Cornelius Castoriadis, mort en 1997, était à la fois économiste, philosophe et psychanalyste. Il a été directeur à la Direction des études de croissance, des statistiques et des comptes nationaux à l'OCDE.

par JF Gaudoneix

Il est directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Cofondateur de la revue Socialisme ou Barbarie et marxiste jusqu'en 1957. "Une société à la dérive" est en fait un recueil de 26 entretiens et débats sur vingt années, de 1977 à 1997. Plutôt que de faire un compte-rendu de lecture, qui aurait pu être moins objectif, les extraits du livre sont regroupés par thèmes.

Sondages

P 256 : Aucun sondage, aucune induction empirique ne peut prévoir le comportement d'une population à courte échéance, encore moins à moyen ou à long terme. A la veille de Mai 68, Viasson-Pontet écrivait son célèbre article « La France s'ennuie ». En effet, elle s'ennuyait tellement qu'elle a explosé quelques semaines plus tard.

Les régimes communistes

P 11 : Il faut tirer toutes les leçons du siècle écoulé, et en particulier de l'expérience totalitaire. L'assèchement de la mer d'Aral, qui a été probablement la plus grande catastrophe écologique du siècle, ou les millions de morts de faim qui furent le prix de l'échec du « Grand Bond en avant » en Chine, n'ont tout de même pas été les produits du règne sans partage des rapports « marchands ». Rien ne sera fait, rien ne sera obtenu si l'on ne comprend pas clairement que l'imposture « libérale » n'est pas la seule forme d'imposture, que l'impasse « libérale » n'est pas la seule impasse qu'on ait à craindre pour l'humanité de demain.

P 55 : La réalité du marxisme est d'abord, à un degré écrasant et qui prime tout le reste, qu'il est l'idéologie dont se réclament des régimes d'exploitation et d'oppression totalitaire qui s'exercent sur un milliard d'hommes et de femmes.
P 133 : A la révolution russe, même si les ouvriers croient que le parti bolchevique est « leur » parti, ce parti, Lénine et Trotski en tête, reconstitue un appareil d'Etat séparé de la société et soumis à son contrôle. Il domestique les Soviets, les syndicats, toutes les organisations collectives. Il travaille pour subordonner toutes les activités sociales à ses propres normes et à son propre point de vue ; et il y réussit.

Le PCF

P 257 : Le parti communiste français a soutenu la thèse de la « paupérisation absolue » de la classe ouvrière jusqu'à une date assez récente – axé sur l'idée que le capitalisme ne pouvait résoudre le problème du développement des forces productives. Or développer la production et la consommation, le capitalisme ne fait que cela. Si c'est vraiment ça que nous voulons et rien d'autre, ce n'est pas la peine de changer de gouvernement comme dit la chanson.

Les régimes libéraux

P 12 : La répétition mécanique des termes « Etat de droit » et « économie de marché » ne saurait remplacer indéfiniment la considération non pas de ce que ces mots pourraient vouloir dire, mais des réalités historiques concrètes que pour l'heure ils recouvrent : accumulation sans fin (dans tous les sens du mot), destruction de l'environnement, retrait de la population de la sphère publique, décomposition des mécanismes de direction de nos sociétés.

Comment fonctionnent ces régimes ?

P 18 :Ces régimes libéraux ne font pas essentiellement appel à la contrainte, mais à une sorte de semi-adhésion molle de la population. Le but de la vie humaine serait l'expansion illimitée de la production et de la consommation, le prétendu bien-être matériel, etc.
En conséquence de quoi la population est entièrement privatisée : le métro-boulot-dodo de 1968 est devenu bagnole-boulot-télé.
La population ne participe pas à la vie politique : ce n'est pas participer que de voter une fois tous les cinq ou six ans pour une personne que l'on ne connaît pas, sur des problèmes que l'on ne connaît pas et que le système fait tout pour vous empêcher de connaître. Même ce vague veto électoral est fictif, parce que les choix offerts aux électeurs sont prédéterminés.
Pour qu'il y ait un changement, qu'il y ait vraiment auto-gouvernement, il faut certes changer les institutions pour que les gens puissent participer à la direction des affaires communes ; mais il faut aussi et surtout que change l'attitude des individus à l'égard des institutions et de la chose publique.
Aujourd'hui, domination d'une oligarchie et passivité et privatisation du peuple ne sont que les deux faces de la même médaille.

P20/21 : Si l'état d'apathie, de dépolitisation, de privatisation actuelle se perpétuait, nous assisterions certainement à des crises majeures. Referaient alors surface avec une acuité insoupçonnable aujourd'hui le problème de l'environnement, pour lequel rien n'est fait ; le problème de ce qu'on appelle le tiers monde, en fait les trois quarts de l'humanité ; le problème de la décomposition des sociétés riches elles-mêmes. Car le retrait des peuples de la sphère politique, la disparition du conflit politique et social permet à l'oligarchie économique, politique et médiatique d'échapper à tout contrôle. Et cela produit d'ores et déjà des régimes d'irrationalité poussée à l'extrême et de corruption structurelle.

