« L'affaire de la crèche » se trouve sur une double page, pp. 16-17, du Journal de Béziers (JDB) n°18 du 1er Août 2015. Cette annonce est suivie d'une photographie. Une femme reçoit une fessée par un homme en colère, Harold Lloyd, l'acteur de films burlesques. Mais la scène n'a rien de comique.

Par Sylvie Goupille

Ce film muet de 1921 dont l'image a été extraite a pour titre « Ça t'la coupe ». S'agit-il de la parole ? Un poing levé, pour compter de 0 à 5, suggère une série de fessées : c'est un règlement de comptes.

Le crime de cette femme ? Elle a osé contredire le premier magistrat de Béziers. Il craint qu'elle ne lui coupe quoi ? Quelque chose de non avouable ? Peur de la castration ? C'est très commun chez les hommes traumatisés dans leur enfance. Elle l'a contredit et il déchaîne sa violence sur elle. 5 fessées pour 5 oppositions à ses décisions. On frappe quand on est à bout d'arguments, disent les enseignants à leurs élèves dans la cour de récréation au collège. De nombreux pays européens se sont élevés contre les châtiments corporels, mais à Béziers le seigneur et maître « Notre roi Ubu Biterrois » s'octroie tous les droits dans son monde imaginaire.

C'est lui qui dicte les droits de l'Homme.

Face à un rugbyman de l'ASBH, ce roi ne ferait pas le poids, d’autant qu'il a beaucoup maigri. Il a donc choisi une femme (brune) pour symboliser « La Ligue des droits de l'Homme » sur les genoux du mâle, administrant ces 5 fessées. Cette photographie a fait le tour de la presse nationale pour la plus grande fierté de Robert Ménard… Fierté mal placée, car dans un même temps il augmente le nombre de policiers pour lutter contre la violence qu'il fait lui-même régner dans son journal. Le Roi Ménard qui a maintenant un blason à fleurs de lys s'est aussi entouré d’une Reine de Béziers. Il lui a fait passer un entretien (top secret) pour la sélectionner et la labelliser - le droit de cuissage existait dans un autre temps, quelle nostalgie !



D'où lui viennent tous ces regrets, omniprésents dans son journal municipal ? Il rêve toujours de remonter dans le temps. Finalement, il aurait pu être acteur dans Les Visiteurs et dire « okay » à tout, comme Christian Clavier. Ne rêvons pas, il ne repartira pas dans son passé tant fantasmé. Quelle est sa période historique préférée ? Le Moyen-Age, où il pourrait jouer le seigneur héros Raimond-Roger de Trencavel (1185-1209), vicomte d'Albi, D'Ambialet et de Béziers et Vicomte de Carcassonne et de Razès. Un beau et grand territoire !

Il a aussi un petit faible pour les années 50 avec les vieux bus qu'il a fait spécialement venir des USA, des engins pas très écologiques mais le réchauffement climatique ne semble pas inquiéter Robert Ménard, il a d'autres sujets à fouetter. La Belle Epoque : Béziers dans les années 1900, le temps où les femmes en robes longues arpentaient les Allées Paul Riquet, éventails de luxe à la main, complètement dévouées à leur époux.

Ah les femmes !!!! Ménard les rêve blondes, jeunes, soumises, muettes et offertes à sa libido sur le petit dessin en haut à droite, la fessée ne déplaît pas à ses fantasmes. Cela ferait même un beau titre de film : La vie secrète de Robert M. Mais son grand fantasme, à Bobby, c'est sa Marianne. Pas tout à fait celle des autres maires de la République : il la veut catholique et vierge de tous ses désirs. L'objet du délit contre « La Ligue des droits de l'Homme », personnifiée par la femme brune violentée qui crie et souffre, c'est d'avoir refusé l'installation de la crèche dans le hall de la mairie au nom des valeurs républicaines laïques.

Le petit Bobby en rêvait depuis son enfance, du temps des colons de l'Algérie française. Il était encore en culottes courtes et préparait l'installation de son jouet de Noël dans sa ville d'Antan... Dans la grotte, il avait disposé la vierge Marie, les rois mages, les animaux, un âne qu'il a toujours particulièrement aimé et le petit Jésus dans la crèche, à déposer le 24 à minuit, après la messe. Mais avant de réaliser son rêve il a été obligé de quitter son paradis perdu brusquement, sans pouvoir prendre sa crèche...

Pour la « Ligue des droits de l'Homme », le principe de laïcité devrait être appliqué dans une mairie où les citoyens de toutes confessions religieuses viennent régulièrement. La mairie représente pour eux la République Française et ses valeurs suivant la Déclaration des Droits de l'Homme de 1789. Le mot « Laïcité » l'a tellement mis en colère, Bobby, qu'il s'est rappelé qu'une révolution avait éclaté en 1789 et qu'un roi avait eu la tête tranchée. En plus les trois mots « Liberté, Egalité, Fraternité », avec « Laïcité », cela fait 4 fessées. Plus une pour la route, ça nous donne 5 fessées. Dont une avec une chaussure au talon pointu (symbole phallique, comme son amie l'arme) ? Tous ces gueux, et surtout ces gueuses, emploient des mots qui vont entraîner le chaos.

Pour Robert Ménard à Béziers, dans son Panthéon imaginaire, les Biterroises sont des potiches sexuées dans tous les numéros du JDB. Avec cette mise en scène de la fessée d'une femme par un homme, Robert Ménard se discrédite en tant que maire. Il ne peut d'un côté prôner une politique sécuritaire pour diminuer les actes de violence en augmentant les effectifs de la police municipale, tout en incitant dans une mise en scène sordide des actes violents sur une femme. Je me suis sentie violentée en tant que femme Biterroise en voyant cette photographie. Pas sûre que Marine le Pen accepterait une fessée de Robert Ménard, elle qui s'est débarrassée de l'homme le plus important de sa vie, son père.

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