Edito

Bella Ciao, Béziers!

parisienAC'est la rentrée pour Envie à Béziers et l'occasion pour ce numéro 26 de vous présenter notre nouvelle formule, en attendant la refonte de notre site en 2019. Nous continuerons à faire paraître un numéro bimestriel et notre page sera alimentée régulièrement par des brèves sur l'actualité, les dessins de Clo et les annonces de l'agenda. Nous poursuivrons également notre collaboration avec Visa, cette ancienne association intersyndicale de vigilance contre l'extrême droite. La nouveauté c'est que nous publierons nos dossiers en décalé. Et à travers ces dossiers nous nous demanderons où en est notre ville de Béziers, où en est cette ville moyenne dirigée par l'extrême droite. Certains disent que Béziers va mieux. D'autres qu'à part une nouvelle pelouse et la grande roue rien n'a changé. On vous en dira plus sur notre prochain dossier consacré à la politique du cœur de ville. Pour ce numéro 26 il est beaucoup question d'écologie tant elle est préoccupante et aussi des fanfaronnades macroniennes ou ménardiennes, peu préoccupées du bien commun. Bonne lecture et Bella ciao, Béziers !

Sur les terres siciliennes qui ont connu toutes les influences possibles : phéniciennes, carthaginoises, grecques, romaines, arabes, normandes ou espagnoles, qui ont vu naître Archimède, Pirandello ou Camilieri, nous avons rencontré en 2018 des gens passionnants qui vivent complètement ce qu'ils font. Roberto, Gabriele ou Sara, chacun d'eux a son histoire, mais ils ont tous les trois une chose en commun : ils refusent le monde tel qu'il va.

Par JF Gaudoneix

C'est le refus de ce néo-libéralisme, de cette croissance mortifère. Ils sont convaincus que l'humain passe avant le marché. Nous avons été reçus chez eux, et chaque fois, nous avons trouvé des maisons ouvertes où voisins, amis ou gens de rencontre étaient les bienvenus. C'est cette humanité mise en avant qui nous a plu, c'est cette humanité qui pourra, si c'est encore possible, nous sortir de notre monde égoïste et inhumain. Souci écologique, social et humain, c'est la trilogie que nous avons rencontrée et qui nous a renforcée dans l'idée qu'un autre monde est possible. Le Groupement d'Achat Solidaire de Béziers s'approvisionne en agrumes auprès des Galline Felici, une coopérative sicilienne. Il y a deux ans, ces producteurs siciliens étaient venus à Béziers présenter leurs productions au cours d'une soirée festive. En villégiature en Sicile, il ne fallait pas manquer de les rencontrer chez eux. Roberto, Gabriele se sont fait un plaisir de nous accueillir, et nous, une joie de découvrir leur travail et leurs personnes...

Gabriele

24Gabriele13Gabriele a une histoire bien particulière. D'abord, il est né en France, à Dunkerque, parce que ses parents ont immigré pour trouver du travail. Il est revenu en Sicile à l'âge de 3 ans. A 20 ans, il est parti avec sa femme Thérèse, en Afrique pendant 10 ans, dans une ONG : au Burundi d'abord, puis au Congo et au Sénégal. Il a fini par revenir en Sicile pour que ses enfants fassent leurs études.
Il a rencontré Roberto lors d'un stage effectué au cours de ses études agricoles. C'est ainsi qu'à son retour en Sicile, il a intégré les Galline Felici. Gabriele mène de front son travail de gestionnaire des Galline Felici et son exploitation à Piazza Armerina, à une heure de Catane. Gabriele nous a invités dans sa ferme de Piazza Armerina. Y aller n'est pas facile. Sa ferme, il a dû l'acheter en plusieurs fois car la ferme et l'exploitation appartenaient à quatre héritiers. Avec de la patience, il est parvenu à acheter les quatre parts... La ferme de Gabriele est à flanc de colline.