P 143 : L'idéologie capitaliste est rationaliste : elle invoque le savoir, la compétence, la scientificité, etc. Le pseudo-« rationnel » est la pièce centrale de l'imaginaire de cette société. Et cela vaut aussi pour l'idéologie marxiste, devenue religion laïque d'Etat.
La société moderne prétend être rationnelle – et produit massivement ce qui est irrationalité de son point de vue même.

La notion de progrès
P 22 : C'est le capitalisme qui a basé toute la vie sociale sur l'idée que l' « amélioration» économique était la seule chose qui comptait – ou que la chose une fois réalisée, donnerait le reste de surcroît. Et Marx et le marxisme l'ont suivi dans cette voie.

Société à la dérive
P 252 : On assiste à la domination intégrale de l'imaginaire capitaliste : centralité de l'économique, expansion infinie et prétendument rationnelle de la production, de la consommation, et des « loisirs » plus ou moins planifiés et manipulés.

Le chômage

P 23 : Le chômage actuel est dû au fait que l'élévation accélérée de la productivité du travail depuis 1940 n'a été accompagnée que d'une très faible réduction de la durée du travail – à l'opposé de ce qui s'était passé de 1840 à 1940, où la durée hebdomadaire a été réduite de 72h à 40 heures. Cette obsession de l'augmentation de la production et de la consommation est pratiquement absente des autres phases de l'histoire. Ce que l'on appelle « progrès économique » a été obtenu par la transformation des humains en machines à produire et à consommer.

P 268 : L'accroissement du chômage est désormais inscrit dans la logique de la mondialisation du capitalisme, et ce ne sont pas les minuscules et ridicules mesures des gouvernements qui vont y changer quelque chose. Il est du reste favorablement accueilli par les couches dirigeantes, qui, dans la phase actuelle, préfèrent l'existence d'un volant important de chômage pour « discipliner » les salariés. Mais l'essentiel est qu'une entreprise bien gérée n'a aucune raison d'investir en France, alors qu'elle peut le faire en Chine ou ailleurs pour des salaires qui représentent le vingtième ou le quarantième des salaires français et européens en général. Or, à partir du moment où les mouvements de capitaux ont été libérés, grâce notamment à l'Union européenne, il n'y a plus aucun frein à ce processus.

A2derive

Le projet révolutionnaire aujourd'hui

P 58 : La problématique révolutionnaire aujourd'hui doit être étendue à l'ensemble des sphères de l'activité sociale, et en premier lieu à la vie quotidienne.
Le quotidien, c'est les 8 heures de travail, les conditions de travail, le rythme de travail...
Mais c'est aussi à la maison, le soir, le quartier, toute la vie des gens dans tous ses aspects ignorés, négligés, considérés comme secondaires par ceux qui sont uniquement obsédés par les grèves, les événements « politiques » ou les crises « internationales ».

P 59 : Il y a nécessairement, dans la société contemporaine, une pluralité d'activités potentiellement révolutionnaires.

P 86 : Les hommes ne se mobiliseront jamais pour transformer la société, surtout dans les conditions du capitalisme moderne, et pour établir une société autonome, uniquement dans le but d'avoir une société autonome. Ils voudront vraiment et effectivement l'autonomie lorsqu'elle leur apparaîtra comme le porteur, la condition, l'accompagnement presque, mais indispensable, de quelque chose de substantif qu'ils veulent vraiment réaliser, qui aura pour eux de la valeur et qu'ils n'arrivent pas à faire dans le monde actuel. Mais cela veut dire qu'il faudra que de nouvelles valeurs émergent dans la vie social-historique.

Projet socialiste révolutionnaire

P 144/145 : Il a toujours la forme élémentaire de la résistance quotidienne des travailleurs à l'exploitation et à l'aliénation auxquelles les soumet le système.
Il se manifeste en Europe entre 1917 et 1923, en Espagne en 1936-37, en Hongrie en 1956.
Puis par le mouvement des jeunes (mai 68 en France), le mouvement des femmes, le mouvement écologique.
On peut formuler cette visée en un seul mot : la visée d'autonomie.


P 145/146 : Il n'y a pas de toute-puissance des Etats institués. Leur puissance n'est que l'autre face de la croyance des gens dans cette puissance. Il faut rappeler aux hommes cette vérité élémentaire : lorsqu'il s'agit des affaires publiques, ni l'expansion de l'économie capitaliste, ni le gouvernement, ni les lois de l'histoire, ni le Parti, ne travaillent pour eux. Leur destin sera ce qu'ils voudront et pourront en faire.

P 149 : Actuellement, la conception de la politique se réduit à l'affrontement des partis pour s'emparer de la direction de l'Etat. Conception restrictive mais aussi bureaucratique de la politique.

