sur la marche et l’avenir de notre civilisation, il est bon d’écouter Celui qui parle vrai, Celui dont la langue n’est pas de bois, qui dit les choses crûment...

Maître, parlez-nous de la publicité !
La publicité est notre credo, la publicité est notre voix. C’est l’exemple délicieux du mensonge organisé, porté en vérité suprême. Il n’est pas d’espace qui ne doive en être privé : des écoles aux hôpitaux, des trains de banlieue aux abribus, des cartes téléphoniques aux nappes de restaurant… Elle doit se glisser partout, rendant caduque toute réflexion, toute raison bêtement raisonnante. Ses messages quotidiens formatent, mieux que toute propagande, l’énergie du désir des hommes. Elle leur désapprend la révolte, le goût de la connaissance, le sens critique et la gratuité. Elle glorifie l’inutile, le jetable, la marque.
Le cerveau des hommes est une pâte molle.Répétons mille fois que deux et deux font cinq, et le miracle opérera : deux et deux feront cinq.

 

Piquemal M, Libran K, (2005). Le Prophète du libéralisme. Paris : Mille et une nuits.
Après la sortie de son pamphlet, il a fait une conférence-débat que l'on peut lire sur son site