Aujourd’hui, la « mode » pour la municipalité, ce sont les affiches vieillottes des férias d’antan. On cherche à draguer l’électorat de la population vieillissante, tout en flattant l’égo blessé du Biterrois.

Par Ursula

 « MATADORS d’ici et fiers de l’être » ! Joli titre, n’est-ce pas ? Les « Journées taurines » sont faites pour « célébrer encore et toujours notre culture, nos glorieux matadors ».

 

Cul Ture

 Et nos glorieuses putes ?

Il fut un temps pourtant où Béziers était en avance sur son temps : c’était l’âge d’or de la prostitution ! En 1900, Béziers avait amorcé bien avant le reste de la France la mutation des maisons closes en maisons de débauche. Béziers comptait alors des prostituées d’avant garde : elles avaient largement acquis le statut de « pensionnaires ».

Les tenancières des maisons destinées à la clientèle petite-bourgeoise les accueillaient, et elles étaient libres de leurs allées et venues. Elles se faisaient payer par le client et versaient simplement une pension. La maison de passe avait supplanté la maison close.

 

Quand une vieille Biterroise meurt, c’est un Kama Sutra qui disparaît.

 

 

Par la précoce mutation de ses structures prostitutionnelles, Béziers a montré qu’elle fut capable d’un formidable esprit d’ouverture. Ses maisons de tolérance nouveau style, style 1900, ont marqué l’histoire et les mémoires. La glorieuse prostitution à Béziers n’en finit pas d’émouvoir. L’historien Alain Corbin 1 en témoigne : « Force est de reconnaître que la situation biterroise est originale, tout comme est exceptionnelle l’ampleur de la prostitution dans la cité » !!!

 

La prostitution fait partie INTÉGRANTE de notre patrimoine


C’est un cri d’amour que pousse la T.E.U.B. 2 : nous aimons Béziers, et revendiquons haut et fort sa valorisation ! Dans un communiqué de presse, la T.E.U.B. salue la municipalité : « La mairie évoque la “culture d’ici”. C’est bien, mais il faut aller plus loin ! Il faut se retrousser les manches et rappeler à la face du monde ce qui fit notre excellence ! »

Geneviève, adhérente de la première heure au Comité de la T.E.U.B., est une Biterroise de souche. Elle évoque les activités de sa mamie, « sa mimounette » : « Quand la mairie évoque notre culture et nous invite à savourer le vin d’ici, ça me rappelle les histoires de ma grand-mère. C’était une Biterroise de souche ».

De la Cul-ture à la Bit-ure
« Elle œuvrait en 1900. En ce temps-là, un lien solide unissait les débits de boisson et le travail des prostituées. Elle était « gérante », et travaillait avec sa patronne dans l’un de ces 75 « cafés » très spéciaux de Béziers. Que d’anecdotes croustillantes elle nous servait ! Sur les clients, sur les visites médicales ! Y’a pas à dire, ici, à Béziers, la lubricité était un art de vivre, une culture. Et quand on voit ce que la nouvelle génération propose, les conditions déplorables de travail, on se dit que Ménard a bien raison : 1900, c’était la belle époque. Mais il doit aller plus loin, il doit dépasser ses blocages cathos, et rendre au sexe à Béziers tous les honneurs qui lui reviennent. »

Nous quittons Geneviève à regret : quand une vieille Biterroise meurt, c’est un Kama Sutra qui disparaît. Dans son regard, une étincelle : les recettes de son aïeule sur le plaisir et la débauche en Biterrois couvent comme braise sous la cendre. Il suffirait d’un rien, d’une volonté municipale, pour raviver la flamme, ressusciter la femme 1900. À la T.E.U.B., les Biterroises sont unanimes : elles sont prêtes à rendre à la ville tout son lustre.

1) Alain Corbin, Les filles de noce: Misère sexuelle et prostitution au XIXe siècle.
2) La T.E.U.B. : « Tradition d'Éducation Ursuline en Biterrois » La TEUB est une association de Biterroises ayant pour objet de rehausser l'image de la ville, par la prostitution 1900 et la promotion de la PNB : la Préférence Nationale Biterroise.