Comme l'évoque le nom de notre journal, En vie à Béziers va désormais mettre en exergue les initiatives citoyennes qui embellissent la vie quotidienne dans cette ville et dans l'agglomération, en parlant de celles qui existent déjà, et en évoquant celles qui ont réussi ailleurs, pour voir dans quelle mesure ces réalisations positives peuvent être transposées ici.

Face à ceux qui ont commencé à faire de cette ville un laboratoire pour la prise du pouvoir d'État par le FN, des citoyens, de plus en plus nombreux, forts de la culture multi-millénaire de leur ville, sont décidés à transformer Béziers en laboratoire d'un genre complètement différent : celui de la convivialité, au sens d' Illich (1) : dialogues citoyens et fraternels, activités artistiques pour tous les âges, parents qui s'impliquent dans les écoles de leurs enfants, réflexions sur l'urbanisme, sur l'économie solidaire, sur l'écologie. Dans cette ville touchée, comme tant d'autres, par la pauvreté, je rappelle une évidence : les désordres écologiques et les atteintes à l'environnement frappent prioritairement les familles les plus démunies, dans leur logement, leur santé, leur alimentation ; à quoi s'ajoutent, pour les viticulteurs, les agriculteurs, et les riverains de ces cultures, les énormes dégâts des pesticides.
De plus en plus de vignobles et de maraîchers passent en bio ; le Midi Libre en a déjà parlé à plusieurs reprises, et nous le ferons aussi.

 

Les liens de l'exrême-droite avec les exploiteurs et les pollueurs

 

À l'heure où le FN tente de faire croire qu'il aurait, lui aussi, des préoccupations écologiques, il faut rappeler les liens historiques de toutes les extrême-droites avec la grande bourgeoisie, du Chili de Pinochet à Aube Dorée. Le FN, malgré son assise populaire, est entièrement inféodé aux fractions les plus brutales du capital, cette minorité qui possède et dirige les multinationales, bancaires et autres, qui se moquent de l'écologie, au point d'avoir laissé naître et grandir, en 70 ans, le monstre nucléaire, civil et militaire, ou d'avoir mis en place cette perversité suprême : le système d'échange des « droits à polluer ».

Revenons donc à l'objet de cet article : les erreurs colportées à propos de la librairie Clareton. À l'origine de ces erreurs : le Journal de Béziers, où Robert Ménard sème la confusion dans les esprits, en attribuant à sa mairie le mérite du « sauvetage » de la librairie Clareton ; d'où les rumeurs qui ont dénigré la librairie Clareton-des-Sources pendant plusieurs semaines.

 

Clareton-des-Sources et l'association Lire&Partage

 

Relisons d'abord l'excellent article d'Emmanuelle Boillot dans le Midi Libre du 11 janvier : Lien

On le voit : pas un sou de la mairie n'est allé à la librairie ; la subvention a été accordée à l'association L&P (Lire et Partage), qui a rédigé une convention où s'exprime clairement l'esprit des projets d'animation culturelle de L&P : une indépendance complète par rapport à l'idéologie diffusée par la mairie, et une volonté de soutenir les livres et les auteurs qui, par leurs romans, leurs essais, ou leurs poèmes, donnent à leurs lecteurs des outils de réflexion pour aiguiser le sens critique, l'amour de la langue, de la littérature, pour les aider à se soustraire à l'idéologie dominante sous toutes ses formes.

 

Littérature et Politique

 

Vous aviez commencé cet article dans la bonne humeur et l'enthousiasme - En vie à Béziers ! Envie d'un autre Béziers ! Rien que du positif ! Vous voilà rattrapé par le vaste monde et la course folle de l'espèce humaine vers son suicide : nihilisme partout, Fukushima, Daesh, Poutine, le Donbass, les marchés financiers avec leurs transactions en millisecondes, les opposants qu'on torture en prison, les villages africains rasés par les bulldozers chinois, leurs habitants chassés ou massacrés, les milliers d'ogives nucléaires qui rouillent dans les silos souterrains, l'extinction en quelques décennies, de la moitié des espèces de vertébrés.

« La politique fait semblant de maîtriser un monde qui lui échappe, elle va toujours dans le même sens (gauche effondrée, droite en miettes), alors que la littérature, elle, est sans arrêt partout et nulle part. Ouvrez un livre digne de ce nom : la vraie morale est là, avec l'acide ou l'ironie qui conviennent à chaque situation.
Mais je m'aperçois maintenant de ce paradoxe : pour avoir su mobiliser, à travers moi, toute la littérature depuis si longtemps, ce livre est en définitive, au moment dangereux où elle semble déconsidérée partout, un vibrant éloge de la politique ». (3)

Conclusion : « L&P », c'est : « Lire et Partage », et c'est aussi : « Littérature et politique ».

 

(1) Ivan Illich, La Convivialité, Seuil, coll. Points-Essais, 1973.
(2) http://www.franceculture.fr/emission-planete-terre-les-rapports-de-l-humanite-a-la-nature-peuvent-ils-evoluer-2015-02-25
http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4998049.
(3) Philippe Sollers, Littérature et politique, Flammarion, octobre 2014.