Par Emma,

La mouvance identitaire fait le lit du Front National et est appelée « à exercer une influence croissante au sein de ce parti » ( page 131). Bien que le parti veuille s'en dédouaner ou ne s'en sert que quand il en a besoin, le livre d'Eric DUPIN (1), journaliste, le démontre avec force.

Il passe en revue tous les éléments, propos, écrits qui fondent ces mouvements. Il nomme tous les protagonistes que l'on entend dans la presse et qui sont venus lors des colloques organisés par Ménard l'année dernière et cette année. Du « on est chez nous » au communautarisme blanc, aux français de souche, au grand remplacement, tout est recensé, analysé au scalpel et fait l'objet d'une dénonciation forte du danger de ces idées. Les choix accordés à l'immigration ou à l'islam, présents dans les discours de Marine Le Pen, viennent de là. Tous les discours émanant des valeurs de la colonisation sont issus de ces idéologues, de même ceux ciblant les crises d'identité que traverseraient la France.

 

remplaçant la lutte des classes par « la lutte des races » bénéficie d’un soutien international (dont le conseil économique et social des Etats Unis)

 

Parce que c'est de cela dont il est question, l'identité qui serait malheureuse, pour A. Finkielkraut, ami de Renaud Camus. « le prisme identitaire mène Finkielkraut sur un chemin dangereux. Il le fait glisser sur une pente réactionnaire en ce sens que les seuls remèdes aux maux qu'il décrit ne pourraient provenir que d'une réaction tentant désespérément de faire renaître un monde disparu » ( page 111).
Quant à Renaud Camus, le ténor du grand remplacement, il avertit que « si la « remigration » ne pouvait avoir lieu, « il n'y aurait d'alternatives qu'entre la soumission et la lutte armée » (page 77). On comprend, à ces propos, que l'on s'inquiète de la violence prévue.
Sont cités ainsi tous les idéologues de la « marée identitaire » (page 5), on peut en compter au moins une vingtaine qui a droit à la parole dans les médias (entre autres Dieudonné, Zemmour...) et au sein des militants du Front National.

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Mais Eric Dupin révèle un paradoxe.


Il constate en effet que le thème de l'identité traverse également les partis de droite et certains partis de gauche. « Elle s'est invitée avec force dans la primaire présidentielle de la droite « (page 133) notamment entre Fillon, qui a reçu le soutien du « sens commun » et Juppé. C'est à travers cette droite que se situe le débat entre intégration et assimilation. On se souvient de Sarkozy dans ses propos sur « la France éternelle » et les français gaulois. Malheureusement pour la droite, la question identitaire n'en a pas fini, confrontée qu'elle est à la concurrence du Front National.


Quant au parti socialiste, Jean Christophe Cambadélis, en 2014 déclarait « sans que nous y prenions garde, le principe d'identité a remplacé le principe d'égalité dans les débats pour lire et changer le réel » (p 149). Et de fait, cette déviance explique les débats houleux sur la laïcité entre les membres du parti.


Eric Dupin conclue son livre sur les « identitaires d'en face » incarnés par le parti des indigènes de la république ». Fondé en 2010, ce parti virulent répond furieusement, en forme de miroir inversé, aux diatribes de la « France Blanche » (p 165). Par ailleurs, un autre groupe le CCIF (collectif contre l'islamophobie en France) remplaçant la lutte des classes par « la lutte des races » bénéficie d'un soutien international (dont le conseil économique et social des Etats Unis).

 

Restons dans l'actualité !


Dans sa conclusion qui est très riche et qui essaie de poser des questions sociétales indispensables à penser avec notamment des philosophes (Marcel Gauchet est convoqué), nous ne retiendrons que cette idée : « l'égalité hommes-femmes, la laïcité, la tolérance religieuse et philosophique font partie du contrat civique non négociable qui doit relier nos concitoyens » (p 200) qui s'ancre dans un « sentiment d'appartenance à une communauté nationale, au-delà des particularismes ethniques ». Ces principes ne seront possibles que si « le pays est capable d'offrir un projet fédérateur ».

 

(1) La France identitaire, enquête sur la réaction qui vient. Eric Dupin. Edition la Découverte 2017