Les migrations humaines ont marqué toute notre histoire depuis ses origines. Elles ont permis à l'Homme d'occuper progressivement presque tout l'espace terrestre.

Par Khan Did


Depuis quelques années, elles augmentent, et, dans la mesure où elles jettent des milliers d'humains vers l'Europe, au péril parfois de leur vie, et dans des conditions parfaitement anarchiques et barbares, elles nous interrogent bruyamment.

Tant que l'immigration a été intra-européenne, elle a fait place à une intégration presque complète, si, en particulier en France, elle a suscité de violents mouvements de rejet initiaux, (Polonais, Italiens, Espagnols, Portugais).

Elle est maintenant essentiellement africaine et moyen-orientale, et suscite des réactions sécuritaires.

N'oublions pas cependant que les migrations ne concernent que 2,9 % de la population mondiale et qu'elles s'effectuent essentiellement en intracontinental. Les Syriens se sont réfugiés surtout en Jordanie, au Liban et en Turquie.

Ce qui pousse un homme à migrer, c’est l'espoir d'une vie meilleure.

C'est ainsi qu'avec la bénédiction des autorités des pays riches, on extrait les « cerveaux » des pays sous-développés: on appelle ça l'immigration choisie, chère à Sarkozy. Les hôpitaux français ont marché pendant 3 décennies (et marchent encore) grâce aux médecins immigrés, d'Afrique du Moyen-Orient et d'Europe de l'Est. Malgré des salaires inférieurs à leurs confrères Français, ils gagnent beaucoup plus que dans leur pays d'origine.

L'immigration tolérée, c’est celle des travailleurs occasionnels, agricoles, du bâtiment, dont les Emirats et le Qatar profitent, c’est l'appel des travailleurs algériens dans les années 60 en France.

Les deux dernières immigrations sont impératives et subies. Ce sont celle qui naissent des conflits militaires croissants et des dictatures, et celle qui découle de la pauvreté et de la crise. Et nous sommes servis…

En tout cas, ce n'est jamais un choix libre du migrant, sauf des « expatriés » (Fatou Diome) émigrés riches vers un pays riche ou lui offrant des perspectives d'enrichissement supplémentaire. Comment penser, et ils le disent tous, qu’on veut quitter son pays, voire son continent de gaité de cœur lorsqu'on redoute de ne plus pouvoir y revenir ? Aux Etats Unis d'Amérique, pays peuplé presque uniquement par l’immigration, se sont rendus les Européens pauvres qui cherchaient plus de prospérité.

La mondialisation financière qui a transformé la planète en un gigantesque marché, les intérêts des industriels de guerre et des vendeurs d'armes, les initiatives détestables qui ont détruit l'Irak, notre berceau, la Lybie et la Syrie et permis l'apparition de l’État Islamique, et qui est en train de bouleverser le climat, de ruiner la biodiversité et l'environnement, et ruinera à terme l'espèce humaine. C’est la 6° extinction dont parle Hubert Reeves.

Il faut rapporter les flux migratoires vers l'Europe

Mais auparavant, cette mondialisation aura jeté dans les déserts, en mer (3000 noyés en Méditerranée en 8 mois),contre les fils de fer barbelés, les murailles, sous les camions, dans les camps de réfugiés des légions de malheureux qui n'ont plus rien à perdre et que rien n'arrêtera. Et les migrations climatiques n'ont pas encore commencé…

Il faut rapporter les flux migratoires vers l'Europe, très modérés, à sa population. Nous sommes 550 millions d'Européens environ. Si l'on laissait entrer 5 millions de migrants, cela ne ferait après tout qu’un migrant pour 550 Européens. Quelle invasion !

Dépassons le point de vue cynique de nos gouvernements avec Merkel qui devient charitable parce que l'immigration est nécessaire à la dénatalité dans son pays. Considérons que la principale aide financière au développement africain est représentée par l'envoi d'argent à leur famille par les chanceux qui ont atteint l'Europe, travaillent et participent à la vie de leur pays d'émigration, pendant que de honteux partenariats de libre-échange sont arrachés à l'Afrique par la belle Europe. Prenons conscience que ce cynisme fait le lit de la xénophobie rampante qui brunit notre continent, notre pays, notre ville, et l’on parle de grand remplacement, d’envahissement rampant par les « barbaresques ».

Et ce ne sont  ni les médiatiques « camions de la honte », et les corps noyé d'un petit enfant, oubliés dès le lendemain qui vont transformer le problème. C'est le réalisme politique, la gestion de nos erreurs, la sincérité dans l'application des règlements (convention de Genève, règles du droit d'asile), la prise de conscience que ce système est mortifère, et peut-être simplement un peu d'humanité, la conscience de notre chance, le partage, et le regard de Saint Exupéry :
« Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis »

https://www.youtube.com/watch?v=xgZ0LcMUghA Fatou Diome