A la fin des années 1990, dans un article du Monde titré « La France moisie », Philippe Sollers pointait la xénophobie latente présente (déjà!) dans l'opinion française. Aujourd'hui, la moisissure est encore bien incrustée, si l'on en croit un récent sondage, qui vient de révéler que 55% des Français sont opposés à un assouplissement des conditions d’octroi du statut de réfugié aux migrants, notamment syriens.

Par Sunzi

Bas les voiles
Moisissure singulièrement nauséabonde à Béziers, comme je le préciserai plus loin, ...même si la France entière est déjà au courant, grâce à Laurent Ruquier et à internet !  
Le tableau, toutefois, serait trop sombre, si j'oubliais de parler des vents contraires, de ces citoyens, de ces mairies qui, ces derniers jours, se mobilisent pour mieux accueillir les réfugiés, Syriens et autres.
Xénophobie encore présente, malgré les discours lénifiants du pouvoir : montée du FN, qui tente désepérément d'effectuer un « grand remplacement » du peuple français - pourtant constitué par les vagues successives d'immigrations et de brassages -  par ses troupes blanches et son parti bleu. Appuis dans la finance et les patrons ultra-libéraux, solides implantations dans toutes les classes sociales et dans de multiples réseaux, associatifs et autres ; sur le plan idéologique, proclamation  de positions incohérentes : d'un côté la religiosité d'un Robert Ménard, et, de l'autre, simultanément, affichage d'une soi-disant « laïcité » revendiquée par le parti et ses officines. Un discours très offensif de défense d'une laïcité républicaine, un discours dont le vernis, pour qui se donne la peine de le gratter, fait apparaître le vieux bois tout moisi du racisme anti-arabe et/ou anti-musulman.
Chahdortt Djavann, femme, réfugiée, écrivain, anthropologue.
Dans ce contexte, et en tenant compte des particularités de la situation à Béziers, avec une laïcité bafouée par Ménard sous couvert de traditions culturelles, il pourrait sembler inopportun de souligner l'importance des écrits de Chahdortt Djavann, une anthropologue française d'origine iranienne, qui analyse l'oppression sexuelle exercée par les islamistes envers les femmes et les filles, à travers l'imposition du port du voile. Inopportun, non, car islamisme politique et extrême-droite ont des rapports que Ch. Djavann repère et explicite. Il faut donc commencer par  rappeler le contexte historique de l'écriture et de la parution des deux livres dont je voudrais parler : « Bas les voiles ! », en 2003 (1), et « Que pense Allah de l'Europe ? », en 2004 (2). A l'époque, un long débat avait eu lieu concernant le port du voile pour les filles mineures, en particulier dans les écoles, collèges et lycées ; Jospin avait voulu laisser la décision à chaque directeur d'école, d'où situations inextricables, débats encore plus aigus, cacophonies dans tous les médias, surtout à la télé, qui s'apaisent quand Chirac finit par trancher la question .
Avant d'en arriver là, on assista, pendant des années, à des interventions ahurissantes de certains intellectuels français, marqués par le relativisme culturel (3) ; on lut et entendit aussi des interventions non moins étonnantes de certains « intellectuels musulmans », une formulation que Ch. Djavann interroge et met en cause; ses 2 livres comportent une analyse et un démontage des discours  de ces 2 catégories d'intellectuels. Quant au lecteur inattentif qui estimerait que l'analyse de Djavann est biaisée par la situation particulière de l'Iran et de sa dictature religieuse, je l'invite à relire  les passages où elle restitue le cadre historique du développement de l'islamisme politique : elle y insiste d'abord sur la responsabilité des colonisateurs français et britanniques. Ces derniers, au 19ème siècle, avaient écrasé la Nahda (les « Lumières arabes »), ces élites arabes prônant l'émancipation politique et intellectuelle. Cette Renaissance, cette élite s'affirme arabe contre la domination ottomane et contre l'intervention occidentale, expédition d'Egypte de Napoléon en 1798 et occupation de l'Algérie dès 1830. Au début du 19ème, l'Empire ottoman dominait tout le monde arabe, sauf le Maroc, Oman, et le Yémen. (4)   