P 151 : Tels qu'ils existent, les partis de « gauche » sont des organisations qui, indépendamment des intentions et des idées des individus qui les composent, sont destinées à diriger, à gérer de l'extérieur et par en haut. La solution ne passe certainement pas par les partis politiques tels qu'ils existent. Ces partis sont là pour une autre solution – la solution bureaucratique, qu'elle soit réformiste ou totalitaire.

P 187 : Il n'est plus question de dire que le « prolétariat » est historiquement chargé de la transformation de la société, lorsque ce prolétariat devient une petite minorité, ni que les « couches  salariées » le sont puisque aujourd'hui presque tout le monde est salarié. La transformation de la société exige aujourd'hui la participation de toute la population, à part peut-être 3 à 5% d'individus inconvertibles.

P 178 : On ne transforme pas par des lois, des décrets, encore moins par la terreur, la famille, le langage, la religion des gens. Aucune révolution ne se fait sur une table rase : elle est social-historiquement préparée.
A partir de 1789, commence une immense création institutionnelle ; un fantastique travail d'auto-institution. Un exemple : la Fédération. Le pays indique sa volonté de se re-instituer, en se re-composant à partir de ses « éléments naturels » ou paraissant tels, les communautés locales.

P 139 : Le véritable contenu du socialisme – et ce que les travailleurs ont visé pendant la Commune, en Russie en 1917, en Catalogne en 1936-37, en Hongrie en 1956 etc... est l'auto-organisation de la société.

L'enseignement

P 61/62 : Je perçois l'école non pas comme une institution qu'il faut réformer et perfectionner, mais comme une prison qu'il faut détruire.
On peut concevoir la réabsorption de la fonction de l'éducation des jeunes générations par la vie en société.
La réabsorption de la fonction éducative par la vie sociale n'a de sens que si les gens dans leur ensemble sont capables de vivre leurs enfants, et les enfants des autres.
Cela implique des transformations profondes aussi bien de l'organisation et de la nature du travail lui-même que de l'habitat, du psychisme des gens etc...excusez du peu.

P 206 : Pourquoi le système d'éducation se décompose ? Il y a trois éléments fondamentaux, dont on ne parle jamais. D'abord, il ne peut y avoir d'éducation si les élèves ne sont pas intéressés par le fait d'apprendre et par ce qu'il y a à apprendre. L'école devient une usine de fabrication de certificats d'aptitude professionnelle. En deuxième lieu, la question des enseignants. Enseigner n'est pas un métier comme les autres, ce n'est pas un métier pour « gagner sa vie ». Enseigner, c'est apprendre aux enfants à aimer le fait d'apprendre, et pour cela il faut aimer enseigner et aimer les enfants. On ne peut rien transmettre si l'on n'est pas possédé par ces deux amours, et si l'on n'est pas capable d'inspirer de l'amour.
Enfin le troisième point. Choisir exige d'être capable de s'orienter et d'avoir une hiérarchie des valeurs. Où sont ces valeurs dans la société d'aujourd'hui ? Dans une société qui n'affirme en fait comme seule valeur que l'argent...

P 207 : La société est dominée par une course folle, définie par ces trois termes : techno-science, bureaucratie, argent. Si rien ne l'arrête, il pourra de moins en moins être question de démocratie.

L'être humain

P 66 :Je pense que ce que nous appelons l'espèce humaine est un monstrueux accident de l'évolution biologique. Cette évolution – la création de nouvelles espèces – a abouti «  à un certain moment », à la création d'un être qui est inapte à la vie. Nous sommes le seul être vivant qui ne sache pas ce qui est, pour lui, aliment et ce qui ne l'est pas, ce qui est poison. Un chien malade va se chercher les herbes qui lui font du bien, nous cueillons et mangeons des champignons vénéneux. Un chien ne trébuche pas – un homme trébuche et se fait des fractures. Un être humain se suicide, il tue ses congénères – pour le plaisir ou pour rien.
Cet être n'a pas disparu car il a créé une forme nouvelle, la société. La société comme institution afin qu'ils puissent vivre tant bien que mal ensemble.

La privatisation de l'individu

P 90 :On abandonne tous les terrains collectifs, on se replie sur son existence individuelle ou micro-familiale, on ne se soucie de rien qui dépasse le cercle très étroit des intérêts personnels. Ce mouvement est encouragé par les couches dominantes, il y a toute une dynamique du système. La société de consommation, c'est cela : achetez un nouveau téléviseur, et taisez-vous, achetez un nouveau modèle de voiture et taisez-vous, même le sexe est traité de cette façon. Il en est ainsi au plan économique, mais il en est ainsi aussi au plan politique. Faites-nous confiance, on est les experts, on est le parti qui défend vos intérêts, on est le Président que vous avez élu, le gouvernement que vous avez porté au pouvoir, faites-nous confiance, laissez-nous faire, vous verrez dans cinq ans. Tout cela encourage l'apathie des individus, tout cela détruit l'espace public comme espace d'activité collective par laquelle les gens essaient de prendre en charge leur propre destin. On le constate en France, aux Etats-Unis, dans tous les pays occidentaux.

