Commentaire sur le livre de Suzana Dukic publié aux éditions Trabucaire, L'immigration en Languedoc-Roussillon du XIXème siècle à nos jours.

Suzana Dukic, historienne de formation, chercheuse coopérante à l'Institut Social Coopératif de Recherche Appliquée (ISCRA) Méditerranée, présente ici une première monographie synthétique très attendue, qui balaie nombre de champs de recherches, d'études et de lieux communs sur l'immigration dans une région pauvre et inégalitaire.v immigration

 

Une région qui a réagi à ses angoisses en rejetant sa propre identité. En répondant au départ à une commande institutionnelle, S. Dukic produit un travail rigoureux, annoté précisément, critique avec raison.

Par sa facilité de lecture, par son déroulement chronologique et parce qu'il offre un panorama presque exhaustif du phénomène migratoire en Languedoc-Roussillon, ce livre devrait être un outil sérieux de travail pour les professeurs d'université, les militants syndicaux et politiques, les intervenants auprès des institutions chargées des populations immigrées.

Le fil conducteur de ce livre se conclut avec lui : dans la mesure où nous ne résolvons pas nos propres difficultés économiques et sociales, nous rendons l'immigration problématique, en réduisant souvent les immigrés à un rôle de variable d'ajustement en terme de main d'œuvre, pour des travaux pénibles, mal rémunérés, parfois employés dans le BTP, un secteur en passe de devenir informel.

 

Dans la mesure où nous ne résolvons pas nos propres difficultés économiques et sociales, nous rendons l'immigration problématique.

 

Cet ouvrage analyse la plupart des aspects : les discriminations nombreuses ; les politiques institutionnelles clientélistes désastreuses, avec des chiffres précis ; le fait harki ; le phénomène migratoire marocain quantitativement plus important que la migration algérienne ; les attentes du patronat local et les crispations du salariat local ; les problématiques de santé publique et mentale des groupes de populations immigrées.
Si je devais faire une seule critique sur ce livre, ce serait d'avoir fait un peu l'impasse sur le thème des populations nomades maintenant sédentarisées, en particulier les gitans et leurs antagonismes avec les autres groupes de migrants.

Toutefois, malgré cette réserve, ce livre est assurément à la hauteur de la synthèse qu'a voulu réaliser S. Dukic : lucide, claire, rigoureuse, agrémentée d'exemples pertinents bien documentés, comme celui des crimes d'Aigues-Mortes, ou celui de la presse régionale, elle qui a contribué à présenter l'immigration comme un problème, en alimentant les fantasmes locaux faciles : fantasmes sur l'Autre, pourtant soumis à des conditions de vie plus dégradées que celles de celui qui est arrivé avant lui.