Chahdortt Djavann est née en Iran en 1967. Dans son premier roman, en 2002, « Je viens d’ailleurs » (5) , elle raconte comment, en 1993, elle a fui le régime des mollahs et est venue vivre à Paris et comment, alors qu’elle ne connaissait aucun mot de français à son arrivée en France, elle est devenue écrivain, puis anthropologue. Son deuxième livre, « Bas les voiles !», commence ainsi : «J’ai porté 10 ans le voile. C’était le voile ou la mort. Je sais de quoi je parle. »
 Visionnaire, prophétique, tels sont les 1ers mots qui viennent à l’esprit du lecteur qui découvrirait aujourd’hui ce texte de 40 pages et sa suite, « Que pense Allah de L’Europe ? » , écrite un an plus tard, où Ch. Djavann, tout en répondant aux réactions entendues suite à la publication de « Bas les voiles ! », nous livre une analyse détaillée du discours et des stratégies des islamistes pour peser politiquement sur le destin de l’Europe.
A partir de sa propre histoire (elle a été forcée de porter le voile de ses 13 ans jusqu’à ses 23 ans) et de la situation des femmes sous Khomeyni, l’auteure commence par des questions qui font écho au débat français de l’époque (2000 à 2004) sur le voile à l’école, au collège, au lycée : « Qu’est-ce que c’est que porter le voile, habiter un corps voilé ? Que signifie être condamné à l’enfermement dans un corps voilé puisque féminin ? Qui a le droit d’en parler ? Certains intellectuels français parlent volontiers à la place des autres. Ils parlent de l’école, où ils n’ont pas mis les pieds depuis longtemps, des banlieues où ils n’ont jamais mis les pieds, il parlent du voile sous lequel ils n’ont jamais vécu. Pourquoi voile-t-on les filles, seulement les filles, les adolescentes de 16 ans, de 14 ans, les fillette de 12 ans, de 10 ans, de 9 ans, de 7 ans ? Pourquoi cache-t-on leur corps, leur chevelure? … Après tout pourquoi ne voile-t-on pas les garçons musulmans ? Leur corps, leur chevelure ne peuvent-ils pas susciter le désir des filles ? Mais les filles ne sont pas faites pour avoir du désir, dans l’islam, seulement pour être l’objet du désir des hommes. »

Le voile et la construction des identités féminine et masculine dans l’islam.

 

En s’adressant aux intellectuels français de l’époque, elle rappelle que le voile est une question en soi, antérieurement à tout débat sur l’école et la laïcité, et même antérieurement à l'islam : « car voiler les femmes est une banalité religieuse depuis l’Ancien Testament ». Pour nous aider à saisir le sens du voile islamique, par ce qu’il cache, dissimule ou protège, Ch Djavann développe une analyse anthropologique de la construction de l’identité féminine et de l’identité masculine dans l’islam.

                  

Les minauderies des midinettes du voile en France (en 2001).