L'individualisme

P 188 :Prenez l'idée : moi, j'aurai ma petite boutique et je me fiche de la société. Mais la société ne se fiche pas de vous, elle vous impose la pollution, le bruit, les impôts, peut-être la guerre. L'individualisme est de l'infantilisme. Dans aucune société que je connaisse, les gens n'ont été autant immergés dans le social qu'aujourd'hui. Quinze millions de foyers tournent à la même heure les mêmes boutons pour voir la même chose.

P 258 : Contrairement à ce que disait Aristote, ce que les humains désirent par-dessus tout, ce n'est pas le savoir, c'est la croyance. Dans les sociétés riches – qui par ailleurs représentent, tout au plus, un septième de la population mondiale - avec la fin des croyances politiques et l'évanescence de la capacité de la société à créer de nouvelles valeurs qui pourraient signifier quelque chose, règne ce que Pascal aurait appelé le divertissement ou la distraction, l'oubli. On ne veut pas savoir qu'on est mortel, qu'on va mourir, qu'il n'y a au-delà ni rétribution ni récompense. On s'oublie en regardant la télévision... Tapie ou Madonna, ou que sais-je encore. Nous vivons dans une société non pas du spectacle mais de l'oubli : oubli de la mort, oubli du fait que la vie n'a de sens que celui qu'on a été capable de lui donner.
On ne peut pas vivre sans sens, sans signification.
Tout le monde ne peut pas être Beethoven ou Kant ; mais tout le monde doit avoir un travail qu'il puisse investir et où s'impliquer. Cela présuppose une modification radicale de la notion de travail, de la technologie contemporaine, de l'organisation de ce travail, etc.
C'est le fait que je me bats qui a un sens, non pas le fait que d'ici deux siècles il y aura une société parfaite. Et la morosité actuelle représente sans doute aussi en partie le travail de deuil fait sur la mort de cette illusion d'un avenir paradisiaque (le mythe marxiste d'un paradis sur terre à la « fin de l'histoire »).
Il y a actuellement un temps imaginaire, qui consiste en la négation du véritable passé et du véritable avenir ; un temps sans véritable mémoire et sans véritable projet. De cela, effectivement, la télévision constitue une image très puissante et très symbolique : la Somalie était un scoop hier, elle ne l'est plus aujourd'hui. Ce que nous appelons un perpétuel présent est plutôt une mélasse, une soupe vraiment homogène où tout est aplati, tout est mis au même niveau de signification et d'importance. Tout est pris dans cette coulée informe d'images ; et cela est d'un seul tenant avec la perte de l'avenir historique, la perte d'un projet, et la perte de la tradition.

P 72 : Il n'y a pas de société sans mythes. Dans la société contemporaine, l'arithmétique est devenue elle-même un mythe, puisque cette société vit pour une grande partie dans cette pure fiction que tout est calculable et que seul compte ce qui peut être compté.

P 75 : Kenneth Arrow, prix Nobel d'économie est très modeste sur les possibilités de prévision des économistes : « nous ne comprenons pas, parce que tout cela baigne dans des conditions sociales et politiques. » En fait, les économistes ne sont jamais parvenus à constituer la « science rigoureuse » qu'ils voulaient constituer, ils se trompent régulièrement dans leurs prévisions. Si le prix de l'essence doublait, la consommation baisserait, mais de combien ? Si le salaire réel diminuait sensiblement parce que les prix augmentent beaucoup plus vite que les salaires, que se passerait-il ? Des grèves, autre chose ou rien du tout ? L'économie politique ne peut pas répondre à ces questions.
L'exemple de la déformation marxiste du mouvement ouvrier, qui en est venue à signifier : battons-nous, pour pouvoir enfin consommer suffisamment, soit par des salaires plus élevés dans la société capitaliste, soit dans des sociétés futures qui seraient des sociétés d'abondance matérielle. On en reste à plus de production, plus d'objets, plus de programmation...

P 137 : La force de travail n'est pas marchandise pour ce qui est de sa « valeur d'échange » – contrairement à ce que dit Marx. Aucune marchandise ne négocie sa valeur, ne lutte pour qu'elle augmente.
La force de travail n'est pas non plus une marchandise pour ce qui est de sa « valeur d'usage » dans la production. On sait combien de calories on peut extraire d'une tonne de charbon. On ne sait pas, lorsqu'on achète une journée de travail, combien de gestes productifs et efficaces on pourra en extraire.

P 101 : L'autorégulation du marché est une imposture. Démontré dans les années 1930 par Keynes et des économistes parfaitement académiques. La moitié du PNB des économies modernes transite par le budget de l'Etat, des collectivités locales, de la sécurité sociale, qui taxe telle activité, en subventionne telle autre, décide de telles dépenses, tels équipements. Comment cela n'affecterait-il pas le « libre » fonctionnement du marché ? Comment un tel budget pourrait-il être économiquement neutre ?

