Pour un protectionnisme écologique et social, Par Aurélien Bernier, Michel Marchand et le Mouvement politique d’éducation populaire ÉDITIONS MILLE ET UNE NUITS

Ce petit bouquin, je me souviens de sa sortie en 2010 en plein « Yann Arthus-Bertrand-mania » et son film Home, censé apporter un changement de civilisation. Malgré son petit format (128 pages, 10,5 cm x 15 cm), la thèse qui y est défendue — concise — apporte une critique vive de l’écologie politique.

Cet essai constitue une réaction à l’écologisme qui surnage depuis ces 20 dernières années, un écologisme banalisé, d’une responsabilité individualisée où « c’est tous ensemble – si on se responsabilise - qu’on sauvera la planète en triant nos déchets ! » Non, mes amis, les gestes « éco-citoyens » ne sauveront pas l’espèce humaine, ni toutes ces technologies vertes qui, chaque mois, sont censées apporter joie et prospérité à qui voudra bien l’accueillir dans son jardin. Les auteurs œuvrent à replacer la problématique écologique au sein d’une crise plus générale, d’un dispositif plus englobant et plus influent. C’est l’anthroposphère et ses composantes – les modes de production, les économies, les politiques et les systèmes de dominations – en somme les organisations pyramidales qui détiennent bien plus que nous les clefs de la destruction ou de la conservation de la planète. Ils appellent à une prise de conscience pour que les forces motrices de l’engagement écologiste soient correctement employées.

« Militants associatifs ou politiques, les écologistes benêts sont ceux qui voient le monde à travers la seule crise environnementale, en oubliant la crise sociale. Ceux qui défendent une écologie qui ne serait “ni de droite ni de gauche” (Daniel Cohn-Bendit). Ceux qui prétendent sauver les écosystèmes sans mettre fin au capitalisme (Yann Arthus Bertrand). »

N’oublions pas Nicolas Hulot, avec sa voix d’ange et sa coupe de cheveux Playmobil, qui sur l’antenne de France Inter le 3 juin dernier, déclarait que si les pays possédaient tous des énergies uniquement renouvelables, il n’y aurait plus de guerres dans le monde. La paix mondiale par l’écologie, voilà ce que nous promettent ces anges surannés. Quelle pensée positive !

C’est bien en étayant une critique profonde du capitalisme et bien plus, en appelant à la sortie de ce mode de production capitaliste que sonne et résonne le propos musclé des auteurs. Une part des écologistes fait le jeu des multinationales. Le greenwashing bien établi pousse à croire qu’un autre monde est possible sans remettre en cause les fondements du libéralisme.

« Pourtant, l’effondrement financier de 2008 aurait dû les réveiller… Eh bien non. Au contraire, ils défendent le capitalisme vert, qui permet à l’ordre économique mondial de se faire une seconde jeunesse. Nous ne devons pas nous laisser berner. C’est bien à une réorganisation politique qu’il faut œuvrer. Cela passe par des prises de position claires : contre l’OMC, pour un protectionnisme écologique et social à l’échelle des États, pour un nouvel internationalisme. »

Lucide, efficace, c’est un vrai coin qu’enfoncent Aurélien Bernier et Michel Marchand dans la paume de la main invisible du marché. Plus qu’un livre à propos de l’écologie politique, c’est un appel au renversement du néolibéralisme, un appel à la révolution que formulent les auteurs. N’en déplaise à Nicolas Hulot, le verdissement de l’Histoire sans changement radical ne se matérialisera que par la présence des marées vertes sur les côtes bretonnes, expression indirecte des élevages intensifs porcins qui jamais ne voient un coin de verdure durant leur brève vie, si ce n’est à travers les grilles du camion les emmenant à l’abattoir.

Cinq ans après sa sortie et à quelques mois du sommet sur le climat qui se déroulera en France, cet ouvrage est toujours tout autant d’actualité.