Ch. Djavann revient dans la suite du texte sur les discours des jeunes femmes voilées qui, à l’époque (2001-2003), sur les plateaux de télévision,  « adressaient un message prosélyte à destination des plus jeunes, un message lui-même voilé parce qu’il dissimule sa vraie nature sous le voile des mots « liberté », « identité », ou « culture ». Imposer le voile à une mineure, c’est, au sens strict, abuser d’elle, disposer de son corps, le définir comme objet sexuel destiné aux hommes ».
Et c’est là qu’elle rejoint l’actualité la plus brûlante, en dénonçant les conditions faites aux immigrés dans les pays d’accueil : « Le voile n’est pas le symbole séduisant d’une nouvelle identité, mais l’expression de l’aliénation et souvent aussi celle du repli devant les duretés du pays d’accueil,(…),un refuge pour dissimuler l’exclusion sociale. (…)La société française n’a pas fait assez pour leur intégration. Comment s’étonner que certaines d’entre elles se réfugient sous le voile et essayer de trouver un mari qui les nourrira pour le prix de leur virginité ? ».
 Elle développe ensuite une critique contre certains intellectuels musulmans qui, après avoir lancé des expressions comme « islam fondamentaliste, islam modéré, islam laïque » (alors que « le mot « laïcité » n’a pas d’équivalent en arabe ou en persan »), s’étaient abstenus de protester « contre les parents qui obligent leur fille à porter le voile, contre les mariages forcés imposés à des adolescentes ici en France – cf le film « Chaos » de Coline Serreau -, contre la mise à mort par lapidation des femmes accusées d’adultère » : « Ils semblent toujours plus empressés à défendre les raisons et les vertus de la bigoterie qu’à en dénoncer les barbaries. Comme Lyautey à l’époque du protectorat sur le Maroc, il redécouvrent le rôle bénéfique de l’islam sur le maintien de l’ordre et sont prêts à en faire bénéficier les banlieues. Des jeunes gens bien pieux, assurent-ils aux bourgeois de la France tranquille, se tiendront plus sages que des voyous sans principes ».
Elle reconnaît que d’autres intellectuels musulmans ont dénoncé le despotisme islamique et son oppression des femmes, mais regrette que ce ne soient pas ces intellectuels critiques que l’on entende. Plus loin dans l'article, nous verrons ce qu'il en est aujourd'hui de l'audience de ces intellectuels critiques, grâce, notamment, à  Abdelwahab Meddeb (6), à ses écrits et à ses émissions hebdomadaires « Cultures d'islam », à France-culture, depuis octobre 1997.

Des propositions concrètes pour l’accueil des immigrés : 12 ans de perdus.