P189 : Une société autonome est une société de véritable souveraineté du consommateur. La liberté du consommateur dont on nous parle est la possibilité de choisir entre les produits qu'on lui offre. La vraie liberté du consommateur est de pouvoir dire (collectivement) : voilà les produits que je voudrais. La vraie souveraineté pour le consommateur consisterait à pouvoir dire par exemple : « Je ne veux pas d'une ville qui soit constamment embouteillée, enlaidie par les automobiles, je veux un développement des transports en commun ».

P 188 : Les gens veulent ce mode de consommation, de type de vie, ils veulent passer tant d'heures devant la télé et jouer sur les ordinateurs familiaux. Il y a autre chose qu'une simple « manipulation » par le système et les industries qui en profitent. Il y a un énorme mouvement – glissement – où tout se tient : les gens se dépolitisent, se privatisent, se tourne vers leur petite sphère « privée » - et le système leur en fournit les moyens. Et ce qu'ils y trouvent, dans cette sphère « privée », les détourne encore plus de la responsabilité et de la participation politique.

P 198 : Un marché capitaliste n'est pas un marché, comme les manuels d'économie politique le montre , transparent, où le capital est une sorte de fluide, qui passe immédiatement d'un secteur de production à un autre parce qu'on peut y faire de plus grands profits – ce qui est absurde – mais aussi parce que les prix n'y ont pour ainsi dire rien à voir avec les coûts.

Mondialisation ou hégémonie capitaliste

P 83 : La société européenne est loin d'avoir le monopole de la violence exercée sur les autres sociétés (voir par exemple l'Islam). Mais le fait nouveau, et fascinant, est que cette société, ce monde social-historique, est parvenu à s'imposer à toute la planète, c'est-à-dire à créer la première universalisation effective de l'histoire. Auparavant, il y avait des peuples qui étendaient plus ou moins leur empire – mais jamais ils n'ont exercé une emprise vraiment mondiale. L'univers européen – ou occidental – si. Pourquoi ?

P 84 : Autour du XVII° siècle, disons, émerge une nouvelle signification imaginaire sociale, qui est la caractéristique fondamentale et l'âme du capitalisme : l'expansion illimitée de la maîtrise « rationnelle ». Cela apparaît au départ comme une expansion ou tendance à l'expansion des forces productives, et qui devient rapidement « rationalisation » de toute la vie sociale. Il n'y a pas que les forces productives, il faut aussi établir une maîtrise « rationnelle » sur la vie des citoyens, la vie familiale, l'éducation des enfants, la communication et l'information, etc. Et c'est cette Europe-là, l'Europe du capitalisme, qui s'empare vraiment de la planète.

P 85 : Ainsi se constitue une puissance matérielle sans précédent ; et pas seulement matérielle.
On peut parler d'une puissance de fascination exercée même sur les peuples non colonisés et non conquis. On a vu tous les peuples de la Terre, se mettre à singer le mode de vie et l'organisation capitalistes.

P 207 : La société est dominée par une course folle, définie par ces trois termes : techno-science, bureaucratie, argent. Si rien ne l'arrête, il pourra de moins en moins être question de démocratie.

La Politique

P 98 : L'objet de la politique n'est pas la réduction de la misère et finalement le bonheur. C'est même une idée dangereuse. Si le but de la politique était de rendre les gens heureux, il suffirait de voter des lois décrétant le bonheur universel. Tout cela relève de la sphère privée, intime, il est donc illégitime d'en traiter dans la sphère publique. Ce serait en fait une position totalitaire : les dirigeants des pays communistes étaient prêts à faire le bonheur des gens malgré eux.
L'objet de la politique, c'est la liberté.
Il faut éliminer la misère tout simplement parce qu'elle réduit en esclavage ceux qu'elle frappe, les empêchant de devenir vraiment citoyens de leur cité.
La politique ne donne et ne peut pas donner réponse à tout – mais il ne peut pas y avoir de transformation essentielle de la société qui n'englobe la dimension du pouvoir. La structure actuelle du pouvoir est aliénante, atomisante, elle renvoie chacun à sa vie privée et à l'infantilisation.
Les problèmes qui se posent à notre société concernent 90% à 95% de la population. Cette population entrera-t-elle de nouveau dans une phase d'activité politique ?
Ce que je sais c'est que nous traversons actuellement une basse époque...
On n'aperçoit aucune volonté de cette société quant à ce qu'elle veut être demain – aucune volonté autre que la sauvegarde apeurée et grincheuse de ce qui est aujourd'hui.
Cela revient aussi à dire que l'état présent des choses est parfait – ou le moins imparfait humainement accessible.

