Les mots sont parfois des pièges. Leur sens varie avec le temps et finissent par s'éloigner de leur signification initiale. En politique c'est flagrant !

par Robert Martin

Quelle que soit la définition des mots « radicalité » et « gauche », le parti radical de gauche, par exemple, n'est ni radical ni (encore moins) de gauche. Aux Etats-Unis, il y a d'un côté les Républicains, de l'autre les Démocrates. Ah bon, les premiers ne sont pas démocrates et les seconds pas républicains ? En Angleterre, c'est plus clair : les Conservateurs et les Travaillistes (Labour Party, le parti des travailleurs) ! Là, on comprend tout de suite !

Le conservatisme, c'est la défense des valeurs traditionnelles établies, contrairement aux progressistes qui œuvrent pour un mieux être social. On peut donc dire que le conservatisme est de droite et le progrès social de gauche !

Les conservateurs défendent les privilèges d'une minorité prédatrice, les intérêts de la classe dominante, l’aristocratie issue d'un pouvoir divin. Ils soutiennent la finance,  le capital, l'église. Bref en un mot et sans être trop caricatural, les patrons, les nantis, les riches, les curés, les églises et j'en passe.

De l'autre côté, le progrès social, qui a pour objectif d'améliorer le sort de la majorité de la population, les salarié.e.s, les opprimé.e.s, les pauvres, les précaires, le peuple. C'est ainsi que sont nées  l'émancipation, la liberté, la justice et la laïcité. Mais d'autres mots portent à confusion : modernité, réforme, ringardise, passéisme. Sur France Inter, Jean Marie Le Guen, bras armé de Manuel Valls a traité de "conservateurs de gauche" tous ceux qui s'opposent à la politique gouvernementale ! Prendre un peu aux riches pour le bien commun, c'est ringard et conservateur ! Rogner en catimini sur les droits des pauvres, ça c'est vraiment moderne et réformateur !

Si réformer, c'est rétablir les privilèges des patrons, de la finance, revenir sur les conditions des salarié.e.s, organiser la précarité, alors réformer, c'est conservateur et même pire ! Comment peut-on traiter de conservateurs ceux qui, au contraire, défendent les conquis sociaux, fruits de la lutte des salarié.e.s face au monde ultra libéral du capitalisme international, si ce n'est en se rangeant à leurs côtés ? Défendre les retraites, la sécurité sociale, le code du travail, les 35 heures, réclamer plus d'égalité, plus de justice, plus de partage des richesses, ne pas sombrer dans l'idéologie ultralibérale, c'est être conservateur ? Un travail décent, un toit, manger à sa faim, s'éduquer, se cultiver,  être respecté dans sa diversité, vivre en paix ne sont pas des privilèges, ce sont de simples droits humains.

oui, je suis un conservateur de gauche


Pour Jean-Marie Le Guen, mais aussi pour le gouvernement en place, être progressiste , pragmatique, moderne, réformateur, socialiste (?), c'est faire courber l'échine aux salariés, privilégier les actionnaires et l'entreprise, avoir la religion de la croissance, du marché et de la compétitivité, favoriser le recul social, appauvrir, précariser, exclure, au  nom du pragmatisme et du réalisme ! Comment peut-on oser quand on se prétend socialiste  tenir de tels propos ? (Tiens d'ailleurs le mot socialiste, encore un mot piégeur !). Qu'ils arrêtent au moins de se prétendre ce qu'ils ne sont plus depuis longtemps : les défenseurs de la population, des petits, des sans-grades, des oubliés de leur croissance et de leur progrès.

Alors s'il faut en passer par là, je veux bien l'avouer : oui, je suis un conservateur de gauche pour défendre les conquis sociaux et un progressiste social pour continuer à lutter pour de nouveaux droits et plus de justice sociale !