Âgé de 66 ans, Franco “Bifo” BERARDI est un philosophe des médias et de la communication à l’université de Milan en Italie. Avant de devenir un sujet d’étude, la communication a été sa passion.

Par Didier


À partir de 1974 “Bifo” travaille au projet d’une radio libre à Bologne, en Emilie-Romagne. Ce projet est porté par un groupe de militants d’extrême gauche qui perçoivent qu’une sorte de vide juridique existe depuis l’invalidation du monopole d’état en matière de média.

À cette époque il n’y avait que 3 chaînes de la RAI, la radio télévision publique Italienne. Créer une radio n’était donc ni légal ni illégal.  “Bifo” et ses camarades s’engouffrent dans le vide juridique.

La première radio libre d’Italie devient RADIO ALICE. Son projet est d’être la voix de ceux qui n’ont jamais eu la parole.

D’antenne libertaire et poétique, RADIO ALICE devient une radio militante liée au mai rampant Italien (1), qui pendant plusieurs années va structurer la vie politique Italienne.

Dès 1976 “Bifo” est arrêté par la police Italienne et interrogé sur ses liens supposés avec les mouvements armés d’extrême gauche qui prolifèrent alors dans la péninsule. La police ne peut rien retenir contre RADIO ALICE.

 

RADIO ALICE c’est 40 000 auditeurs quotidiens dans une ville (Bologne) de 400 000 habitants.

Le 11 mars 1977, l’étudiant Francesco LORUSSO est tué par la police à la suite d’une manifestation à Bologne. Quelques heures plus tard, RADIO ALICE appelle ses auditeurs à manifester immédiatement. Le centre-ville ne tarde pas à se remplir, pour la première fois l’Etat Italien est confronté à la puissance d’un média qu’il ne contrôle pas.

L’émetteur de RADIO ALICE est saisi, tous les membres de la rédaction sont interpellés, la répression est violente dans toute la ville, les carabiniers patrouillent dans des véhicules blindés. Dès le lendemain la radio émet depuis un autre lieu. Fermée en fin de journée elle reprend ses émissions d’un autre endroit de la ville. Finalement toute la rédaction est arrêtée et incarcérée. Pour éviter l’incarcération “Bifo” décide de fuir à Paris. Il est accueilli par Félix GUATTARI, philosophe français auteur de : << l’anti Œdipe>>, avec Gilles DELEUZE.

Ce pamphlet (l’anti Œdipe), littéralement dévoré par nombre de militants de l’heure est une sorte d’ouvrage référence pour tous ceux (et ils sont nombreux !) qui refusent une organisation léniniste centralisée extérieure à la classe ouvrière, qui sont pour l’autonomie de la parole et des formes d’actions, pour une organisation horizontale en réseaux et en comités de base.

Le gouvernement Italien lance une demande d’extradition à l’encontre de “Bifo”. Il est arrêté par la police française et incarcéré 2 semaines. Pendant ce temps plus de 300 militants sont emprisonnés à Bologne, comme partout dans la péninsule. Lancé par GUATTARI, un appel d’intellectuels français contre la répression en Italie est signé par SARTRE, FOUCAULT, DELEUZE, BARTHES, SOLLERS . . .
L’initiative débouche sur l’organisation en septembre 1977 à Bologne d’un congrès où convergent des milliers de militants. La ville est alors transformée en un happening permanent où se mêlent, débats, musiques, théâtre.

Se pensant oublié par la police Italienne “Bifo” revient clandestinement à Milan le 13 mars 1978. Le matin du 16 Aldo MORRO est enlevé par les Brigades Rouges. Police et armée Italienne raflent tout ce qui de prés ou de loin est lié à l’extrême gauche. “Bifo” est arrêté le 22 mars, il passe un mois en prison.

L’exécution d’Aldo MORRO, signe la fin du mai rampant Italien, la répression s’abat sur les militants, sympathisants, syndicalistes, avocats, journalistes, intellectuels . . . qui de près ou de loin on été liés au mouvement.

Au début des années 1980 “Bifo” part à New-York comme correspondant d’un magazine musical milanais. Il y découvre la cyberculture, c’est à dire la prééminence d’une communication horizontale entre individus, l’inverse de celle verticale d’un téléspectateur  devant son écran. C’est pour lui la confirmation de la théorie des rhizomes GUATTARIENS (2).

Rentré à Bologne, “Bifo” commence à travailler avec l’université. En mixant enseignement, écriture et activisme numérique, il poursuit sous d’autres formes ses engagements des années 1970. En 2002, avec des anciens de RADIO ALICE, il fonde Telestreet, un réseau de télévisions locales qui permet de transformer son antenne râteau de télévision en émetteur dans un rayon d’un kilomètre. Près de 180 mini chaînes à l’échelle d’un quartier naissent et combattent évidemment l’empire de BERLUSCONI.

 

Et MENARD dans tout ça ?

La carrière subversive de R.MENARD s’est arrêtée avec la fin des radios libres françaises à la création desquelles il avait contribué.

Elle s’est arrêtée parce qu’à la différence de “Bifo” R.MENARD n’a plus utilisé une communication en rhizomes mais une communication verticale pour son propre compte. Avec la création de RSF (reporter sans frontière) dont il est trop vite devenu le président, avec la création de BOULEVARD VOLTAIRE dont il partage la présidence avec son épouse, R.MENARD est un adepte de la communication verticale à son profit.

Rien chez lui n’est GUATTARIEN tout chez lui est BERLUSCONIEN.

A partir de ce constat, la communication développée par le journal municipal, sa propre communication, ne vise qu’à flatter son égo et à lui servir, dans un champ politique qu’il pense être un terrain de jeu circonscrit à ses ambitions.

A Béziers comme à Bologne dans les années 1970, deux logiques s’opposent : une communication verticale et une communication horizontale.

Nous, au Contre journal, nous sommes les fervents partisans d’une communication horizontale !

 

(1) Quand on parle de Mai rampant on se réfère au HYPERLINK "https://fr.wikipedia.org/wiki/Mai_1968" \o "Mai 1968"mai 1968 italien qui dans ce pays s'est étalé sur près de 10 ans. On peut approximativement dater son début au 1er mars 1968, avec l’occupation de la Faculté de Rome et la bataille de Valle Giulia (affrontement entre les étudiants et la police qui fit plus de 400 blessés) et la fin de ce mouvement vers mai 1978.

(2) Dans la théorie philosophique de Gilles Deleuze et Félix Guattari, un rhizome est un modèle descriptif et épistémologique dans lequel l'organisation des éléments ne suit pas une ligne de subordination hiérarchique, avec une base, (ou une racine, un tronc), mais où tout élément peut affecter ou influencer tout autre (Deleuze & Guattari 1980:13).