Edito

Bella Ciao, Béziers!

parisienAC'est la rentrée pour Envie à Béziers et l'occasion pour ce numéro 26 de vous présenter notre nouvelle formule, en attendant la refonte de notre site en 2019. Nous continuerons à faire paraître un numéro bimestriel et notre page sera alimentée régulièrement par des brèves sur l'actualité, les dessins de Clo et les annonces de l'agenda. Nous poursuivrons également notre collaboration avec Visa, cette ancienne association intersyndicale de vigilance contre l'extrême droite. La nouveauté c'est que nous publierons nos dossiers en décalé. Et à travers ces dossiers nous nous demanderons où en est notre ville de Béziers, où en est cette ville moyenne dirigée par l'extrême droite. Certains disent que Béziers va mieux. D'autres qu'à part une nouvelle pelouse et la grande roue rien n'a changé. On vous en dira plus sur notre prochain dossier consacré à la politique du cœur de ville. Pour ce numéro 26 il est beaucoup question d'écologie tant elle est préoccupante et aussi des fanfaronnades macroniennes ou ménardiennes, peu préoccupées du bien commun. Bonne lecture et Bella ciao, Béziers !

Il est vert pomme, on le dit « intelligent » et « communicant », il a un nom tout mignon, il s'appelle « Linky ». C'est un nouveau compteur électrique que ERDF souhaite substituer à nos compteurs actuels.

Propos recueillis par Robert Martin retranscrits par Nadja Keller

Le but principal affiché est de permettre la réalisation d'économie d'énergie en permettant d'éteindre certains équipements électriques à distance ou bien de réaliser des économies en facturant ce qui est réellement consommé. Pourtant il a des opposants. Et pour les opposants ce compteur est une arnaque et il est très nuisible. Un véritable fiasco même au niveau sanitaire, écologique, économique, problème de sécurité et d'atteinte à la vie privée. En vie à Béziers a interviewé Marie-Claire Alvergne et Denis Kockler du collectif « Stop Linky » de Portiragnes.

Robert Martin : Linky, c'est quoi ? C'est qui ?
Denis Kockler : Au départ si l'on comprend uniquement ce qu'on nous dit, Linky est un compteur dit « intelligent et communicant ». Ils nous vendent ainsi l'idée que ce compteur permet à l'usager de contrôler sa consommation, voire de produire sa propre électricité. Mais derrière tout ça, que se passe-t-il ? Il faut oublier le terme « intelligent » et retenir l'expression « compteur communicant ». C'est à dire qu'il va patrouiller, se promener dans notre réseau électrique, ramasser tout un tas de données, soi-disant pour maîtriser notre consommation, être capable de savoir quel appareil consomme quoi et comment les éteindre. Mais en réalité ça va surtout permettre de les envoyer au centre de gestion d'Enedis d'où eux aussi vont pouvoir donner des ordres à ce compteur Linky. On entend souvent que c'est obligatoire, une directive européenne. Il faut savoir que oui sur le principe il y avait une directive européenne, mais qu'elle n'a pas de valeur au niveau local. On verra peut-être tout à l'heure que d'autres pays ont refusé, c'est la France qui a décidé d'implanter ces compteurs Linky d'une manière massive chez nous.A2IllA

R.M. : Pourquoi pas ? Qu'est-ce que vous avez contre ce petit bijou technologique ? J'ai l'impression qu'il y a tout un tas de gens sur ce territoire qui refuse le progrès, c'est pas un progrès ?
Marie Claire Alvergne : On lui reproche beaucoup de choses. D'une part d'un point de vue financier puisque ces frais d'installations de 130 euros par compteur, qu'on nous dit gratuit, vont bien sûr être répercutés sur les consommations dès 2021. Des disjonctions fréquentes obligeant l'usager à changer d'abonnement, c'est à dire à prendre un abonnement au coût plus élevé. Des factures qui explosent après la pose du compteur Linky, là-dessus on a quelques données et informations.

