Quand je reçois début février 2015 le numéro 6 du journal municipal de la ville de Béziers, mon regard est immédiatement happé par la couleur jaune de la lettre X qui s'étale en grand format sur la couverture. Mes yeux se mettent à briller, DSK serait-il venu jusqu'à Béziers faire une étape avant de se diriger vers La Jonquera, le paradis de la prostitution catalane ? Mais non, dans le journal de notre maire il ne peut s'agir de sexe.

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Et l'ombre toute noire de ce mystérieux Monsieur X dans ce halo de lettre jaune m'oriente vers la piste de la science-fiction : d'où vient ce sombre inconnu auréolé de vert ? Comme Robert Ménard a fait preuve de beaucoup d'humour dans ses fonctions de maire jusqu'à présent, je me rappelle du sketch télévisé des Inconnus.

 

Il s'agissait d'extra-terrestres descendant du ciel dans une grande couscoussière volante. Monsieur Vincent (Bernard Campan), un citoyen ordinaire, était poursuivi par deux individus, l'un d'origine asiatique (Didier Bourdon) et l'autre maghrébine, interprété par Pascal Légitimus. Monsieur Vincent se retrouvait fatalement toujours en face d'eux pendant cette folle poursuite. Il était alors salué par un « Bijour Missieur Vincent ». La dramaturgie était insoutenable... Mais les références culturelles de Monsieur Ménard ne peuvent tolérer une série de télévision où les deux héros d'origines étrangères (des envahisseurs fortement colorés), venus d'une autre planète, poursuivent un pauvre français dans son propre pays. La parodie des Inconnus était inspirée de la série télévisée Les Envahisseurs  diffusée entre 1967 et 1968. L'histoire commençait un soir, quand David Vincent, architecte, s'assoupissant au volant de sa voiture, fut témoin de l'atterrissage d'une soucoupe volante. Depuis cette nuit-là, il n'eut de cesse de convaincre ses semblables de combattre ces extraterrestres qui sous une apparence humaine infiltraient insidieusement la Terre afin de la coloniser. La parodie des Inconnus a repris ce principe de constante paranoïa mais en se focalisant sur la xénophobie, la peur de l'autre issu d'une autre culture (Chine, Maghreb). Ces valeurs du Front National sont revisitées avec brio par l'humour insolent des Inconnus .

 

Je me suis ensuite dirigée vers une autre piste, la série télévisée  X-Files : aux frontières du réel , dont le premier épisode fut diffusé le 10 septembre 1993. L'univers de  X-Files  semble correspondre aux références culturelles datées de notre maire. La série décrit les différentes enquêtes des agents spéciaux du FBI, Fox Mulder et Dana Scully, une jeune femme médecin légiste, sur des dossiers classés X ("X-Files"), des affaires non résolues impliquant des phénomènes paranormaux. Nous sommes bien dans l'irrationnel, mais la question de l'identité de Monsieur X n'est toujours pas résolue...

 

La couverture du journal  municipal numéro 6 titre : « Le mystérieux Monsieur X » « qui est-il ? Bientôt la réponse ... » Et là mes mains se mettent à trembler, j'arrive à peine à ouvrir le journal. Puis un filet de bave se dépose sur la première page. L'affaire est encore plus grave que je ne pensais. Il y a dans Béziers ou peut-être ailleurs, en France, dans le monde ou sur une autre planète : « Un dénonciateur nommé X ». L'affaire n'est toujours pas résolue depuis le 18 décembre 2014. Monsieur X est un « commanditaire ». Définition : le commanditaire paye un exécuteur pour effectuer sa commande. Nous sommes maintenant dans une série policière de premier plan, ce qui expliquerait peut-être la volonté de Robert Ménard d'engager des effectifs beaucoup plus importants de policiers municipaux. Face à la menace grandissante, chacun d'entre eux doit avoir « un ami » : un Beretta (avec l'écusson de la République française ?).

 

On parle maintenant de mort, d'abattre, et même d'enterrement

 

Revenons à Monsieur X : fin de la 1ère page. Il me faut 10 minutes pour la tourner, la peur s'installe... J'arrive sur une double page, OUF ! Oui, j'avais bien compris. Il s'agit effectivement d'une série B ou – B. La double page porte un titre X in the city  avec le « résumé des premières saisons ». Il y aura «  4 saisons pour 1 enterrement politique ». On parle maintenant de mort, d'abattre, et même d'enterrement. Monsieur X doit trembler devant la menace qui pèse sur lui. « Ce minable » ne fait pas le poids face à sa victime combative et armée. Ce Monsieur X serait caché dans les « égouts politiciens ». Un SDF qui fait de la politique ? J'ai de plus en plus de mal à suivre... Faut-il appeler  La Lyonnaise des eaux  ?


Puis dans le journal il est écrit : « Saison 4- Une saison en enfer ». NON ! JE M'INDIGNE ! PAS RIMBAUD ! Robert Ménard n'a quand même pas osé toucher à ce génie de la poésie !!! Une Saison en enfer est un recueil de poèmes en prose d'Arthur Rimbaud, rédigé en juillet 1873, une œuvre capitale de la littérature française. Mais Verlaine et Rimbaud ? Ils n'ont pas vécu en couple ? On est loin de la manif pour tous, et de Frigide Barjot. Robert Ménard avait portant écrit : « J'étais présent aux manifs pour tous, contre le mariage gay. » S'il revisite la littérature française et utilise Rimbaud, il faut de l'artillerie lourde ! Je vais faire appel à Patti Smith, ma Pattilove, car Rimbaud est une icône pour elle, un poète sacré qu'elle vénère. Elle hurlera dans les oreilles de Robert Ménard « People have the power » (le peuple a le pouvoir) et il devra porter des prothèses auditives à vie. Je suis maintenant indignée car après Rimbaud, je me demande quelle référence culturelle il va récupérer...

 

Pour la mise en page de son journal n°6, le maire a dû abuser de  Faîtes entrer l'accusé, l'émission télévisée où la peur s'installe dès le générique, avec musique et décor  inquiétants, ajoutés aux mimiques un brin alléchées et « perverses » (c'est mon ressenti) de la présentatrice qui propose de revisiter les pires faits divers. Nous avons donc appris dans ce journal municipal que notre ville serait le lieu d'une Saison en enfer, comme l'a écrit notre maire FN Robert Ménard. Visuellement, sur les panneaux où l'arme est l'amie de la police municipale, c'est déjà le cas, surtout si on lit attentivement la petite phrase : « armée 24H/24, 7J/7 ».

Heureusement nous sommes « En vie à Béziers ».....  Des citoyens solidaires, militants pour un autre projet concernant Béziers : bien vivre ensemble, toutes communautés confondues, y compris avec Monsieur X... sans être amis avec des armes, mais en utilisant seulement nos plumes et nos crayons.