L'ami Gaudoneix (1) évoque dans son billet d'humeur le vide du Journal Municipal au gui l'an neuf. Je voudrais ici me faire l'avocat du diable qui, comme tout chrétien, avait le droit d'user de la trêve de Noël pour faire repentance et bombance, et suspendre ses activités de scribouillard le temps de communier et de faire amende honorable.
Par M.V.

Il n’est pas dit qu’il n’ait pas reçu pendant l’avent certains signes célestes l’avertissant que sa place au Paradis n’était plus assurée et qu’il ait pu s’en inquiéter.
Ce qui peut retenir cependant l’attention dans ce numéro, c’est moins le vide du journal de propagande que celui du bilan municipal. On ne peut quand même pas mettre à son actif les victoires évoquées en images de nos sportifs, de nos cuisiniers ou de nos lycéens. Certes le Journal dit « de Béziers » rappelle les deux millions d’euros dépensés dans le cadre de travaux de voirie, mais à tout le moins assez ordinaires dans la gestion d’une ville. Et de toute évidence, à se balader dans Béziers tous les quartiers ne sont pas logés à la même enseigne en matière d’entretien ou de rénovation. La municipalité se targue également d’avoir sauvé les Galeries Lafayette. On ne comprend pas bien pourquoi, puisque la présidente de l’enseigne, que Robert Ménard avait caricaturée sur des affiches municipales, a bien pris la décision de fermer l’antenne biterroise en mars. C’est Planet Indigo, plus chanceux qu’Orchestra, qui prendra la suite, conservant leur travail aux salariés, qui perdent néanmoins le pouvoir d’achat et les avantages que leur offrait un grand groupe. La perte serait de 2 à 3 000 euros annuels.

 

Qu’est-ce qui a changé à Béziers ? L’armement de la police municipale ? A moins de le considérer comme un progrès de civilisation, a-t-il permis d’améliorer les conditions de vie des Biterrois, assez peu menacées il faut le dire ? L’organisation de festivités en grandes pompes ? Pourquoi tout ceci fait-il étrangement penser à des jeux du cirque qui masqueraient l’inanité de l’action municipale ?

 

 

Ce qui a changé, c’est une ambiance.

 

 

On peut se lever le matin et traverser la ville cernée par les images d’un Beretta, d’un gaulois, d’une madone ou d’une tête blonde, icônes d’une idéologie violente et passéiste qui ostracise et porte atteinte à la laïcité. Ou découvrir le portrait de penseurs indigents annonçant leur conférence. Ou croiser le chemin de membres illuminés du Bloc Identitaire, de dirigeants d’extrême droite et de défenseurs de l’Algérie française, dont Béziers est devenue le dernier lieu de rendez-vous. On peut voir son profil Facebook détourné et jeté en pâture à la calomnie. On peut rencontrer des journalistes du monde entier et on comprend alors que sa ville est entrée dans l’histoire, celle de la construction d’un mouvement fasciste en France.


Le maire, dans l’édito, refuse le terme de « laboratoire ». Et là aussi je vais me faire l’avocat du diable. Certes la politique de la ville cherche de toute évidence à faire fuir les populations immigrées et/ou pauvres : refus d’accueillir des réfugiés de guerre, attaque des associations d’insertion, fermeture de l’épicerie sociale municipale. Et depuis quelques mois, projet de démantèlement de l’école populaire de centre-ville dans le cadre d’une restructuration touristique du quartier (2). Mais rien que du commun en France. La lutte contre les sans-papiers, l’indigence des subventions associatives ou le délitement de l’Education Nationale participent du même mouvement. La boboïsation des centre-villes est ancienne sur le territoire, depuis la destruction des halles parisiennes, sans qu’il soit bien évident que les villes et les populations y aient gagné. Celui qui se présente à l’instar du FN comme un pourfendeur antisystème n’en est que le produit. Preuve en est les attaques du maire contre ses propres personnels, à commencer par les employés précaires, comme les Atsem (3) remplaçants dont il a voulu en juillet 2015 modifier les CDD en contrats de vacataires, valables de septembre à fin juin, sans précision des heures à effectuer. Les salariés qui ont eu du mal à être payés en septembre, ont demandé des comptes à la mairie. A la suite de quoi les contrats ont été régularisés en novembre. Le droit existe encore, même pour le « contrat Ménard », comme on l’a appelé dans les couloirs de la Mairie. Attaquer les plus précaires d’entre nous fait bien partie du credo libéral.

 

N'y aurait-il pas, Béziers, autre chose à inventer d'un peu plus nouveau

 


Mais qu’ont pensé les Biterrois apprenant que leur maire, censé avoir pour seule ambition de relever Béziers de ses cendres, se proposait de participer à la campagne présidentielle de Marine Le Pen, révélant par-là des aspirations plus personnelles. Béziers n’aurait-il été qu’un tremplin  pour renforcer sa position au sein de la mouvance d’extrême droite, lui qui avait déjà écrit un ouvrage consacré aux Le Pen ? On s’écarte de la grande gueule frêchiste dont il aime par moments à revêtir les oripeaux pour ceux de Rastignac (4). Pas que le personnage ne soit sincère dans ses convictions ou dans ses méthodes. Son anticommunisme ou son autoritarisme sont anciens et caractérisaient déjà son action à Reporters sans frontières. Mais tout de même, je me souviens qu’en mars 2014, on entendait - y compris sur sa propre liste - que le bonhomme n’était pas FN, que c’était un provocateur à qui on ne la faisait pas, loin des coteries parisiennes ou bien-pensantes, qu’il avait relevé les manches en commisération de sa ville, et qu’on verrait bien sur pièce. Diable ! On a vu.

Eh ! Béziers, as-tu vraiment lu le pacte que tu as signé ? N’as-tu pas l’impression de t’être fait entortiller par un « contrat Ménard » ? As-tu vraiment cru que tu profiterais des richesses terrestres, que le luxe reviendrait à Béziers nous déverser son obole, pour peu que ces salauds de pauvres en soient chassés ? N’y aurait-il pas, Béziers, autre chose à inventer d’un peu plus nouveau que la mise en concurrence des êtres humains, pauvres vs riches ? D’autant qu’on serait embarqué, annonce-t-on, dans la même arche d’avant le déluge.

 

(1) Voir l'article de Gaudoneix « Attention JDB. Un vide intersidéral »
(2) Voir la lettre ouverte dans la Rubrique à Chaud écrite par les parents d'élèves de l'école Gaveau Macé au maire.
(3) Agent territorial spécialisé des écoles maternelles.
(4) Personnage de Balzac, figure de l'arriviste.