Béziers s'ouvre! Les touristes peuvent dorénavant découvrir une ville « propre », renouveau d'un centre ville nettoyé et offert aux curieux d'ailleurs. La publicité municipale inonde les boîtes aux lettres et les panneaux de la cité mais pour de nombreux habitants, la période estivale a été synonyme de file d'attente, de négociations d'un autre monde pour trouver des places en centre aéré, des activités pour les petits ou les ados. Petit récit d'une épreuve typiquement locale dont j'avais entendu parler sans pouvoir l'expérimenter.

Par Clairette,

En ce mois de juin 2017, sous la chaleur annonciatrice des grandes vacances, chacun se prépare à l'été, et bien sûr essaie de projeter les modes de garde pour les « peks » (1). Devant les écoles, les discussions entre mamans vont bon train, évoquant le jour d'inscription des enfants dans les différents centres de la ville. Les nouvelles s'étonnent :

- Mais il n'y a qu'un jour, je ne peux pas être là . Comment fait-on ?

- Il y a cinq ou six centres, qui ouvrent à 8h30 le même jour, cette année c'est le mardi 20 juin. Tu te présentes et s'il y a des places, tu peux inscrire tes enfants » précise une habituée.

- Ahhh... mais je travaille ce jour là, mon mari aussi. On peut faire autrement ?

- Attends, je crois que tu n'as pas compris, premiers arrivés, premiers servis. Mais avant tu dois avoir complété ton dossier d'inscription, un dossier incomplet, c'est foutu, même si t'as attendu plusieurs heures!

- Mince, mais tu fais comment toi ?

- Le plus simple est d'arriver 2 à 3 heures avant l'ouverture, se caler devant la porte d'entrée pour ne pas perdre sa place. Si jamais t'as un impératif, genre tu travailles, fais toi remplacer par ton mari ou pose une demi journée de congés.

- C'est quoi ce truc, c'est la méthode médecin du monde ?

- T'inquiètes, si tu travailles, t'es prioritaire ! »

 

5h45, mardi 20 juin

Il fait bientôt jour, dernière vérification, dossier, date d'inscription, bouteille d'eau... Tout est ok, je vais boucler ça en 2h, je suis le Biterrois le plus motivé, le plus matinal...Quelle déception à mon arrivée à Vaclav Havel (le nouveau centre au Four à chaux), je suis loin d'être le premier. Une maman me remet un numéro en me précisant que ''ce n'est pas officiel mais il faut s'organiser, cela a déjà mal tourné certaines années''. 39, je commence à m'inquiéter.
Heureusement la foule grossit et je reprends le moral en mesurant le nombre de parents qui s'autorisent des grasses matinées un jour d'inscription. A 8h25, on est bien une centaine, principalement des femmes et des enfants, les hommes ont du être évacués.

Ouverture des portes, tout le monde s'engouffre, le personnel tempère les plus pressés. A mon tour de rentrer mais à ma droite c'est la cohue devant le distributeur de ticket boucherie (je l'appelle comme ça car pendant longtemps ce n'est qu'au supermarché que j'avais utilisé cette machine). Là je comprends que le 39 c'est foutu, je suis 112. Quel manque d'expérience, je mérite d'être rétrogradé !

Aïe, la mine déconfite des deux secrétaires qui nous font face n'est pas rassurante, on comprend que le logiciel n'est pas maîtrisé, qu'il y eu des modifications et pas de formation; le directeur et les futurs animateurs distribuent le café et nous font remplir une nouvelle fiche. C'est sûrement une technique de gestion de queue. 118 et 139 s'énervent, « priorité à ceux qui travaillent » clament-ils. Le directeur rappelle les règles de bienséance .

Quand midi sonne,108 nous souhaite un bon appétit

10h30, une quinzaine de personnes sont inscrites. Les secrétaires fatiguent et l'espoir d'être libéré pour midi s 'éloigne. La porte des coulisses s'entre-ouvre, une jeune femme invite le numéro suivant à la rejoindre. L'installation d'un nouveau poste ne me semble pas créer un espoir débordant dans l'assemblée. Des groupes se sont organisés, des nouveaux arrivants s'étouffent en découvrant leur place et la situation dans le hall. Dans un même réflexe, d'un regard circulaire, ils attendent une confirmation de leur situation. Généralement ils se précipitent vers la sortie, téléphone à l'oreille.

Ma voisine raconte que sa belle sœur est arrivée en retard à G Brassens (2), mais elle s'est munie de sandwichs. Soudain, on annonce les premiers jours complets, un agent colle un calendrier A4 à deux mètres derrière le comptoir d'accueil avec la rigueur qu'exige sa mission d'information.

Quand midi sonne,108 nous souhaite un bon appétit. Le calendrier est maintenant bien noirci, me restera-t-il de la place ?

En 6h d'attente, j'ai récolté quelques informations : à Béziers il y 6 centres d'accueils, recevant chacun un groupe de 36 enfants de 4 à 12 ans, 12 places par structures sont réservées pour les ados. Les activités sportives municipales ont disparu l'année dernière. En fait, pour une ville de 70 000 habitants, le ratio n'est pas terrible, surtout s'y on ajoute les efforts fournis.

J'atteins la banque, quand la secrétaire sort une collation et s'excuse en mâchant. Le nom de ma fille termine plusieurs listes. Après moi, semaine 28,29 et 31 complètes, sentiment d'être privilégié à la vue des parents maintenant avachis sur leur siège. En sortant, une mère demande comment elle s'organise si ses deux enfants, dans deux groupes différents n'ont pas les même jours d'accueil ?

Mon retour à la maison est triomphal. Heureusement, que je ne travaillais pas ...enfin que je ne pouvais pas travailler. La discrimination par le travail est interdite, pourtant les places sur les temps périscolaires (3) sont réservées prioritairement aux parents justifiant d'un emploi. Idem pour la cantine. C'est à ne plus rien y comprendre, même un peu bizarre.

(1) Peks : signifie les enfants dans le parlé local, ce n'est pas péjoratif !
(2) Georges Brassens est un autre centre d'inscription dans le quartier de l'Iranget, à Béziers.
(3) Les temps péri-scolaires sont les temps d'accueil du matin et du soir lors de la semaine d'école.