Les socialistes français

P 255 :Je n'ai jamais pensé que les socialistes français soient des socialistes. Le programme de 1981 était déjà un monument archéologique. Les « nationalisations » n'avaient rien à voir avec le socialisme. L'Etat français avait depuis toujours influencé et même en fait dirigé l'économie, et avait les moyens de le faire, ne serait-ce que par la maîtrise du crédit et du système bancaire.
Les socialistes ont appris tant bien que mal les règles du jeu de l'économie capitaliste – et les ont appliquées avec un enthousiasme débordant. De sorte que leur seule gloire est d'avoir introduit et appliqué le programme du néo-libéralisme en France. Ce que la population aurait peut-être difficilement accepté de la part de la droite, elle l'a, en grognant, accepté de la part des socialistes. C'est à ce seul titre qu'ils resteront dans l'histoire.

Comment définir la gauche ?

P 188Ce n'est pas une exigence seulement « morale », c'est une exigence politique et humaine : je veux être libre, je veux être responsable, participer aux décisions qui m'affectent, je ne veux pas que mon sort soit décidé par d'autres.
L'urgence maintenant, c'est d'arriver à maîtriser les forces aveugles que le système a déclenchées, comme par exemple la techno-science, la destruction de l'environnement, la rage de l'enrichissement et de l'acquisition, etc.

Etat et bureaucratie

P 103 : La philosophe politique belge Chantal Mouffe dit : « il faut lutter contre la bureaucratisation de l'Etat ».
Il faut alors aussi lutter contre la militarisation de l'armée, et la médicalisation de la médecine. Lutter contre la bureaucratisation de l'Etat c'est lutter contre la nature végétale des plantes.
L'Etat est toujours nécessairement bureaucratique. Sinon ce n'est pas un Etat.

P 131 : L'existence de l'Etat est inséparable de l'existence de l'esclavage disait avec raison Marx. Le socialisme a toujours signifié la suppression de l'exploitation et de l'oppression, l'élimination de la domination de tout groupe social particulier, la destruction des institutions (économiques, politiques, culturelles) qui instrumentent ces rapports de domination.
Le régime social de tous les pays est le capitalisme bureaucratique : fragmenté en Occident, total dans les pays de l'Est (écrit en 1977).
P 134 : La concentration du capital, l'augmentation de la taille des entreprises, le procès de travail à un contrôle de plus en plus détaillé et à le diriger de l'extérieur, font que la gestion de la production ne peut plus être assurée par un patron assisté d'un ingénieur et d'un comptable. Elle ne peut l'être que par un Appareil bureaucratique important, dont le Sommet détient en fait le pouvoir dans l'entreprise.
La bureaucratisation dans les pays capitalistes occidentaux, trouve aussi une autre source dans l'énorme extension du rôle et des fonctions de l'Etat, indépendante de toute étatisation des moyens de production, et qui dépasse de loin la simple régulation de l'économie.

La démocratie

P 155 : Les Athéniens commençaient leur texte de loi par « Il a semblé bon, ça a été l'opinion bien pesée du Conseil et du peuple que... »
Nous n'avons pas science de ce qui est bon pour l'humanité, et nous n'en aurons jamais. S'il y en avait une, ce n'est pas la démocratie qu'il nous faudrait rechercher, mais la tyrannie de celui qui possèderait cette science.
La démocratie, c'est le régime de l'opinion bien considérée, de cette faculté de nous former une opinion sur des questions qui échappent aux raisonnements géométriques.
Nous savons ou nous devrions savoir que ce que le peuple a décidé n'est pas forcément l'ultime vérité, qu'il peut se tromper, mais qu'il n'y a pas d'autres recours. On ne pourra jamais monter le peuple contre lui-même, on ne peut que lui donner les moyens institutionnels, s'il s'est trompé, de se corriger lui-même.
Participent à la collectivité politique tous ceux qui vivent habituellement sur le territoire et sont concernés par ce qui s'y passe.
La démocratie implique des citoyens actifs, qui veulent vraiment participer.

Société autonome

Dans une société autonome, vous aurez un authentique marché en ce sens qu'il y aura aussi bien suppression de toutes les positions de monopole et d'oligopole que correspondance entre les prix des biens et les coûts sociaux réels. Quant au marché du travail, il ne saurait y avoir de société autonome si l'on maintient une hiérarchie des salaires et des revenus. Maintenir cette hiérarchie, c'est maintenir toutes les motivations du capitalisme.
Il n'y a pas de véritable argument économique et rationnel qui vous permette de dire : «  une heure de travail de tel homme vaut trois fois l'heure de travail d'un autre homme.

P 199 : La distribution actuelle des revenus, aussi bien entre les groupes qu'entre les individus, n'est que le résultat d'un rapport de forces. Rien de plus.

P 203 : Je préfère parler de démocratie directe plutôt que de démocratie participative. Si les citoyens ne participent pas à la vie publique, rien n'est possible, c'est évident.
Rousseau disait des Anglais, ils ne sont libres que le jour des élections. Mais sont-ils même libres ce jour-là ?