R.M. : Mais enfin ils avaient dit que c'était pour économiser l'électricité ?
M.C.A. : Oui et pour économiser, le mieux c'est d'éteindre la lumière. Côté santé, l'incertitude concerne l'exposition prolongée aux ondes électromagnétiques générées par les fréquences utilisées par la technologie du CPL (Courant Porteur en Ligne) de Linky.
D.K. : Pour récolter, comme on l'a dit tout à l'heure, tout un tas d'informations, ils vont se servir du réseau du courant électrique. Sur ce courant électrique, ils vont injecter à peu près 36 signaux d'hyperfréquence. Ces signaux-là et les câbles électriques font que ça rayonne partout dans la maison et c'est pour ça que ça nous pose des problèmes. C'est sûr que quand on écoute Enedis ou les représentants de l'État, ils nous disent que ça rayonne moins qu'une plaque vitrocéramique. C'est vrai que le compteur rayonne moins, ce qu'ils ne précisent pas c'est qu' ils font des mesures au niveau du compteur qui est situé dans un local technique ou dans le muret extérieur, mais le rayonnement il est dans tous les câbles électriques. L'enfant qui a un petit réveil, une petite lampe à sa tête de chevet, et bien pendant toute la nuit il est soumis à ce rayonnement. On n'est pas sûr, il y a une controverse à ce niveau-là. Mais on part du principe que, de par ce qui s'est passé dans le passé, avec Tchernobyl, l'amiante, il vaut mieux adopter un principe de précaution.

 il vaut mieux adopter un principe de précaution

R.M. : Déjà dans les logements, ces émissions, avec le WIFI, on les a déjà ?
D.K. : Exactement, et ce ne sont pas les mêmes fréquences. Le problème, c'est que cela vient des fréquences injectées. Vous regardez le spectre lumineux (1), le bleu c'est une fréquence c'est pas dangereux. L'ultraviolet ou l'infrarouge, ça ça devient dangereux.

R.M. : Avec Linky, on en rajoute encore, sans forcément de nécessité, c'est ça ?
M.C.A. : Oui bien sûr. Et puis il y aussi d'autres choses qu'on lui reproche. Par exemple, le côté vie privée : la mise en cause de notre liberté avec la connaissance de nos consommations tout au long de la journée, pouvant servir d'outil de surveillance généralisée de la population. Et puis le détournement de ces données par un piratage ou par des reventes à des fins commerciales. Mais je voudrais surtout intervenir sur le côté écologique. Parce que c'est quelque chose qui pour moi est d'une absurdité incroyable. Aujourd'hui on va remplacer 35 millions de compteurs qui fonctionnent bien et qui ont une durée de vie approximative de 60 ans par des compteurs Linky d'une durée de vie de 15 à 20 ans et pour un coût de 5 milliards d'euros. Sans oublier que derrière ça nous allons avoir 700 000 concentrateurs qui vont être installés dans les transformateurs de quartier pour la transmission des données au centre de gestion par ondes radio. Aujourd'hui où on parle de l'obsolescence des matériels, ça me paraît aussi être un point important. Savoir que 35 millions d'objets qui fonctionnent vont être mis sait-on-où. Pourquoi l'accepter ? Pourquoi ne pas refuser ?

R.M. : Comment on peut le refuser ?
D.K. : C'est vrai qu'il y a l'évolution technique, mais là c'est un choix qu'on nous impose. On entend souvent ceux qui sont pour le Linky nous dire « mais vous avez des ondes radio avec le téléphone » mais on est libre d'accepter ça. Linky on n'est absolument pas libre d'accepter. On nous l'impose alors que ça n'est pas obligatoire. Pour s'y opposer la première démarche est une démarche individuelle. On écrit à Enedis par lettre recommandée en leur disant « je n'en veux pas ». Après on peut améliorer son système, mettre une petite affichette et est-ce-que ça va suffire ? Ça dépend de la pression qu'a Enedis derrière. Le maire de Bayonne par exemple a réussi sans prendre d'arrêté, en négociant avec Enedis qu'un simple refus, que ce soit par lettre recommandée ou verbalement, soit pris en compte par Enedis. Mais chez nous à Portiragnes ça ne se passe pas du tout comme ça.

