L'édito du JDB n°53 était consacré à l'école, ou plutôt, « à toutes les écoles ». Il y a déjà là un problème, le maire, l'élu républicain, ne voit dans l'école publique qu'une école parmi les autres. Plus grave, il met en cause l'école de la république, « classes surchargées, programmes scolaires insuffisamment centrés sur les fondamentaux... », pour ensuite faire de la pub pour la création d'une école hors contrat à Béziers.

De Jean-François Gaudoneix

Et sur le dossier de 4 pages qui suit, 3 sont entièrement consacrées à cette école privée hors contrat. Et une seule page anecdotique sur la réouverture de l'école publique André Boudard.

 

Une pédagogie pour retrouver la gnaque d'apprendre ?

L'association qui est en charge de cette école hors contrat, La Tour de l'espérance, reprend les mêmes objectifs que l'association Espérance banlieues, très médiatique, traditionaliste et ultra-libérale, connue pour ses liens très étroits avec la droite extrême et l'extrême droite.


Le JDB présente le cours Gustave Fayet – nom de la future école « aux portes de La Devèze » - comme une école avec une « pédagogie alternative pour retrouver la gnaque d'apprendre !»


La seule chose intéressante en fait ce sont les effectifs des classes : 15 élèves par classe maximum. Tous les enseignants de l'école publique en rêvent...
Pour le reste, rien de nouveau, au contraire, c'est un retour vers le passé, mais pas que !
On retrouve le port de l'uniforme – tiens le revoilà – le vouvoiement obligatoire, l'obligation de se lever quand l'élève est interrogé ou qu'un adulte entre dans la classe. Autant de nouveautés pédagogiques qui vont donner « la gnaque d'apprendre » à l'enfant !


Dans les autres innovations, trois dictées par semaine, utilisation du boulier pour le calcul (!), et surtout l'Histoire de France comme « un des piliers du programme ». Et ne pas oublier chaque matin le lever du drapeau national. Rien n'est dit sur le chant de la Marseillaise le matin, la main sur le cœur, ce que les écoles d'Espérance banlieues pratiquent. Sans doute un oubli.

 

Une école qui peut tout changer ?

Comment voir dans ces « innovations », l'école qui peut tout changer ? (dixit le titre de l'article du JDB) ?
C'est là qu'il faut se pencher sur Espérance banlieues, le modèle que désirait le candidat Ménard dès mars 2014 : «Une telle école existe déjà à Montfermeil » disait-il.


Ces écoles « alternatives » sont portées par la Fondation pour l'école, dirigée par Anne Coffinier, présentée dans le journal Le Monde comme « l'autre égérie de la manif pour tous ».

 

Ou une école qui endoctrine ?

La première égérie étant Frigide Barjot ! Il n'y a rien d'anodin dans cela. Ces écoles sont en fait des écoles de l'endoctrinement, promues par des groupes ultraconservateurs, voire intégristes, comme SOS Education, Boulevard Voltaire (de Ménard) ou le pôle Education et culture du FN. Pour Anne Coffinier, « l'école doit être une aide à la réévangélisation de la société ». On est bien loin de la république laïque où la liberté de conscience laisse à chacun le choix de ses convictions religieuses. Pour Mme Coffinier, « Les professeurs en France sont déformés [...] mais ils ne sont pas formés. » Et ce sont des sites d'extrême droite qui portent sa parole, comme le Réveil français. La Fondation Espérances banlieues promet d'inculquer aux enfants l'amour de la patrie : « L'enfant va découvrir sa citoyenneté française par le respect du drapeau». Ajoutons qu'Espérance banlieues pratique la non mixité dans les classes...


Pour Anne Coffinier, « les finalités de l'école ont été radicalement modifiées depuis 1945. Des objectifs politiques et même révolutionnaires ont été assignés à l'Education : il s'agissait de faire la révolution par l'école, de changer la société en changeant les enfants. Non contents d'avoir jeté Dieu en dehors de l'espace scolaire, les dirigeants du système éducatif ont fait entrer la politique dans l'enceinte de l'école.»


Le Nouvel Observateur nous révèle que la quasi-totalité des membres du conseil d'administration de la fondation sont des militants de la Manif pour tous.
Le magazine Challenges du 7 juillet 2016 nous apprend qu'« une bonne partie du CAC 40 verse son obole aux écoles Espérance Banlieues : Bouygues, Axa, Société Générale, Fondation Bettencourt, Saint-Gobain, Vinci...» Tous ces soutiens financiers permettent ainsi à ces écoles d'exister avec une participation non négligeable des parents. Pour le cours Fayet à Béziers, ce sera 70€ par mois par enfant et 45€ par mois à partir du deuxième. Cela fait 700€ pour un enfant à l'année, et 1150€ pour deux enfants, quand même.

 

Une école de la réussite pas validée

Cette école qui dit vouloir tout changer, qui véhicule une image où l'attention portée à chaque élève ferait des miracles, n'est qu'une façade. La réalité est bien différente. D'ailleurs, cette image rassurante d'une école de la réussite n'a été validée par aucune étude et se fonde sur les seules auto-proclamations de leurs fondateurs.


Ce « renouveau éducatif » se fait sur les principes d'une morale chrétienne réactionnaire que même le journal catholique La Croix critique (article de Denis Peiron du 19 janvier 2017) avec un titre dubitatif : « Espérances banlieues, un réseau et beaucoup de questions ». On peut y lire : « Derrière ces établissements, qui servent de vitrine au camp ultraconservateur, il y a une réaction vis-à-vis de l'école publique, qui n'a pas peur de parler de sexualité ou de genre, mais on trouve aussi la logique très libérale du chèque éducation ». Ou encore : « Espérance banlieues, qui tient à rester hors contrat pour garder sa singularité pédagogique et sa liberté de recrutement, tisse en tout cas sa toile avec, souvent, l'assentiment des municipalités, toutes de droite ».


Ces « novateurs » instrumentalisent les véritables difficultés que rencontre l'enseignement de nos jours. Il est vrai qu'il faut encore progresser pour être plus performant dans le service public, mais ce ne sont pas les vieilles recettes que ressort le cours Fayet qui y parviendront. Les dernières recherches pédagogiques vont dans le sens opposé aux pseudo-innovations du cours Fayet et des écoles Espérance banlieues. Les enfants de 2017 ne sont pas les enfants d'il y a un siècle et ce qui a pu être bon il y a cent ans ne l'est plus de nos jours. L'environnement, l'accès à la culture, le monde dans lequel nous vivons est totalement différent.

Ne pas en tenir compte serait une grave erreur. Erreur que font ces pseudo-innovateurs, qui sont en fait des traditionnalistes intégristes à la recherche de leur paradis perdu, le fameux « c'était mieux avant »...