P 204 : Le capitalisme bureaucratique, qui régit les entreprises et l'ensemble de la vie sociale, comme l'évolution globale de notre culture, ce que j'appelle l'imaginaire social institué, tend à détruire les lieux traditionnels de socialisation et d'association, ou bien à en faire des coquilles vides.
Aujourd'hui aussi, il existe des individus qui peuvent prendre des distances par rapport à leur propre héritage – c'est cela l'autonomie. C'est soumettre ce qu'on a reçu à un examen lucide, à un examen réfléchi et se dire : cela je le retiens, cela je ne le retiens pas.

P 234 : Le mouvement émancipatoire n'a pas besoin d'une « théorie du changement social ». Une telle théorie ne peut pas exister : la société et l'histoire ne sont pas soumises à des lois dont on pourrait faire la théorie. L'histoire est le domaine de la création humaine, création soumise à certaines conditions qui lui tracent un cadre, mais ne la déterminent pas. Une théorie du changement social est une des illusions catastrophiques de Marx, elle conduit à la monstrueuse idée d'orthodoxie. S'il y a orthodoxie, il y a dogme, s'il y a dogme, il y a gardiens du dogme, à savoir l'Eglise, le Parti, et donc Inquisition ou KGB.

Le complexe militaro-industriel

P 225 : Le complexe militaro-industriel a encore de beaux jours devant lui. En Russie, il a redressé la tête et recommence à peser sur les événements. Aux Etats-Unis, on n'a pas vu malgré l'énorme changement de la situation internationale dans les années 1990, de réduction significative des dépenses militaires, au contraire. En France, on a fabriqué un nouvel avion de combat, les Algériens n'ont pas à manger, mais demandent aux Chinois de les aider à construire une usine de traitement de plutonium pour fabriquer leur bombe nucléaire.

Les religions

P 225 : Les religions ont toujours constitué un formidable facteur de conservation et de réaction. Cela se comprend, au niveau philosophique, puisqu'elles invoquent toujours une source de la loi et de l'institution extérieure à la société, donc devant échapper à l'action humaine. On le voit avec la fermeture des sociétés islamiques. Pour le christianisme, il n'en est pas autrement : là où la théocratie chrétienne n'a pas été remise en question, les sociétés en payent encore les conséquences.
A partir du moment où émergent la philosophie et la politique, la dimension illusoire de la religion apparaît clairement. Il devient évident que la société et son institution n'ont pas de fondement transcendant.

L'immigration

P 228 : Le problème n'est évidemment pas économique : l'immigration ne saurait créer des problèmes dans des pays à démographie déclinante, comme les pays européens, tout au contraire. Le problème est profondément politique et culturel. Je ne crois pas aux bavardages actuels sur la coexistence de n'importe quelles cultures dans la diversité.
L'égalité des droits que nous proclamons, implique que le corps politique partage un sol commun de convictions fondamentales : que fidèles et infidèles sont sur le même pied, qu'aucune Révélation et aucun Livre sacré ne déterminent la norme pour la société, que l'intégrité du corps humain soit inviolable, etc. Comment cela pourrait-il être « concilié » avec une foi théocratique, avec les dispositions pénales de la loi coraniques, etc. ? Les musulmans ne peuvent vivre en France que dans la mesure où, dans les faits, ils acceptent de ne pas être des musulmans sur une série de points (droit familial, droit pénal). Une assimilation minimale est indispensable et inévitable – et, du reste, elle a lieu dans les faits.

La laïcité

P 228 : La laïcité n'est nullement une valeur perdue, elle est plus importante que jamais. Elle appartient aux fondements philosophiques de la démocratie (origine humaine et non divine de la loi) et est un des garants de l'autonomie individuelle : le corps politique s'interdit d'intervenir dans les croyances privées. Elle est mise en danger par le renouveau des prétentions politiques de l'Eglise.

Le racisme

P 229 : Le non-sens du racisme possède une apparence de sens : lorsqu'on ne peut pas se définir positivement, on se définit par la haine de l'autre.

Communisme et fascisme

P 231 : Les deux détruisent les sociétés dont ils s'emparent et ne peuvent durer qu'aussi longtemps que peut tenir leur combinaison de mensonge et de terreur : ce sont des régimes qui ne parviennent pas à se reproduire et à se conserver.
L'opinion courante qui ne distingue pas entre fascisme et communisme n'est pas entièrement fausse. Du point de vue du citoyen, le résultat est identique : l'esclavage. Ils sont profondément similaires dans leur nature totalitaire.
Ils ont des différences importantes qui vont dans des sens opposés.
Le nazisme est, du point de vue cosmo-historique, moins dangereux que le communisme : le communisme a une vocation universaliste, il aurait pu s'emparer de tous les pays, alors que le nazisme, proclamant la mission dominatrice d'une seule race, était voué à l'échec rapide.
Le communisme est condamné à dire une chose et à faire le contraire ; il parle de démocratie et instaure la tyrannie. Il proclame l'égalité et instaure l'inégalité, il invoque la science et la vérité et pratique le mensonge et l'absurdité.
Le communisme réalisé a représenté un monstrueux détournement du mouvement ouvrier révolutionnaire. Il a corrompu et prostitué, de manière irréversible, les idées et le vocabulaire du mouvement révolutionnaire, il a déconsidéré l'idée d'une transformation sociale : il a fait apparaître aux populations le régime capitaliste comme le paradis réalisé sur terre.

