Reçu sur les ondes de Radio Peinard fin janvier, le maire de Béziers s'est laissé aller à quelques épanchements dont il n'est pas coutumier, mais qui donnent à réfléchir sur les vraies motivations de l'élu. Dans une collectivité ce n'est pas au premier magistrat de la ville de faire la promotion d'un culte et ce quel qu'il soit.

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Est-il nécessaire de rappeler que le prosélytisme religieux ne fait pas partie des missions pour lesquelles est mandaté, par le suffrage universel, un maire ? À Béziers il en va tout autrement. En effet, fin janvier le maire de Béziers était accueilli sur les ondes locales de Radio Peinard. Un entretien tout au long duquel le maire est venu délivrer ses messages habituels, et... surprise : derrière la figure connue pour son apparence autoritaire, le ton martial s'adoucit soudainement.

Serait-ce pour aborder les problèmes des Biterroises et des Biterrois ? Éventuellement avancer des débuts de solutions à des problématiques citoyennes? Que nenni, mes bons amis. Si les trémolos dans la voix de Roberto se font si poignants, en vérité je vous le dis, c'est qu'il avait une annonce à faire. Un scoop en direct des cieux qui n'aura échappé à personne, un message d'inspiration divine adressé par Monseigneur Roro à l'ensemble de ses ouailles.


Un truc somptueux
Répondant à l'animateur : « L'an prochain on fera une plus belle crèche encore ; plus somptueuse. Comme on fera une messe grâce à Monsieur l'archiprêtre ! On fera une messe pour l'ouverture des arènes encore plus spectaculaire, avec la Vierge qui viendra, avec des chevaux, on va faire un truc somptueux ! »

Un véritable moment d'allégresse, de quasi exaltation chez le maire de Béziers. L'émotion est palpable, l'on perçoit même la ferveur religieuse qui anime ce petit corps qui, tout jeune déjà, se destinait aux joies de la foi. Car, cela explique peut-être la trajectoire actuelle de l'intéressé, après une scolarité au collège religieux Saint Gabriel à Saint-Affrique, le maire de Béziers, aujourd'hui soutenu ouvertement par le FN, désirait devenir prêtre. Malheureusement pour lui et pour d'autres, maman Ménard s'opposa à ce projet. Cependant, quarante ans plus tard dans un magnifique mélange des genres politico-religieux, l'apprenti prélat passe outre les recommandations maternelles d'antan et fait don de son esprit au culte. Et le premier édile entend bien honorer son idole en lui offrant sur un plateau, une ville et ses habitants.

 

Hé ! Ho ! C'est qui qui porte le cul-culte à la maison ?

 

Habemus Robby !
Le maire de Béziers se rêvait en homme d'église et, n'ayant jamais pu accomplir ses désirs contrariés, il pense pouvoir s'affranchir des lois de la République qui lui ont permis de devenir maire. Il a choisi sa voie, celle-ci s'inscrit dans le cadre républicain, lequel rappelle qu'en matière religieuse, par la loi de 1905, deux grands principes sont incontournables.

D'une part la non-immixtion de l'État dans les affaires religieuses, ou encore la neutralité de l'État, ce qui est une traduction concrète du principe de laïcité. D'autre part la liberté religieuse et de conscience.

 

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Ci-dessus, le maire de Béziers en conversation téléphonique

avec une autorité supérieure pour organiser une messe somptueuse ?

 

Robert, vraiment sans frontières
Las, la majorité des électeurs ménardiens ne savaient pas que la religion serait la pierre angulaire du projet politique de Robert Sans Frontières. Effectivement notre homme ne souffre d'aucune frontière idéologique ou politique. Militant à la Ligue Communiste Révolutionnaire, socialiste, puis pour finir extrémiste de droite, en 2008 il n'a pas boudé son plaisir de gérer un centre pour la liberté de l'information au... Qatar. Un pays que Ménard, ancien président de Reporters sans frontières reléguait régulièrement en fond de classement, tant les abus et les atteintes aux libertés (notamment d'expression) étaient criantes.


Aujourd'hui les Biterrois peuvent constater ce par quoi est mû leur maire; non pas par leurs préoccupations de citoyens (éducation, santé, jeunesse, enfance, personnes âgées, voirie, sécurité...), mais par l'extrême dévotion dont semble faire preuve le premier magistrat qui, toujours sur les ondes, déclare « moi qui suis catholique pratiquant ! » Il a le droit en tant que citoyen, mais qu'est-ce à dire dans la bouche du premier représentant de la ville ?


Faste and furious !
Ce qu'ils apprennent, les Biterrois, c'est que les festivités religieuses (pas pour les juifs, pas pour les musulmans, pas pour les bouddhistes) vont coûter, selon le maire, une somme certaine, pour pas dire bonbon : « on va faire un truc somptueux » et de rajouter « le faste dans l'église et dans la cérémonie, dans la liturgie, ça fait partie de la foi et de ce qui est important... à trop vouloir être proche des gens, compréhensible, on perd l'essentiel » . Ils pensaient avoir élu un maire, ils ont un petit moine, un moinillon sur le retour qui a de grands projets, mais hélas pas pour toutes et tous.


L'heure de la quête approche, certes derrière le micro la messe semble être dite, mais en vrai elle n'est pas fê(ai)te.

Les déclarations du maire de Béziers peuvent être réécoutées sur le site de Radio Peinard Skyrock