28Gabriele17Là encore nous avons été reçus chaleureusement. Son exploitation est à flanc de colline, et la travailler est bien difficile. Il y fait surtout des herbes aromatiques comme le thym, l'origan, le romarin. Thérèse met en sachet le thym récolté. Sa ferme est handicapée par le manque d'eau. Un de ses projets est de construire des citernes, ou de faire un puits (plus de 10 000€...). L'an prochain il va planter des oliviers. Dès que ses enfants auront fini leurs études, il viendra s'installer définitivement à Piazza Armerina. Déjà, il forme des gestionnaires pour le remplacer dans la coopérative. Gabriele n'est pas pour autant coupé du monde, il se tient très informé de l'actualité, économique, politique et sociale. Il lit beaucoup, s'intéresse à tout. Nous avons eu de grandes discussions tard le soir, avec lui et ses voisins...

Les Galline Felici


31galinefelici20Nous avons rendez-vous avec Gabriele, à Catane pour visiter l'entrepôt des Galline Felici. C'est un grand bâtiment dans une zone industrielle de Catane. Les Galline Felici le louent à un vieux monsieur qui est très attaché à ce bâtiment car il y a travaillé toute sa vie. D'ailleurs, il a tenu à garder son bureau luxueux qui ne lui sert à rien, et tous les jours il vient dans un petit endroit aménagé, sorte de bungalow avec terrasse où il reste jusqu'à 17 heures... De là, il voit avec plaisir que son bâtiment continue à vivre, il voit l'arrivée des agrumes, des produits transformés, la ronde des camions, des tracteurs... Gabriele nous ouvre les portes de l'entrepôt bien verrouillées car ils ont été victimes d'un cambriolage il y a quelques mois.

32galinefelici21Nous entrons dans une grande salle où arrivent les différents produits. Les agrumes sont dirigés vers les machines qui vont les trier. Par une autre porte entrent les produits transformés comme les pâtés, l'huile, les différentes conserves de poivrons, tomates, aubergines, courgettes, etc... qui sont stockés dans des chambres froides. Une dizaine de personnes y travaillent. Ensuite nous montons à l'étage où se trouvent les bureaux de la coopérative : la comptabilité, la gestion des stocks, le planning des envois. Là aussi, une dizaine de personnes sont employées.  Depuis 15 ans, la coopérative des Galline Felici fonctionne, même si elle existe officiellement depuis 10 ans. Roberto en est l'initiateur, et bien d'autres l'ont suivi.

Les 36 coopérateurs regroupent près de 200 ha de terre, et avec les coopérateurs associés, on arrive à 300ha. La santé des Galline Felici est bonne. Une seule année a été déficitaire -2009 – et cette année, les bénéfices engrangés permettent de rembourser les 65 000€ que les 36 coopérateurs ont dû financer en 2009. Ils ont des réseaux en Italie, mais aussi en Belgique, en Allemagne, au Luxembourg, aux Pays-Bas, en Suisse et en France. Lorsque nous étions en visite chez Roberto, nous avons rencontré Luca, un jeune sicilien qui vit en Allemagne, à Fribourg, où il tient une épicerie bio. Il venait lui aussi visiter les Galline Felici. La coopérative ne tient pas à grossir, elle souhaite plutôt que d'autres se mettent aussi à créer des coopératives. Ils ont plein de projets comme celui de former des immigrés en lien avec une ONG, et même que ces immigrés créent eux aussi une coopérative... Un autre projet ambitieux avec l'UE est en cours à partir d'une exploitation des Galline Felici. Ce projet est en liaison avec l'université de Palerme : développer une agriculture respectueuse des sols, (permaculture), lutter contre la désertification et le changement climatique. Ce n'est donc pas la seule production qui les intéresse, mais le lien social, le bien vivre pour chacun. C'est en fait l'humain avant le marché. Le contraire de notre système économique actuel.

Pour suivre l'actualité de ce qui se passe, les Galline Felici font paraître un « pizzino tendanciellement mensuel » dont voici le lien : http://respects.fr/Consulter-les-pizzino-des-Galline-Felici.html

Un pizzino désigne de petits bouts de papier que la mafia sicilienne utilise pour les communications de haut niveau. Les Galline Felici le reprennent malicieusement. Vous pouvez vous inscrire à leur « petit mot » et même adhérer au collectif « Respects » qui s'engage pour le changement. Toute une philosophie qui s'appuie sur une pratique. http://respects.fr/index.phphttp://respects.fr/index.php