Lorsque vous trouvez du travail à Béziers, venant du nord de la France, d'une tradition familiale plutôt républicaine et rurale, la première image que vous renvoie ce toponyme réside dans l'idée simple et très réductrice d'une ville Front National. Double erreur, car Robert Ménard ne fait partie du Front National mais s'est rallié au rassemblement Bleu Marine (une nuance assurément) et surtout je ne puis réduire une population à la couleur politique majoritaire de l'équipe municipale. Mais comment faire fi de cela ?

 

De ma Bretagne natale qui a pourtant vu grandir Jean-Marie Le Pen, même en ayant entendu depuis ma prime jeunesse des propos fascisant dans mon cercle familial, la prise de pouvoir de mairies par l'extrême droite était une chose assurément exotique, la fameuse vague Toulon, Marignane, Vitrolles et Orange de la fin des années 1990.

J'arrive à Béziers donc, un soir de pluie diluvienne, de l'eau plein le Faubourg, et à peine le panneau de la ville franchie une affiche « Éric Zemmour ... Béziers libère la parole » vous fait croire à un sketch, à une farce, mais c'est bien de la réalité dont nous parlons.

À quoi s'attendre donc ? À quelle ambiance ? Qu'est-ce que Béziers, cette curiosité devenue nationale à travers les multiples arrêtés municipaux étranges et irréels vus de loin, clairement stigmatisants ?

La première impression, celle procurée par le nombre de commerces fermés aux abords du centre-ville, est celle d'une ville en décrépitude. Peu de monde dans ces premiers jours d'automne, alors que pourtant le temps est doux et pousse à la flânerie. De Béziers transparait une impression de temps arrêté, d'une ville adynamique, d'un climax végétatif dont elle ne pourrait se défaire. Étonnant constat dans cette ville en ces premiers jours d'octobre.

Passé le temps de la découverte vient le temps des premières pistes, des premiers débuts de compréhension, des premières hypothèses. Une population périurbaine qui ne veut plus se rendre dans le centre-ville et qui préfère réaliser ses achats au Polygone, une population pauvre du centre historique stigmatisée, un vivre-ensemble qui semble grippé, mis entre parenthèses.

j'ai vu émerger des sourires, des volontés, des projets qui me persuadent que rien n'est perdu, que tout est à construire.


Mais au-delà de ces constats un peu ternes et sombres, au-delà des situations politiques et sociales qui ne laissent que peu de place à l'optimisme, au-delà de ma sensibilité et mon cynisme à ne voir que le coté obscur de la farce, du brouillard brun j'ai vu émerger des sourires, des volontés, des projets qui me persuadent que rien n'est perdu, que tout est à construire.

D'ailleurs, je partage avec vous ce texte qui m'a largement fait penser à cette situation biterroise :

« On a parfois le cœur soulevé par la sauvagerie du monde. On est écœuré par la montée de nouvelles tyrannies, le raffinement des anciennes, par les mensonges, l'odeur du fumier dans les villes et l'horreur qui pèse sur tous nos lendemains.

On s'engloutit alors dans un sombre désespoir. On a peur, on a honte et on est triste d'être humain. On réclame en pleurant une naissance nouvelle ou du moins l'admission par baptême dans une nouvelle confrérie.

Mais on redoute de ne pouvoir obtenir ni l'une ni l'autre. Que le monde refuse de s'arrêter pour nous. Et qu'on ne peut que le quitter d'un bond, pour plonger dans une douteuse éternité.

Notre foyer lui-même nous semble hostile, comme si tous les talismans qui définissaient notre identité s'étaient retournés contre nous. On se sent déchiré, mis en pièces et en morceaux. On comprend alors avec terreur que si on ne peut pas s'asseoir pour réunir ces morceaux et les assembler à nouveau, on va devenir fou.

Mais parfois se produit pourtant une manière d'événement mystérieux et éblouissant, qu'on contemple encore longtemps après avec un émerveillement mêlé du respect qu'impose le sacré. »

Ce texte de la chanson « Tunnel » au champ lexical religieux n'est pourtant qu'un appel à l'Humanisme, à la laïcité, et ce jeune groupe Fauve souvent targué d'être un groupe pour adolescents révoltés insuffle dans ces mots une sacrée foi en l'Homme, en sa capacité résiliente.

Alors finalement ici, il y a une vie, il y a des gens, il y a beaucoup plus qu'une ville dirigée par l'extrême droite d'où l'on imaginerait la chape de plomb étouffant toute respiration. Ne soyons pas des humanistes benêts, des problèmes il y a. Il n'est pas nécessaire de creuser énormément pour observer l'influence de la municipalité sur les « affaires » sociales.

Un débarquement est toujours abrupt assurément, mais fait naitre certaines résistances, certains sursauts républicains. Dans l'œil du cyclone, la réflexion est toujours plus stable.

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