Edito

Bella Ciao, Béziers!

parisienAC'est la rentrée pour Envie à Béziers et l'occasion pour ce numéro 26 de vous présenter notre nouvelle formule, en attendant la refonte de notre site en 2019. Nous continuerons à faire paraître un numéro bimestriel et notre page sera alimentée régulièrement par des brèves sur l'actualité, les dessins de Clo et les annonces de l'agenda. Nous poursuivrons également notre collaboration avec Visa, cette ancienne association intersyndicale de vigilance contre l'extrême droite. La nouveauté c'est que nous publierons nos dossiers en décalé. Et à travers ces dossiers nous nous demanderons où en est notre ville de Béziers, où en est cette ville moyenne dirigée par l'extrême droite. Certains disent que Béziers va mieux. D'autres qu'à part une nouvelle pelouse et la grande roue rien n'a changé. On vous en dira plus sur notre prochain dossier consacré à la politique du cœur de ville. Pour ce numéro 26 il est beaucoup question d'écologie tant elle est préoccupante et aussi des fanfaronnades macroniennes ou ménardiennes, peu préoccupées du bien commun. Bonne lecture et Bella ciao, Béziers !

Aucun crédit ne peut être donné aux nostalgiques de l'O.A.S et de l'Algérie Française ! Les liaisons dangereuses entre l'extrême droite, la police et l'armée, ont toujours existé. Elles prennent fréquemment la forme de noyautage via des clubs, des associations ou des syndicats, nous l'avons souvent évoqué dans cette rubrique.

Par Didier

Elles peuvent aussi prendre la forme de liaisons ombilicales via le détournement des missions républicaines de police ou de maintien de l'ordre par des groupes paramilitaires constitués de civils, de fonctionnaires et de militaires.Le maire de Béziers est au confluent de ces deux traditions. Il l'est par sa volonté de doter "sa ville" d'une police municipale à ses ordres, il l'est aussi par ses soutiens réitérés aux nostalgiques de l'O.A.S et de l'Algérie Française. Au moment où le maire de Béziers annonce publiquement dans la presse locale (Midi Libre) sa volonté de créer une police de proximité, nous vous proposons de découvrir la genèse de la création de l'O.A.S en Algérie pendant la guerre d'indépendance. Nous passerons volontairement sur le problème du financement de cette police de proximité sur la ville qui se fera au détriment d'autres missions de service public. Reste le manque de fiabilité de R. Ménard en matière d'utilisation de pouvoirs municipaux au service d'une idéologie clairement affichée. Donner encore plus de moyens à celui qui est en permanence aux limites de la légalité républicaine, reviendrait à donner un chèque en blanc à celui qui a maintes fois prouvé ses conceptions d'une république blanche, catholique intégriste, dans le cadre d'un apartheid revisité.

Les débuts de l'OAS (Organisation Armée Secrète) dont se réclame encore R. Ménard au même titre que l'Algérie Française sont à ce sujet édifiants. Dès la fin de l'année 1954 (début de la guerre d'indépendance en Algérie) des comités qui s'intitulent ''contre terroristes '' se forment et pratiquent à grande échelle et au grand jour un trafic et des stocks d'armes avec la complicité d'une partie de la police coloniale. En clair, des milices se forment et s'arment en dehors des cadres légaux mais avec la complicité d'une partie d'entre eux. Dès la mi 1955 le gouverneur général Soustelle utilise des fonds secrets pour financer des achats d'armes à destination des groupes paramilitaires, la complicité de la police dans ces opérations est à ce jour prouvée.

 

Les parlementaires abandonnent de fait leur pouvoir et leurs missions à des activistes.


La deuxième phase de l'utilisation de l'OAS naissante intervient lorsque les renseignements généraux s'en servent pour dénoncer des activistes indépendantistes Algériens. Une répartition des rôles est alors mise en place. Les ''contres terroristes'' commettent des attentats qui justifient à posteriori une intervention de la police. La police se sert de l'O.A.S pour "lever les lièvres". Un des plus hauts responsables de cette division du travail entre police d'état et groupes paramilitaires est un personnage de l'ombre, il se nomme André Achiary, c'est un ancien sous-préfet responsable de massacres à Guelma, ancien SFIO, ancien pétainiste. Très vite Achiary devient la tête pensante du gouvernorat de Jacques Soustelle, le responsable occulte de la politique coloniale en Algérie. Celle qui vise à terroriser les Algériens pour qu'ils abandonnent leur velléité d'indépendance. Comme personnage occulte, Achiary ne rend bien sûr aucun compte public. La ligne politique qu'il inspire est commentée à posteriori dans les diverses assemblées et parlements. Les parlementaires abandonnent de fait leur pouvoir et leurs missions à des activistes.

 

Des musulmans suspectés d'être pro FLN y sont séquestrés, torturés, tués


Les choix politiques ne sont plus élaborés préventivement, ils ne sont plus appliqués par les corps constitués. Preuve si besoin était, en août 1955 dans le Constantinois on assiste à une situation ahurissante dans un état de droit. Des miliciens se joignent à l'armée pour une répression impitoyable contre des civils musulmans et des combattants du F.L.N.
Au printemps 1956 l'ORAF est fondée (Organisation de Résistance de l'Afrique Française), c'est l'ancêtre de l'OAS. Le 8 mars 1956 à l'Assemblée Nationale à Paris le jeune député Jean Marie Le Pen demande : "l'exécution publique, pour l'exemple, des condamnés musulmans . . ". Une majorité du conseil des ministres (dont Mitterrand) se prononce en faveur des exécutions. Le 19 juin 1956 les premiers condamnés sont guillotinés pour l'exemple. À la même époque les poseurs de bombe de l'ORAF sont formés par une antenne militaire du SDECE par le tristement célèbre capitaine Aussaresses. La troisième phase de l'utilisation des réseaux factieux de l'OAS naissante par la police et l'armée, fin 1956, est la location d'une villa isolée (la villa des sources) dans un quartier chic d'Alger. Des musulmans suspectés d'être pro FLN y sont séquestrés, torturés, tués après avoir été enlevés. Bien avant l'affaire dite Audin et les milliers d'autres disparus, assassinés et jamais retrouvés, des civils et des militaires torturent ensemble. La combinaison des liens entre réseaux factieux et appareil d'état a accéléré la fuite en avant de la politique coloniale en Algérie. L'extrême droite a sciemment organisé ce débordement.


Il n'y avait aucune raison de lui faire confiance hier en Algérie, il n'y a aucune raison de lui faire crédit aujourd'hui à Béziers. Par crédit nous entendons bien sur crédit financier et crédit moral. (1)

 

1) Les informations contenues dans cet article sont issues du site internet :
1000autres.org Les auteurs de ce site font un travail remarquable à partir d'archives et de témoignages. Nous vous invitons fortement à le consulter !