L'écologie

P 237 : L'idée que l'écologie serait réactionnaire repose sur des résidus d'idéologie « progressiste » : élever le niveau de vie et ... advienne que pourra !
L'écologie est subversive car elle met en question l'imaginaire capitaliste qui domine la planète. Elle en récuse le motif central selon lequel notre destin est d'augmenter sans cesse la production et la consommation. Elle montre l'impact catastrophique de la logique capitaliste sur l'environnement naturel et sur la vie des êtres humains.
Il n'y a pas seulement la disparition irréversible du milieu et des ressources non remplaçables. Il y a aussi la destruction anthropologique des êtres humains transformés en bêtes productrices et consommatrices, en zappeurs abrutis. Il y a la destruction de leurs milieux de vie. Les villes, par exemple, merveilleuse création de la fin du néolithique, sont détruites au même rythme que la forêt amazonienne, disloquées entre ghettos, banlieues résidentielles et quartiers de bureaux morts après 8 heures du soir. Il ne s'agit donc pas d'une défense bucolique de la « nature » mais d'une lutte pour la sauvegarde de l'être humain et de son habitat.
L'écologie est essentiellement politique, elle n'est pas « scientifique ». La science en tant que science est incapable, de fixer ses propres limites ou ses finalités.
La compréhension du fait écologique semble avoir existé beaucoup plus autrefois, dans les sociétés archaïques ou traditionnelles, même en France où l'entretien des cours d'eau, des forêts (loi Colbert) ou en Grèce où jusque dans les années 1970, les villages recyclaient presque tout. Sans « savoir scientifique », les gens avaient une conscience « naïve » mais juste de leur dépendance vitale par rapport à l'environnement (lire aussi Dersou Ouzala).
Les économies traditionnelles étaient des économies de recyclage, alors que l'économie contemporaine est une économie de gaspillage.
Cela a changé radicalement avec le capitalisme et la techno-science moderne basée sur une croissance continue et rapide de la production et de la consommation, entraînant sur l'écosphère terrestre des effets catastrophiques, visibles d'ores et déjà.
Comme le disent les signataires de « l'appel de Heidelberg » - déclaration dénonçant la « naissance d'idéologie irrationnelle qui s'oppose au progrès scientifique et industriel et nuit au développement scientifique et social »..
C'est précisément le développement techno-scientifique, et le fait que les scientifiques n'ont et n'auront jamais rien à dire quant à son utilisation et même son orientation capitaliste, qui a créé le problème de l'environnement et sa gravité présente.
La vraie question, c'est la disparition totale de prudence. Etant donné que personne ne peut avec certitude dire si l'effet de serre provoquera ou pas une élévation du niveau des océans (et de combien), ni dans combien d'années le trou d'ozone se sera étendu sur toute l'atmosphère, la seule attitude à adopter c'est celle du père de famille consciencieux qui se dit que les enjeux sont énormes, et qu'il faut pas procéder comme si de rien était.. Or c'est l'inverse qui se produit souvent : « puisque ce n'est pas démontré, continuons comme avant ». Argument de papa Bush et des libéraux au sommet de Rio.
Il faut que l'idée que la seule finalité de la vie est de produire et de consommer davantage – idée à la fois absurde et dégradante – soit abandonnée.
Il faut voir que Marx aussi participe intégralement à l'imaginaire capitaliste : pour lui comme pour l'idéologie dominante de son époque, tout dépend de l'augmentation des forces productives. On ne trouve chez Marx aucune critique de la technique capitaliste. Oubli étrange chez Marx, car à la même époque, Victor Hugo, dans les Misérables, lorsque Jean Valjean, pour sauver Marius, le transporte à travers les égouts de Paris, Hugo remarque que Paris jette à la mer chaque année, par ses égouts, l'équivalent de 500 millions de francs-or. Et il oppose le comportement des paysans chinois, qui fument la terre avec leurs propres excréments. C'est pourquoi, dit-il, la terre de la Chine est aussi féconde qu'au premier jour de la Création.
Il ne faut pas faire de l'écologie une idéologie au sens traditionnel du terme. Sa prise en compte est une évidence centrale pour toute politique véritable et sérieuse.
S'il n'y a pas un réveil du projet démocratique, « l'écologie » peut très bien être intégrée dans une idéologie néo-fasciste : face à une catastrophe écologique mondiale, devant des populations affolées et passives, par exemple.

P 251 : L'écologie, c'est plus que la défense de la nature, c'est la défense de l'homme. La défense de l'homme contre lui-même. Aucune catastrophe naturelle n'égale les catastrophes, les massacres, les holocaustes provoqués par l'homme, contre l'homme. Et aujourd'hui, il scie la branche sur laquelle il est assis : l'environnement.