Edito

C'est la lutte...

1cestlalutteLa lutte, les luttes se trouvent au centre du dossier de ce numéro 24 d'En vie à Béziers. Lutte avec une interview d'André Menras, Biterrois d'origine, qui s'engage pour son pays d'adoption, le Vietnam, en soutenant la cause des pêcheurs de la province Quang Ngai, dans le centre du pays, qui se retrouvent au milieu de disputes territoriales entre le Vietnam et la Chine. Lutte, encore, avec une rubrique qui rend compte des attaques sociales, syndicales, associatives, citoyennes et politiques menées par l'extrême-droite contre les libertés et le "vivre avec". Lutte, toujours, avec les expériences alternatives des "tiers lieux", ces regroupements qui permettent de créer un langage et des projets communs avec une volonté d'innover collectivement rompant avec le dogme capitaliste. Outre ce dossier dense et diversifié, vous retrouverez dans ce numéro 24 d'En vie à Béziers les rubriques habituelles. Si "Même sans espoir, la lutte est encore un espoir." (Romain Rolland, l'âme enchantée), qu'il nous soit encore permis, à En vie à Béziers et pour tous les lecteurs, d'espérer que les luttes soient, longtemps, très longtemps mues par l'espoir...

 

Ce petit texte est une chronique à l'origine écrite pour l'émission radio d'EVAB diffusée sur RPH le 28 janvier 2018 dernier. En Anglais, live together sonne comme le slogan d'une marque de sport. En français c'est l'expression tartiflette qui saupoudre bon nombre de reportages télé.

By Clairette

Le vivre ensemble, il est de bon ton de le fêter

Le vivre ensemble, il est de bon ton de le fêter, comme si on entérinait l'individualisme comme mal du siècle. Tant de pertinence en deux mots, la sagacité médiatique est renversante! Valeur cardinale de la République, le Vivre Ensemble est érigé en bouclier contre les terroristes qui vivent entre eux, sûrement ensemble mais pas avec nous. Le Vivre ensemble nous permet de commémorer la dépouille de Johnny.

Sans faire un cours de sémiologie, ce dont je serai bien incapable, gagner la lutte de la qualification et donc du sens est le projet incontournable d'un État qui se respecte, s'approprier le pouvoir symbolique. Apporter le cadre conceptuel pour le prêt à penser mobilise l'intelligentsia, au XXIeme siècle, on construit un storytelling pour raconter la prise de pouvoir ou le management dans le monde du travail. C'est la fameuse naissance de la nov-langue, vous savez ce procédé qui a transformé vos collègues en collaborateurs, la réflexion en brainstorming ou le résumé d'un film en pitch. Vous me direz : de l'anglicisme pour nous tromper c'est pas nouveau, par contre pour le Vivre Ensemble pas de translation.

Le vivre Ensemble devrait exprimer notre capacité à faire société

Le Vivre Ensemble devrait exprimer notre capacité à faire société, mais cela renvoie à la somme des intérêts individuels, et cette conception c'était avant... Les Lumières. Depuis, on sait que l'intérêt général ce n'est pas tout à fait ça. Bon, le Vivre ensemble c'est alors la possibilité des groupes sociaux à cohabiter, à interagir et même partager. Deux siècles de sociologie, deux guerres mondiales ou la montée de l'extrême droite plombent cette approche, ça ne doit pas être encore ça.

Se définir en deux mots est l'activité des pensées courtes, la compétition entre les unes de journaux et les émissions à qui définira l'air du temps, entre deux publicités. Les chroniqueurs se lancent des « Qu'en retiendra-t-on ? » « Comment résumer ce moment ? ». Chercher à requalifier le présent renvoie au pouvoir et à sa conservation. Depuis 10 ans le manque de renouvellement politique et la permanence de la pensée libérale tuent les utopies et l'espoir s'atrophie. La solidarité dans le ruissellement, les restos du cœur pour lutter contre la pauvreté... dit comme ça on ne rêve pas.

Mais reste le Vivre Ensemble. Co-exister est un projet trépidant, « tu ne tueras pas ton prochain », « tu ne le voleras point », retour à la base, aux fondamentaux. Aspirer par nos écrans, plus le temps de se voir, de partager, construire une pensée collective pas la peine d'y penser. Fêtons notre joie de s'aligner devant les caisses, de rester polis en tendant notre carte à puce, quelle satisfaction !

Finalement le Vivre Ensemble, c'est juste s'autoriser à se rencontrer, à voir du monde en dehors de nos amis sur Facebook ou sur Asta. Aspirer par nos écrans et les compétitions de FIFA, le Vivre Ensemble, c'est le nom de désintoxication des guicks !

Pour ma part, je crois que le Vivre Ensemble, c'est l'expression fourre-tout avec des mots si généralistes qu'on ne peut en donner le sens. C'est le symptôme du refus de penser car bordel, le principal c'est d'aimer comme disait Gilbert Montagné. Alors je vous le dis « on va s'aimer, live together ! ».