La naissance du fascisme contre les Lumières et les droits de l'Homme ? Dans son livre : « Ni gauche ni droite, l'idéologie fasciste en France » chez Folio Histoire, l'historien Israélien Zeev Sternhell pense que la France a un lien spécial avec le fascisme.

Selon lui cette idéologie a été inventée pour mettre à bas les Lumières et les droits de l'Homme. Retour sur un ouvrage qui, même s'il date de 1983, est toujours d'actualité.


Selon Z. Sternhell, la France est la démocratie libérale la plus avancée (du continent européen) à la fin du 19 ème siècle :
- Suffrage universel masculin en 1848
- Instruction publique obligatoire en 1881
- Loi interdisant le travail des enfants de moins de 13 ans en 1892 . . .
Cette même démocratie libérale, par une sorte d'effet boomerang connaît ses premières crises majeures qui vont donner naissance à l'idéologie fasciste. L'une d'entre elles, le boulangisme, fédère les bonapartistes, la droite nationaliste, des éléments venus de la gauche radicale blanquiste et communarde, divers exclus. Cette union assez improbable est soudée par des campagnes violemment antisémites. Cette alliance gauche / droite pose les prémices du fascisme

 

Cette alliance gauche / droite pose les prémices du fascisme.

 

Pour la première fois en France depuis la révolution de 1789 un appel est lancé au nom du peuple et de la nation contre la démocratie, les Lumières, les droits de l'Homme. Le fascisme naissant combat la conception politique, juridique, citoyenne de la nation et y oppose une sorte d'anti–Lumières qui veut fonder la nation sur une vision rétrograde de l'Histoire, la culture, la religion, l'ethnie.
Sous la Troisième République, vers la fin du 19ème siècle il existe pour la première fois en France dans toute l'Histoire de l'humanité une population qui sait largement lire et écrire et qui a un certain accès à la connaissance. Il en découle une sorte d'effervescence politique autour de trois grandes alternatives à l'ordre établi :
- Militer pour un changement progressif : la social-démocratie,
- Militer pour un changement radical : le marxisme,
- Militer pour un changement moral : le fascisme,


Dans ce contexte d'effervescence, G.Sorel pose la matrice théorique du fascisme. L'une de ses premières œuvres s'intitule : « le procès de Socrate » (1889). Sorel y énonce un plaidoyer en faveur des juges qui ont condamné Socrate à mort et part en guerre contre les lumières Athéniennes. Pour Sorel, les civilisations fondées sur les mythes sont supérieures aux civilisations rationalistes et matérialistes. Pour lui, si une renaissance est possible, c'est par la victoire du mythe sur la raison ( « les illusions du progrès » et « réflexions sur la violence » en 1908).

Pour Sorel, il ne s'agit pas de remettre en cause les structures économiques du capitalisme, mais de liquider les valeurs morales et intellectuelles de la révolution française, de la bourgeoisie et du libéralisme. Sorel propose de changer le monde en opérant une révolution morale et spirituelle, de mettre en marche les nations au moyen des mythes tout en laissant intactes les structures économiques. Il ne s'agit plus d'abattre l'ordre bourgeois mais de le mettre au service de la nation.
Marginal en France lors de ses écrits, Sorel est très apprécié en Italie. Le rédacteur en chef d'Avanti le journal du parti socialiste Italien d'avant la première guerre mondiale est alors Benito Mussolini, le futur Duce. C'est lui qui va reprendre les thèses Soréliennes après sa rupture avec le marxisme et les porter au pouvoir dans le premier régime fasciste de l'Histoire. S'il a fallu des conditions politiques exceptionnelles (la première guerre mondiale, l'échec du pacifisme) pour porter Mussolini au pouvoir, la matrice théorique, elle, existait.

Ce que nous dit Z. Sternhell, c'est que sans cette matrice théorique, il n'y aurait pas eu de régime fasciste, que cette matrice théorique est toujours d'actualité dans l'extrême droite actuelle, y compris et bien entendu dans le Front National et son rassemblement Bleu Marine.


Sur Béziers c'est bien au nom de l'ordre moral, au nom d'un nouvel ordre intellectuel que Ménard est entré en guerre. Cette guerre est menée, elle nous est imposée, il faut s'y engager. Contre l'obscurantisme qui nous est proposé, notre meilleure ligne de défense et d'attaque reste les valeurs universelles de la démocratie, des Lumières et des droits de l'Homme.
Qu'il faut bien sûr actualiser aux problèmes de l'heure !

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