Edito

Bella Ciao, Béziers!

parisienAC'est la rentrée pour Envie à Béziers et l'occasion pour ce numéro 26 de vous présenter notre nouvelle formule, en attendant la refonte de notre site en 2019. Nous continuerons à faire paraître un numéro bimestriel et notre page sera alimentée régulièrement par des brèves sur l'actualité, les dessins de Clo et les annonces de l'agenda. Nous poursuivrons également notre collaboration avec Visa, cette ancienne association intersyndicale de vigilance contre l'extrême droite. La nouveauté c'est que nous publierons nos dossiers en décalé. Et à travers ces dossiers nous nous demanderons où en est notre ville de Béziers, où en est cette ville moyenne dirigée par l'extrême droite. Certains disent que Béziers va mieux. D'autres qu'à part une nouvelle pelouse et la grande roue rien n'a changé. On vous en dira plus sur notre prochain dossier consacré à la politique du cœur de ville. Pour ce numéro 26 il est beaucoup question d'écologie tant elle est préoccupante et aussi des fanfaronnades macroniennes ou ménardiennes, peu préoccupées du bien commun. Bonne lecture et Bella ciao, Béziers !

Bella Ciao est la chanson antifasciste italienne de référence dans le monde entier. Elle est reprise dans quasiment toutes les langues, dans tous les styles musicaux, du post punk déjanté à la classique chorale. Derrière cette '' success story populaire '' il y a une histoire, celle de la construction d'une référence collective. Déconstruction de la construction d'un hymne.

Par Didier

Paroles tristes, musique joyeuse, la construction de Bella Ciao interpelle car elle est aux antipodes des autres chants européens de résistance au fascisme. Côté paroles Bella Ciao c'est l'histoire d'un partisan qui part combattre un envahisseur indéterminé tout en demandant à sa fiancée qu'elle dépose une fleur sur sa tombe s'il meurt au combat. Rien de collectif donc dans cette histoire d'un homme qui s'engage seul en sachant qu'il va peut-être vers la mort. Pourtant en quelques décades ce chant va devenir le chant de rassemblement des antifascistes du monde entier. Pourquoi ?


Pendant la seconde guerre mondiale les divers courants de la résistance italienne ont chacun leurs chants : Bandiera Rossa pour les communistes, L'inno dei lavoratori pour les socialistes, L'internationale pour les internationalistes, Fischia il vento pour les démocrates . . . Mais aucun de ces chants ne s'impose comme un chant fédérateur. Ce que deviendra plus tard Bella Ciao. Il se pose dès lors une question : comment une chanson qu'aucun résistant italien n'a chanté pendant les années de guerre peut devenir l'hymne international de l'antifascisme ?

Bella Ciao c'est l'histoire d'une chanson populaire exhumée par le peuple


Justement parce qu'à la fin de la guerre Bella Ciao vient fédérer ceux qui se battaient contre des adversaires différents identifiés suivant leurs engagements initiaux : les Allemands, les fascistes, l'état, les patrons. . . Le 25 avril 1945 les partisans italiens rentrent en vainqueurs dans les plus grandes villes du nord de l'Italie. Le pays est libéré de près de 25 ans de fascisme, mais il se pose la question du nouveau cadre à reconstruire : une république ? une monarchie ? En juin 1946 les Italiens choisissent par référendum (avec une majorité de 54 %) la République. Le 1er janvier 1948 la constitution de la première république est mise en place. Dans un contexte de reconstruction nationale il fallait un hymne pour célébrer le nouveau pacte républicain. Cet hymne ne pouvait être lié à la monarchie, aux seuls communistes, aux seuls socialistes, aux seuls démocrates. Il va devenir transversal, collectif. Bella Ciao devient cet hymne transversal et collectif car c'est l'hymne de la patrie envahie par des forces extérieures. Cette appropriation collective c'est le peuple italien qui va la faire. Car Bella Ciao c'est l'histoire d'une chanson populaire exhumée par le peuple au travers de ses chorales de quartier. Une fois exhumée, Bella Ciao est reprise par toutes les forces de gauche qui en font un axe fédérateur. En 20 ans (1945/1965) Bella Ciao devient la chanson phare de l'unité italienne contre le fascisme.


En 1978 l'assassinat du leader Démocrate-Chrétien Aldo Moro par les Brigades Rouges met un terme au processus dit de "compromis historique" qui devait voir l'entrée au gouvernement du Parti Communiste Italien (P.C.I) avec la Démocratie Chrétienne (D.C), après une période, entre 1969 et 1975, où près de 62 monuments commémoratifs antifascistes ont été érigés dans toute l'Italie par les gouvernements successifs sous la pression populaire. La Démocratie Chrétienne au pouvoir abandonne la référence d'une seule résistance au fascisme. En 1994 le Mouvement Social Italien (M.S.I) héritier direct du fascisme entre au gouvernement Berlusconi. Le curseur se déplace à droite toute.
Au même moment, Bella Ciao se mondialise et perd sa connotation strictement italienne de gauche. On recense alors plus de 40 versions internationales. Cet élargissement vers un produit festif mondialisé n'enlève rien à la force de rassemblement de cette chanson actuellement en Italie. Pour preuve la tentative des maires d'extrême-droite d'interdire Bella Ciao dans les rassemblements qui fêtent la victoire sur le fascisme tous les 25 avril. Matéo Salvini actuel ministre et leader de la Ligue (ex Ligue du Nord l'équivalent Italien du R.N) veut, lui, détourner les festivités du 25 avril en célébrant le droit à l'autodéfense.A8Ill2V


Aujourd'hui Bella Ciao est chantée, jouée dans tous les rassemblements contre le renouveau fasciste en Italie. Fin août 2018 elle était reprise par tout un cortège à Milan pour protester contre le rapprochement entre Matéo Salvini et Viktor Orban, promoteurs dans leurs pays respectifs d'une xénophobie d'état institutionnalisée. Le lieu de cette manifestation place San Babila avait en soit une grande signification puisque cette place était conçue dans les années 1970 comme une forteresse néo fasciste contre l'extrême gauche. Alors Bella Ciao hymne rassembleur des antifascistes biterrois : pourquoi pas ?