Au-delà de l’analyse, c’est dans les conclusions de son texte qu’on découvre la pertinence actuelle des propositions de Ch. Djavann, si on pense  aux événements récents : les attentats de janvier 2015 à Paris, l’extension de l’Etat Islamique ( Daesh, pour les amateurs de novlangue), et surtout, la terrifiante incapacité de nos dirigeants, Français et Européens, à penser l’accueil des réfugiés. Ni pensée, ni réalisation, malgré les 350.000 réfugiés entrés en Europe depuis le début 2015, malgré les 2.900 noyés en Méditerranée ; ces dirigeants, avec l’appui d’une partie de leurs citoyens, installent  des barbelés à lames de rasoir, des centres de détention, ou des « hot-spots », dans l’obscène langue des pontes de la Commission Européenne et de nos ministres de l’intérieur,  langue perverse qui digère tout, même les termes de surf. Ces pontes et ces ministres, en 2003, avaient déjà des décennies d'aveuglement et de retard ; aujourd'hui, 12 ans plus tard, s'ils voulaient vraiment commencer à servir les peuples au lieu de travailler pour les multinationales et les mafias, devraient commencer par lire et écouter les propositions de Ch. Djavann :
 « La seule question du voile masque des problèmes fondamentaux qui ne sont pourtant pas sans rapport avec elle. Tous les immigrés ne viennent pas de pays francophones et tous ceux qui viennent des pays francophones n’ont pas suivi une scolarité en français. Beaucoup d’immigrés vivant depuis de longues années en France ne parlent pas le français ou le maîtrisent très mal. Les responsables français évoquent à tout bout de champ la francophonie, mais la politique de la défense de la langue française à l’extérieur de la France n’a pas d’application pratique à l’intérieur de l’hexagone. Il serait du devoir de la France non seulement de mettre à la disposition des immigrés des institutions républicaines et gratuites d’apprentissage du français, mais de rendre cet apprentissage obligatoire pour tous les immigrés adultes ne connaissant pas la langue. Peut-on vivre dignement dans un pays sans parvenir à s’y exprimer correctement ? En outre, l’enseignement du français aux immigrés devrait englober un apprentissage des institutions républicaines, des valeurs essentielles de la démocratie -la laïcité, la tolérance, le respect- et de l’histoire de France depuis la Révolution. L’éducation des immigrés adultes contribuerait indirectement à l’intégration de la deuxième génération en réduisant le fossé entre les parents et les enfants. »  
« Ce fossé qui renforce l’exclusion des premiers comme des seconds est un facteur de sclérose une source de violence. La violence de la frustration revêt en effet des formes multiples : les replis identitaires, la crispation religieuse  sont des violences au même titre que la petite délinquance. Les plus jeunes, et surtout les filles, en sont les premières victimes. »
« La France éduque ses enfants ; pourquoi ce droit ne s’appliquerait-il pas à la première génération, aux immigrants adultes privés d’une réelle éducation démocratique, qui ont souffert des années dans des pays où tous les droits humains sont bafoués ?  On ne cesse de dénoncer l'insécurité et la violence engendrés par les jeunes , les adolescents, souvent d'origine, cela va sans dire, maghrébine ou africaine. Mais on nous parle très rarement de la violence sans mesure que la société leur inflige dès leur plus tendre enfance. Quoi de plus révoltant pour un enfant que de voir ses parents , malgré les souffrances qu'ils ont endurées, les efforts qu'ils ont dû accomplir pour pouvoir quitter leur pays de naissance, humiliés et marginalisés dans une société dont ils espéraient accueil et libération ? ».  Peut-on exiger si facilement que les enfants de ces immigrés considèrent la France comme leur pays ? Mieux  accueillir, mieux  éduquer, mieux intégrer les immigrants me paraît une urgence prioritaire.  … .Ce projet devrait évidemment dépasser de beaucoup par son ampleur les quelques cours d’alphabétisation qui existent actuellement. »
En généralisant la création de telles institutions, « la France pourrait jouer un rôle de pionnier et se montrer fidèle à son image de pays de culture et d’égalité républicaine. … Une politique centrée sur l’éducation laïque et républicaine des immigrés adultes pourrait avoir pour conséquence de faire entrer les principes démocratiques à l’intérieur des familles, d’inspirer aux enfants de l’immigration le respect de leurs parents et du système politique qui les a accueillis, effaçant ainsi l’une des causes majeures de la violence. »
