François Hollande fait l'âne de Buridan qui ne sait quoi choisir entre le picotin et l'eau pour survivre. Pendant ce temps, Robert Ménard, lui, le maire de Béziers, saisit le taureau par les cornes ! ...sous les acclamations des aficionados.

Malgré une délinquance de proximité en baisse à Béziers¹, le Conseil municipal du 13 novembre 2014 a acté un projet de convention avec les Forces de sécurité de l'État : la Police municipale pourra être équipée de caméras embarquées, flashballs et tasers ! Cette mesure rassure de nombreux Biterrois : se promener au crépuscule sur les allées Riquet serait une déviance de « bobos » irresponsables, une conduite dangereuse, comme traverser une rivière grouillante de piranhas.

Pourtant, cette rivière est si vide que c'est surtout le courant glacé de la misère qui attaque les chevilles. Béziers souffre de précarité (quatrième ville la plus pauvre de France) et de la frustration nourrie par les illusions des écrans. Et elle regarde avec désespoir le gouvernement qui s'accroche au monde de la finance.

 

C'est le malheur du temps que les fous guident les aveugles²

 

Robert Ménard vient détourner cette souffrance en faisant croire que le criminel est peut-être ce type bizarre, assis là, sur un banc des allées. En exploitant le mécanisme du bouc émissaire, comme Nicolas Sarkozy, Manuel Valls et d'autres avant lui, il dissimule la cause véritable du mal-être. Tel un torero, il agite l'insécurité comme un leurre. Cette muleta est la victime expiatoire de la peur.

La présence de policiers plus nombreux et plus visibles renforce cette croyance en « l'ennemi intérieur ». « Puisque les policiers sont là, c'est que la criminalité n'est pas loin », peut-on penser. La population biterroise est tour à tour le taureau saisi par la peur et l'aficionado captivé. Ainsi, le spectacle de Robert Ménard réussit à maintenir tout le monde dans son arène.

 

1Le-Point
2 Shakespeare, King Lear (Le roi Lear) (1606): Acte / Scène : IV, 1