Au fil des promenades du passant qui passe, à pied, en ville, en bord de mer et sur les chemins de campagne, on est frappé par l'abondance de nos déchets, empilés dans et à côté de nos poubelles, sur les longues et magnifiques plages de sable, le long des chemins et même dans la terre.

 par Khan Did

 L'abondance et l'opulence de nos déchets : appareils électroniques et électro-ménagers obsolètes, canapés, sièges et coussins, matelas juste tachés, nourriture entamée ou même pas déballée, vêtements parfois encore très utilisables et surtout objets et emballages en plastique (gobelets, bouteilles, sièges et poches). Les poches plastiques, qu'un vent malignement créatif accroche aux branches des arbres ou que le tracteur recrache après retournement de la terre, qu'on retrouve en monstrueux amoncellements dans les usines de traitement des ordures ménagères donnent l'impression d'un futur étouffement de la vie sous leur abondance.

Les plastiques représentent actuellement 12 % des déchets solides contre moins d'1 % en 1960. Ils ont été décuplés en 10 ans. Leur poids dans les océans a été évalué par l'association Greenpeace à 7 millions de tonnes, visibles sur le 6° continent (Pacifique et Atlantique Nord) et photo-dégradés en une « soupe plastique », micro-débris et microbilles issus de l'industrie cosmétique, qui représente 6 fois le poids du plancton dans ces zones, abuse et tue un million d'oiseaux et 110 000 mammifères marins environ par an. Les plastiques ne sont pas biodégradables avant des centaines d'années. Ils deviennent seulement indiscernables à l’œil.

Les Français produisent 360 kg de déchets par an et par personne (870 au Canada !) et ce poids a doublé entre la fin des années 1980 et 2005. Et on passe soigneusement sous silence l'immense quantité des déchets nucléaires que la championne du monde de cette énergie accumule sans savoir comment se débarrasser de ces corps radioactifs pour des millénaires, car on ne s'en débarrasse pas…

Ils sont le témoin de l'opulence et de l'insouciance des populations occidentales

Les déchets industriels en général devraient être gérés selon la loi pollueur-payeur, mais très souvent en raison d'un chantage à la délocalisation et à l'emploi, les industriels s'affranchissent de cette obligation et rejettent des effluents polluants dans les égouts sans trop d'états d’âme...

Le gaspillage alimentaire est considérable. Il représente, d'après Le Monde du 10 décembre 2015, 20kg d'aliments jetés par an et par français. Certains sont encore emballés. Les grandes surfaces, connues pour les quantités de denrées alimentaires jetées, qu'elles rendaient impropres à la consommation avant que la loi de fin 2015 le leur interdise, sont maintenant enfin astreintes à contractualiser avec les associations pour les autoriser à récupérer les denrées encore consommables et faire cesser l'illégalité des fouilles de poubelles…

Le gâchis alimentaire est responsable d'une émission inutile de gaz à effet de serre du niveau du 3° plus gros émetteur mondial, d'après la FAO. La production de déchets a longtemps pâti de leur invisibilité : ils sont enlevés dans les villes et la photo-dégradation dans la nature les fait en partie disparaître à la vue. Ils sont le témoin de l'opulence et de l'insouciance des populations occidentales. En Grèce, on jette beaucoup moins. Faudra-t-il atteindre leur niveau d'austérité pour prendre conscience du problème et se responsabiliser ?

Notre planète n'a pas de ressources inépuisables : le pétrole source des plastiques, les terres agricoles, les métaux et terres rares sont une ressource finie et non-renouvelable. Il y aura une fin à l'insolente opulence. Et pourtant, les solutions existent.

La première est d'arrêter de surconsommer et de réduire la demande en énergie, l'agro-industrie, la « machinisation » de l'animal d'élevage, le suremballage des produits, l'obsolescence programmée des appareils,  bref de réfléchir à moyen terme. C'est le cas dans l'état de New-York et en Californie pour l'interdiction des plastiques d'emballage. Une réflexion est en cours au Québec. En France, les interdictions en industrie cosmétique et en emballage sont  régulièrement retardées dans le temps. On pourrait également proposer  à tous les citoyens la visite d'une « usine de valorisation des ordures ménagères » (celle de Béziers est à Mercorent) pour leur faire visualiser les quantités inimaginables et angoissantes de détritus produits par une ville.

La dépollution manuelle avec la population des sites côtiers et campagnards pourrait aussi être un moyen de responsabiliser dans la solidarité et la joie du résultat obtenu. La deuxième solution se trouve dans le recyclage et les « ressourceries ». C'est la voie que plusieurs pays ont adoptée. On pourrait susciter le désir chez les gens de donner une deuxième vie à des objets plutôt que de les jeter, c'est bien plus plaisant. Et c'est une source d'emplois non-délocalisables. C'est enfin la seule solution car on sait bien que les ressources terrestres ne sont pas inépuisables. Enfin la troisième est le traitement des déchets. Mais elle nécessite un article entier.

En résumé, l'évolution salutaire de la gestion de nos immenses productions de déchets dépend d'une forte volonté politique programmant un changement sociétal profond. Il en va de la survie de la population.