En proposant l’apprentissage simultané de la langue et celui de la conscience démocratique, Chahdortt Djavann développe les trois principes qu’elle estime nécessaires à la bonne marche de la démocratie : la laïcité, la tolérance et le respect. Sur ces trois notions, elle est très proche d’Henri Pena-Ruiz, qui, entre 99 et 2003, publie 3 livres sur la laïcité (7). Elle critique le langage politique qui, déjà à l’époque, « sous l’influence d’une sociologie molle, avait tendance à enfermer les immigrés dans un communautarisme à base religieuse et ethnique » :
 « On dit toujours, par exemple, qu’il y a quatre millions de musulmans en France. Mais une majorité de ces musulmans, je le répète, se déclarent religieusement indifférents et beaucoup ont quitté leur pays pour fuir l’islam. Condamnés à mort chez eux, vont-ils se voir assignés au communautarisme religieux et réduits au silence dans les pays démocratiques ?
Le bruit fait autour du voile ne doit pas être un moyen d’éluder les vrais problèmes que sont l’inégalité économique, le logement, la ghettoïsation et  l’éducation. Les responsables politiques ne doivent pas abandonner les immigrés à eux-mêmes dans des ghettos chaque jour plus éloignés de la société française, laisser se créer, comme en Angleterre ou aux Etats-Unis, des petits tiers-mondes localisés. »
«  Je demande une attention plus grande aux problèmes rencontrés par les immigrés. Faute de cette attention, la violence et la sécurité vont croître, malgré les dispositifs prévus, l’impunité zéro, le renforcement du service policier et les prisons plus vastes. Faute de cette attention aux vraies raison de la violence, on verra se développer, subtilement associés et objectivement complices, l’un nourrissant l’autre et réciproquement, le discours islamiste est celui de l’extrême-droite. »
Ces deux dernières phrases écrites en 2003 résonnent tragiquement à nos oreilles de 2015, puisqu’on ne peut que constater l’inquiétant développement, en 12 ans, du discours islamiste, et le non moins inquiétant développement de l’extrême-droite, en Europe, aux USA, en Israël, en France et singulièrement à Béziers.
 L’auteure termine son livre par un appel dans quatre directions:
-d’abord « à tous les Français et immigrés originaires des pays musulmans, agnostiques, athées ou croyants, qui ne se reconnaissent pas dans les références confuses à on ne sait quelle identité partagée dont le voile ne serait que l’un des signes; et qui ne veulent pas se montrer solidaires des contraintes barbares par lesquelles on impose encore au corps et à l'esprit des filles mineures une marque indélébile et un traumatisme profond », pour qu’ils rompent le silence ;
-ensuite aux intellectuels français et « aux personnes de bonne volonté », « pour qu’ils ne sombrent pas dans un  relativisme démissionnaire, pour qu’ils revendiquent la meilleure part de leur héritage, pour que l’Europe ne devienne pas une mauvaise copie des Etats-Unis » ;
-et enfin « aux femmes, à toutes les femmes, musulmanes ou non, et aux mères. Le temps de l’humiliation et de l’aliénation est révolu. Demander aux dépositaires mâles des dogmes religieux les moyens et les chemins de la libération des femmes, c’est le comble de l’humiliation et de l’aliénation. Il incombe aux femmes, surtout aux femmes originaires des pays musulmans, d’affirmer qu’elles n’ont plus à marchander les conditions de leur existence, qu’elles sont des individus de plein droit et qu’à ce titre elles ne peuvent pas supporter qu’en France ou ailleurs (mais en France il y va de leur responsabilité directe) des fillettes soient élevées, à l’ombre du voile, dans un esprit de passivité et d’infériorité, que la culture soit l’alibi de la religion et la religion l’alibi de la discrimination sexiste. Mais cet appel est aussi adressé aux pères musulmans qui ne souhaitent pas un avenir sous le voile pour leur fille».
« Je demande que tous ensemble, femmes et hommes, français et immigrés, nous exigions du gouvernement de la République qu’il légifère pour interdire le port du voile aux mineures, à l’école et hors de l’école ; et mette à l’étude des solutions pour prendre en charge les adolescentes victimes du prosélytisme islamiste. ».
On se souvient comment le débat finit par être tranché, lorsque Chirac se prononça pour une interdiction des signes religieux ostensibles à l'école et dans l'enceinte des collèges et lycées.

