Début février, la ville de Béziers est victime d'une campagne d'affichage à travers laquelle, les armes à feux sont présentées par le maire, aux habitantes et habitants, comme leur nouvel ami.

L'émoi alors suscité a failli être relayé par la rédaction du Midi Libre. Mais le directeur de publication, Olivier Gérolami s'est opposé à la parution de l'article en question, prétextant le risque de diffamation. Pas contente, vexouillée, la rédaction du Midi Libre ne s'est pas censurée pour exprimer son émoi dans un petit billet ; mais d'article sur l'affiche, que nenni.

 

dirty bobyPorter la plume dans la plaie, ou porter la plume dans le cul, quel cruel dilemme !

Quand le père du journalisme moderne, Albert Londres, annonçait que le métier des journalistes était « non pas de faire plaisir, ni de faire du tort, mais de porter la plume dans la plaie », il indiquait d'emblée les bonnes pratiques auxquelles tout journaliste devrait avoir, déontologiquement, à se conformer. En somme, Albert rappelait, entre autre, qu'il ne fallait pas craindre le courroux des puissants pour dénoncer ce qui devait l'être.

Aujourd'hui l'état de la presse quotidienne régionale et départementale (PQRD) ne permet plus aux journalistes qui y exercent de faire correctement un vrai travail journalistique. La quasi totalité des titres sont propriétés de grands groupes de presse, dont la priorité est de vendre un maximum. Pour vendre un maximum, le consensus doit être le plus large possible et dans l'entrelacs publicitaire les rédacteurs doivent donc à la fois, tenter de satisfaire le lectorat par une information pertinente, mais également ne pas risquer de parasiter les intérêts des annonceurs et d'un puissant conseil d'administration.

Par ailleurs, ces groupes perçoivent une grosse part de subventions d'état (concernant le Midi Libre la somme s'élève à 2 268 332 € pour 2013 ; soit 0.049 € par exemplaire (1). Les journalistes eux mêmes bénéficient d'une « allocation pour frais d'emploi » (?), bon, en vrai ,c'est une exonération fiscale qui a du mal à dire son nom et dont le montant s'élève elle à 7650 € (2). Dans cette configuration là, où se mêlent pressions financières et avantages fiscaux, les entreprises de presse et leurs salariés font leurs choix.

­  Alors, coco, la plaie ou le cul ?

­ « Booo le lecteur lambda lui, il a pas le background nécessaire pour comprendre les tenants et les aboutissants, tout ça, puis la plaie, c'est dépassé, quoi, ça fait pas vendre, du coup... » Du coup la plume déserte les plaies.

 

La proposition du contre­journal ; un coup de plume... dans l'cul

Le Midi Libre n'a donc pas choisit la plaie. Pire, il réhabilite la censure, lui qui à sa création portait en son sein les gènes de la résistance à l'occupation, à la collaboration, à la soumission.

logo Mini Chibre

Alertés par les mésaventures de nos porte-­plumes locaux, le collectif citoyen du contre­journal, après s'être concerté, a donc contacté la rédaction en chef du Midi libre à Béziers pour lui proposer de faire paraître l'article incriminé dans nos colonnes. La réponse qui devait être apportée quelques jours après l'entretien ne l'a finalement jamais été.

Reprenons donc : Les journalistes de Midi Libre rédigent un article considéré par leur directeur de publication comme potentiellement diffamatoire. Le directeur de publication interdit la parution de l'article. Les journalistes ne sont pas contents, ils l'écrivent dans un billet. Le rédacteur en chef évoque sa démission. Le contre journal propose ses colonnes. L'article en question ne paraît pas. Circulez y'a rien à lire !

 

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L'ombre, ici l'ombre

Dans une époque où les questions liées à la liberté d'expression sont plus que jamais d'actualité, le Midi Libre choisit de manière assez décomplexée la voie de la censure, la voix de son maître en somme.

Un maître tout puissant qui, en quelque sorte, s'adresserait grossièrement à Albert Londres moquant sa conception du journalisme « Eh Bebert ! Tu sais quoi ? Ici, à Béziers tu sais où on se la met ta plume ? »

Ouais, ouais, on sait, on sait ; mais ce que l'on sait également c'est que quand un ami tombe, un autre sort de l'ombre.

Les grandes entreprises de presse semblent donc avoir abandonné l'idéal de liberté d'expression en se soumettant aux intérêts qui les font vivre. Mais cet idéal perdure par delà ces entreprises et face aux menaces, il ressurgit autre part, autrement et par d'autres.

 

1 : Le Monde : http://www.lemonde.fr/les­decodeurs/article/2014/05/06/aides­a­la­presse­qui-touche­le­plus_4411883_4355770.html

2 : SNJ : http://www.snj.cgt.fr/fiscalite/fiscalite.html