La pauvreté est le véritable enjeu d'un mandat municipal à la tête de Béziers. Gudul' pousse un coup de gueule devant le discours et les réponses tellement superficielles du maire de Béziers face aux problèmes de fond que pose la pauvreté. « Le Compas »1 publie pour la seconde fois, avec la « Gazette des communes »2, des données sur les taux de pauvreté des 100 plus grandes communes de France, des chiffres inédits.3

Pour ce qui est de la France métropolitaine, la glorieuse  ville de Béziers se situe au 4ème rang avec 33% de la population vivant en-dessous du seuil de pauvreté, après Roubaix (45%), Aubervilliers (39%), Saint-Denis (34%), et juste devant Perpignan (32%). La ville de Béziers est donc un terreau fertile, riche en humus, si l'on entend par-là une population de débris plus ou moins transformés, de matières organiques en décomposition. Mais quels discours n'entendons-nous pas fleurir sur ce monticule ! La mauvaise herbe fleurit partout sur le papier : les déclarations de ceux qui s'expriment au nom des pauvres, au nom des Biterrois, ce qui au fond, revient au même.

Mais bon sang, ils sont où les pauvres ?
Les difficultés d'un quotidien qui rechigne à tourner rond se résument-elles à la gêne visuelle de paraboles aux fenêtres, de linge au balcon : les crachats, les blouses...

 

Être élu peut-il suffire à se proclamer porte-parole d'une classe populaire marginalisée ?

Être élu peut-il suffire à se proclamer porte-parole d'une classe populaire marginalisée, que le vote ne représente pas, ainsi que les sociologues le montrent 4 ?  Dans une ville de pauvres, l'élu doit faire profil bas : il ne représente pas la majorité silencieuse de sa ville. La moindre des choses est de l'admettre humblement et de réduire les fossés, au lieu d'exhiber son égo et de déverser sa démagogie sur les plateaux télé.

 

Ménard porte-parole des Biterrois ? Nous commencerons à y croire quand il fera un  pas vers nous, dans nos appartements insalubres, nous, les 33%, pour nous pousser à voter.

 

Nous, empêtrés dans la difficulté matérielle, nous attendons de le voir creuser plus profond pour toucher le mal de la misère. Il arrêtera alors peut-être de brandir l'épouvantail de l'Islam radical pour s'intéresser aux Musulmans qui font sa ville. Il témoignera alors peut-être de son ouverture en venant partager amicalement le mouton de l'Aïd, au lieu d'agiter son unique socialo.

 

Ne pas se contenter du regard imbécile du touriste parisien qui s'arrête aux façades, aux balcons, aux trottoirs, aux vêtements.

Il va devoir retrousser les manches immaculées de sa petite chemise blanche pour trouver les bonnes raisons : il faudra y mettre les deux mains, dans cette boue dont il se proclame, et plonger un peu plus profond aux racines de la précarité : plus profond, c'est-à-dire ne pas se contenter du regard imbécile du touriste parisien qui s'arrête aux façades, aux balcons, aux trottoirs, aux vêtements. Derrière tout cela, il y a des gens, et ces gens, c'est nous. Et nous, les 33%, quand il promène sa femme et son bon gros « bons sens » dans nos rues, on le regarde passer en nous disant qu'y a vraiment pas de quoi aller taquiner les urnes.

 

1 Le Compas est une société qui met en oeuvre ou accompagne plus de trente observatoires sociaux dans toute la France métropolitaine et en Outre-mer pour le compte de villes, de communautés de communes, de départements ou de régions, parfois dans le cadre d'une démarche d'analyse des besoins sociaux.
Lien : La-gazette-des-communes
3 Les taux s'échelonnent de 7 à 45 %. Ces données constituent le niveau le plus fin des données rendues publiques sur les niveaux de vie, après impôts et prestations sociales. Le taux de pauvreté estimé à 60 % du revenu médian est le pourcentage de ménages qui perçoivent moins de 60% du revenu médian national, pour lequel la moitié de la population dispose de ressources supérieures et l'autre inférieures, après impôts directs et prestations sociales. Le seuil de pauvreté est de 977 euros en 2011.
4 Conférence d'Annie Collovald, professeur de sociologie à l'Université de Nantes, Directrice du CENS (Centre nantais de sociologie) : "Populisme, fascisme, extrême-droite ? Sur l'interprétation des liens entre le Front national et les classes populaires", Lien : Les-films-de-l-an-2