Les présidents de la république se succèdent, mais les pratiques honteuses restent... Le problème de l'immigration est en effet révélateur d'une grande continuité. Les évènements à la frontière franco-italienne montrent que malgré le discours d'un président « appelant à la plus grande humanité », les pratiques utilisées dans notre pays s'attirent des critiques du défenseur des Droits – Jacques Toubon – et de l'Union Européenne. Il y a un décalage entre le discours et les actes.

par JF Gaudoneix

Dans le discours, on rappelle qu'il y a une obligation pour les Etats d'accueillir les réfugiés, que la France a une longue tradition d'accueil, etc...

Dans la pratique la France a été condamnée

Dans la pratique, rappelons que la France a été condamnée lourdement, en 2016, à cinq reprises par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), pour violation de l'article 3 de la Convention : « nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ». Elle l'a été aussi pour violation de l'article 5 (droit à la liberté et la sureté) et de l'article 8 (droit au respect de la vie familiale).

Avec Macron, expert en communication, il y a de la duplicité. Son discours fondateur sur la politique à mener en direction des migrants se veut rassurant, mais il est en complète contradiction avec les pratiques violentes sur le terrain en 2017 : gazage à Calais et ailleurs, expulsion vers l'Afghanistan, refoulements quotidiens à la frontière franco-italienne. Ces pratiques, sous la responsabilité de Gérard Colomb, ne sont nullement désavouées par Macron. C'est là toute l'hypocrisie. Faut-il rappeler les propos scandaleux, sous forme de plaisanteries, tenus cet été dans le Morbihan, sur les embarcations mahorais : «le kwassa kwassa pêche peu, il amène du Comorien». Indigne d'un homme politique. Nous passerons sur l'idée de trier les réfugiés dans des centres en... Libye ! Cela nous rappelle les centres de détention construits avec les fonds européens en Libye... et ce qu'ils sont devenus !

Et puis, il y a toujours cette volonté de faire une différence entre « le réfugié politique» et le «migrant économique», ce dernier étant l'objet de la plus grande répression. Cette distinction apparaît lumineuse : on sera gentil avec le réfugié politique et impitoyable avec le migrant économique! Aujourd'hui, l'asile sert de caution aux politiques migratoires restrictives, tout en étant lui-même de plus en plus restreint.

Et les réfugiés de la faim ?

Cette différence est bien artificielle quand on prend connaissance d'une étude du réseau Reach qui démontre que ces « réfugiés économiques » ont bien fui leur pays. Il est devenu banal de parler – réchauffement climatique oblige – de « réfugié climatique ». Et qu'attend-on pour parler de « réfugié de la faim » ?

Dans un blog, Madeleine Théodore pose la bonne question : « Existe-t-il des réfugiés plus « dignes » que d'autres de vivre en France, la dignité des réfugiés politiques serait-elle l'aune suprême des critères d'accueil ? Est-on plus digne de vivre en France parce qu'on s'est opposé à un régime par une pétition, une manifestation que celui qui, au delà de tous les clivages politiques et des drames conséquents, ne peut tout simplement plus assurer sa survie ni celle de ses enfants ? » Et elle conclut : « Ne sommes-nous pas collectivement en situation de non-assistance à personnes en danger ? » Et c'est l'Etat français lui-même qui est dans cette position de non-assistance à personne en danger !

Il est facile de faire approuver « le péril de la vague migratoire », pour d'autres, de parler du « grand remplacement ». Susciter la peur est un mode de gouvernement. La peur de l'autre. On veut fermer nos frontières à l'immigration, mais tout notre système veut la libre circulation des capitaux, des devises, des marchandises. En fait, il ne nous déplait pas d'envahir les marchés étrangers de notre production, de faire des plus values sur les transferts de capitaux, d'exploiter la main d'œuvre bon marché de l'étranger. Mais que diable ! Que la misère reste là où elle est, là où nous la faisons prospérer par notre système d'exploitation.

Mais Macron va encore plus loin dans le combat contre les immigrés : il s'en prend aux associations qui viennent en aide à ces personnes en difficulté. Le cas de Cédric Herrou en est un exemple. Si le « délit de solidarité » n'existe pas -encore- dans le droit français, l'article L 622-1 du Ceseda (Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile), punit de cinq ans de prison et 30 000 euros d'amende toute personne qui vient en aide directe ou indirecte à ces étrangers !

le discours de haine du Front National se voit conforté par ceux qui pourtant l'ont combattu

Nous devrions avoir honte ce que nous sommes devenus, il faut nous voir actuellement, recroquevillés sur nous-mêmes, laissant la haine, le racisme et l'entre-soi s'installer de façon durable dans notre quotidien, aidés en cela par la propagande qui amplifie les choses. Si on regarde dans les autres pays européens, l'Allemagne, l'Italie, la Suède, l'accueil des réfugiés est bien plus important, et notre effort est bien dérisoire à côté. La France, « pays des droits de l'homme » traine les pieds... Elle continue sa politique de gros mensonge : elle s'était engagée à récupérer 19 713 personnes candidates à l'asile, seules 3 478 ont rejoint la France au 9 juin 2017... La politique française est de s'employer à refouler les refugiés, à poursuivre ceux qui les aident, à en expulser le maximum souvent de façon violente.


En fait, le discours de haine du Front National se voit conforté par ceux qui pourtant l'ont combattu !