Ursula fait une démonstration simple de la démagogie de Ménard. Les arguments qu'il utilise sont tellement creux qu'ils s'appliquent à n'importe quelle cause : le discours de fausse éloquence utilisé en faveur de la corrida s'applique aussi bien aux bordels.

Quand j'ai entendu Ménard s'exprimer, la première fois, j'y ai vraiment cru. Je crois que c'est ce qui se dégageait de lui : il parlait de la corrida, des vraies traditions biterroises. Sur le coup, je me suis dit : « y'a pas à dire, il cause bien ce Ménard. Il est viril, il a les mots qu'il faut, du franc-parler. Il saura nous défendre, nous, les Biterrois. »

Je me souviens très bien, à ce moment, je me suis demandé : « Mais nous, les « Biterrois », ça veut dire quoi exactement ? Alors j'ai regardé les gens dans la rue. J'ai pas su dire ce qui les rassemblait. Y'avait pas grand rapport avec miss Béziers en tout cas. Alors j'ai pensé à autre chose. Définir ce que sont « les Biterrois », moi qui en suis, ça m'a paru beaucoup trop compliqué. Alors j'ai tendu l'oreille et j'ai écouté très attentivement le discours de Ménard devant les caméras de Midi Libre. C'était beaucoup plus facile que réfléchir à ce qu'est en réalité ce « Biterrois » dont on parle tellement. Les arguments qu'avançait Ménard pour défendre la corrida étaient édifiants. Je le cite :

« Devant la montée des anti-corridas (...) j'ai décidé de prendre un arrêté municipal qui interdise toute manifestation des anti-corridas autour des arènes.
(...) on a le droit de ne pas aimer la corrida, libre à chacun, mais on n'a pas le droit de priver ceux qui aiment la corrida d'assister à ce qui leur est cher au cœur et à la culture de cette région d'autant que c'est dans un espace clos et donc personne ne peut assister à une corrida par hasard, on y va volontairement. Donc les anti-corridas, ils disent tout ce qu'ils veulent, ils manifestent où ils veulent, mais pas près des arènes de Béziers, tant que je serai maire de Béziers, ce sera comme ça dans notre ville.
(...) Ecoutez, on laisse les gens tranquilles, chacun pense ce qu'il veut, mais on n'interdit pas à l'autre 1) Une pratique qui l'intéresse, 2) un spectacle culturel qui renvoie à toute l'histoire de cette région et qui incarne les plus belles traditions de notre ville donc on n'y touchera pas »

 

Il suffit de mettre le mot « bordel » dans la bouche de Ménard !


Je ne sais pas pourquoi, les arguments massues avancés par le maire me faisaient un gros effet. Tout à coup, j'ai eu comme une illumination. J'ai compris qu'avec sa connaissance de l'histoire de la ville, et son courage politique, son programme ne s'arrêterait pas là.
Si la corrida est une tradition antique de la ville, elle n'est pas la seule : la prostitution et les bordels faisaient l'autre fierté de la ville. Il suffit de mettre le mot « bordel » dans la bouche de Ménard, à la place du mot « corrida » et tout s'éclaire: l'argumentaire est déjà prêt, c'est du tout cuit !1

Dans son article « Les phallus perdus des Biterrois », Bernard Hasquenoph ravive pour nous le souvenir des phallus détruits à la mi-décembre 2009. Et nous l'en remercions :
«Béziers, par tradition, était une ville de plaisirs où pullulaient les bordels, certains des plus chics. La maison, désertée par les filles et vendue dans les années 40, fut ensuite transformée en supermarché avant d'être détruite pour laisser place à une station-service. Ne restèrent alors plus que les deux verges de pierre dressées vers le ciel que, paraît-il, personne ne remarquait plus. « C'est notre histoire qui fout le camp, déplora un opposant, Béziers a été une ville de plaisir dès le XVIe siècle. Ces phallus ne sont pas pornographiques ou dégradants. Ils sont un élément du patrimoine de la ville, il n'est pas souhaitable de voir disparaître encore une fois un symbole de la cité ».
C'est sûr que ce n'est pas Ménard, qui aurait fait ça : il est trop attaché aux belles traditions de la ville pour cautionner une telle hérésie. C'est sur ordre de la mairie dirigée par Raymond Couderc (UMP) que  le crime de lèse-bordélie a été commis.

 

Des verges bien droites et bien dures


Autre argument clamé par le « Comité de soutien des phallus de Béziers » : « Nos Phallus ne sont ni de Gauche, ni de Droite, ni du milieu...» Encore un argument massue, on dirait du pur Ménard ! Et puis ce sont des verges bien droites et bien dures. Notre maire bien-aimé y sera forcément très sensible. C'est là que j'ai compris qu'avec sa connaissance de l'histoire de la ville, et son courage politique, Ménard allait se lancer bientôt dans une reconstruction rapide, de cinq à sept, de nos phallus emblématiques.

Que sa femme lui pardonne.
Ainsi soit-il.

 

1 Et cela donne à peu près ce discours:    « Devant la montée des anti-bordels (...) j'ai décidé de prendre un arrêté municipal qui interdise toute manifestation des anti-bordels autour des bordels. (...) on a le droit de ne pas aimer les bordels, libre à chacun, mais on n'a pas le droit de priver ceux qui aiment les bordels d'assister à ce qui leur est cher au cœur et à la culture de cette région d'autant que c'est dans un espace clos et donc personne ne peut assister à un bordel par hasard, on y va volontairement. Donc les anti-bordels, ils disent tout ce qu'ils veulent, ils manifestent où ils veulent, mais pas près des bordels de Béziers, tant que je serai maire de Béziers, ce sera comme ça dans notre ville.
(...) Ecoutez, on laisse les gens tranquilles, chacun pense ce qu'il veut, mais on n'interdit pas à l'autre 1) Une pratique qui l'intéresse, 2) un spectacle culturel qui renvoie à toute l'histoire de cette région et qui incarne les plus belles traditions de notre ville donc on n'y touchera pas »

Sources :
VIDÉO. « Robert Ménard veut interdire les manif anti-corrida : un bien curieux raisonnement »
Le-Louvre-pour-tous