Ceux qui pensent que Ch. Djavann a des positions trop radicales pourront se reporter non seulement  aux livres d'A. Meddeb et de Mohammed Arkoun (8), mais aussi à l’article « Surenchères traditionalistes en terre d’islam », de Nabil Moline, en page 3 du Monde Diplomatique de mars 2015.
 Accueil des immigrés : les appels de C. Djavann n'ont pas été assez entendus.

Les événements de 2015 (intensification des conflits en Syrie et en Irak, et en Afrique, comme au Nigéria ; extension de la domination de l’Etat Islamique ; afflux des réfugiés en Grèce, en Italie, en Turquie, en Serbie, en Hongrie, en Autriche, en Allemagne) n'ont pas suffi à ébranler les choix politiques de nos dirigeants:  Sarkozy et Marine Le Pen égaux à eux-mêmes dans l’abjection,  
F.  Hollande, touché par la grâce de la charité tardive d'A. Merkel, propose d'accueillir 24.000 réfugiés sur 2 ans ! « Pas à la hauteur », comme a dit, poliment, B-H Lévy. C'est le moins qu'on puisse dire.
Et enfin ce comble : parution, dans le « Journal de Béziers », de cette photo scandaleusement truquée, avec la légende « Ils arrivent ! », précédant de quelques heures la publication, sur le site officiel de la Ville de Béziers, de la vidéo de la mise en scène de ses menaces envers les familles réfugiées syriennes à la Devèze, avec le titre « Vous n'êtes pas les bienvenus à Béziers ».

Toute honte bue, ces racistes étalent leur ignorance.
En effet, tout est à disposition, aujourd'hui, pour qui veut dépasser ses préjugés et mieux comprendre l'islam. Depuis vingt ans et plus, un nombre impressionnant de livres et d'articles ont approfondi et renouvelé l'islamologie, l'étude de la culture d'Islam, l'histoire des diverses réceptions du Coran, l'histoire comparée des 3 monothéismes, l'étude du colonialisme et de son influence sur la naissance du wahhabisme, la géo-politique de l'islamisme, …  A ces livres et articles, il faut ajouter les films, les documentaires, et surtout les émissions de radio, comme « Cultures d'islam », d'A. Meddeb. Ses émissions hebdomadaires, depuis octobre 1997, ont magnifiquement contribué à faire connaître l'Islam   (les civilisations arabes, africaines et moyen-orientales, leurs cultures et leur rayonnement mondial) et l'islam (la religion, ses écoles, ses rapports au texte). Chaque semaine, il aura invité, jusqu'à quelques jours avant son décès en novembre 2014, un grand nombre d'écrivains, philosophes, poètes, artistes, scientifiques : Christian Jambet, Michel Orcel, Mohammed Arkoun (8), Mahmoud Hussein, Chahla Chafiq, Jean-Luc Nancy, Gilles Kepel, Gérard Chaliand, Olivier Roy, Adonis,  Ali Benmakhlouf,  Medi Azaiez, Anne-Sylvie Boisliveau, Fethi Benslama, et tant d'autres. Ce sont ces invités, elles et eux, et A. Meddeb, qui m'ont fait découvrir Ibn Arabî, Ibn Khaldûn, Sohrawardi, Shayk Nefzawi, Tayeb Salih, Eliezar Ben Yehouda, tous ces siècles d'écrivains et de philosophes dont on ne me parla point quand je fus écolier.
Après la mort d'Abdelwahab Meddeb, c'est Abdennour Bidar (9) qui a repris l'émission « Cultures d'islam », avec la même exigence et, pour l'auditeur, le même bonheur d'écoute.
 A la fin du 18e siècle, un grand écrivain, du fond de sa prison, nous criait :« Français, encore de un effort pour être républicains ! ».

-1- Gallimard, août 2003.
-2- Gallimard, juin 2004.
-3- cette attitude que décrit Charb, dans ce livre dont il avait terminé la rédaction 2 jours avant d'être assassiné dans les locaux de Charlie-Hebdo : « Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes », éditions Les Echappés, avril 2015.
-4- Jean-Pierre Filiu, « Les Arabes, leur destin et le nôtre. Histoire d'une libération », éd. La Découverte ; article « C'était le temps de la Nahda », Télérama n°3425.
-5- éditions Autrement, 2002, et Gallimard-folio, octobre 2005.
-6-Abdelwahab Meddeb, « La maladie de l’islam », Seuil, 2002.
-7-« Dieu et Marianne : philosophie de la laïcité », PUF ; « La Laïcité pour l’égalité », Fayard-Mille et une nuits ; « Qu’est-ce-que la laïcité ? »,Gallimard Folio.
-8-Mohammed Arkoun, « Humanisme et islam.Combats et propositions », Vrin, 2005.
-9-Plaidoyer pour la fraternité, Albin Michel, février 2015.