Linky beziers
Il y a deux cas de figure : il y a le cas de figure où le compteur se trouve à l'intérieur de logement. Là il n'y a pas de problème, il suffit de dire non, ils ne peuvent pas rentrer à l'intérieur du domicile donc on est tranquille. Mais là où ça se complique un peu c'est quand le compteur est en limite de propriété sur la voie publique. Dans ce cas Enedis, faisant fi de toute la loi française, considère que ce muret-là, c'est pas votre propriété. La propriété c'est l'habitation et le terrain. Mais Enedis considère que le terrain, ça n'est pas la propriété puisqu'ils ont le droit d'y entrer les mains pour retirer le compteur. Puisque Enedis fait le forcing, l'étape suivante pour ceux qui veulent vraiment résister et ont leur compteur en limite de propriété, c'est mon cas, c'est de faire comme moi : je l'ai barricadé. On trouve sur internet tout un tas de plans pour barricader son compteur, on recommande de laisser accessible le disjoncteur. Maintenant quand c'est barricadé, Enedis envoie des lettres recommandées en disant « on va vous traîner en justice » car « par mesure de sécurité il faut que ça soit accessible ». On peut laisser le compteur visible pour que Enedis puisse relever la consommation, mais le reste est barricadé. Après on peut faire une action collective par des actions de groupe. Il y a actuellement sur internet plusieurs actions de groupe qui sont engagées pour attaquer avec l'aide d'avocats contre Enedis. Et après il y a les refus au niveau communal, les élus peuvent prendre position. Il faut savoir que les compteurs appartiennent à la commune. Encore faut-il que les élus sachent que les compteurs sont à eux. Chez nous quand ils nous ont reçus, on leur a dit « Mais les compteurs sont à vous, vous ne pouvez pas les donner à Enedis sans prendre une délibération, les sortir d'inventaire. » Donc ils ont posé la question à Enedis : « Que deviennent ces compteurs, vous nous les laissez ? ». Et Enedis a répondu « Bahh non, on les envoie à deux sociétés partenaires spécialisées dans le recyclage ».

à notre grande surprise la salle fut trop petite pour accueillir près de 200 Portiragnais

R.M. : Réaction individuelle, réaction municipale, et réaction citoyenne. Un peu partout en France des gens créent des collectifs, des associations. C'est le cas à Portiragnes. C'est plus rare de trouver ce genre de collectif dans les petits villages et c'est ce qui m'a paru intéressant. Qu'est ce qui s'est passé chez vous ?
M.C.A. : Il y a un moment avec Denis qu'on était intéressé par cette question du Linky et à travers une association à laquelle on est adhérent. On avait fait quelques articles pour parler de Linky. Et on avait proposé à une équipe d'opposition de la municipalité de proposer un vote, une motion visant à justement laisser le libre choix aux Portiragnais d'accepter ou non le changement de leur compteur. Hélas cette motion n'a obtenu que 3 suffrages. Et comme on n'avait toujours aucune information ni de la mairie ni de nulle part, on a décidé de faire une réunion d'information qu'on a intitulé « Linky, info ? Intox ? ». Cette réunion a eu lieu le 15 mai 2018 avec deux membres de l'association Robin des Toits (2) parce qu'on a pris des experts en la matière pour répondre aux questions. Et à notre grande surprise la salle fut trop petite pour accueillir près de 200 Portiragnais. Ces derniers ont exprimé le besoin de se regrouper pour mieux se défendre. On a donc organisé une deuxième réunion. C'était le 30 mai 2018, avec là aussi autant de participants. Il a été décidé de mettre sur pied différentes actions que nous pouvions mener collectivement. Pour stopper la pause de ces compteurs il a été créé un collectif. Le collectif pour nous c'est un groupe de personnes qui se réunissent pour réfléchir et agir collectivement car nous sommes conscients qu'agir individuellement ne serait pas assez efficace. Ces personnes sont venues d'horizons différents, et c'est dans la confrontation des points de vue que l'action se mène. Là il a été décidé de faire une pétition pour demander à Madame la Maire de Portiragnes de refuser la pause des compteurs pour ceux qui ne le souhaitaient pas, et d'éviter de mettre ces compteurs dans les lieux qui recevaient des enfants. Le principe de précaution nous semblait important notamment au niveau des écoles. Cette pétition a obtenu 725 signatures.
D.K. : Ce qui est une satisfaction pour nous c'est qu'on a obtenu plus de signatures que Madame le Maire a obtenu de voix aux élections municipales !

R.M. : Ça va la faire réfléchir.
M.C.A : Donc nous avons porté cette pétition à Madame le Maire et puis nous avons demandé deux choses : nous avons demandé qu'il y ait une réunion tripartite entre Enedis, le collectif et la mairie ; et ensuite qu'elle nous prête une salle communale pour pouvoir communiquer avec les Portiragnais, la salle qu'elle nous avait laissée la première fois étant trop petite. Nous n'avons pas obtenu grand chose. Là pour l'instant nous en sommes là. Hélas les compteurs continuent à être posés à Portiragnes.
D.K. : Toute nos demandes ont été refusées : la salle, du coup on a fait une demande pour pouvoir se réunir sur la voie publique qui nous a aussi été refusée, notifiée par la police municipale puis la gendarmerie. Et puis elle s'est arrangée pour qu'on n'ait pas de réunion tripartite avec Enedis.

R.M. : Le bras de fer continue, vous ne baissez pas les bras ! A tous les villages qui nous lisent, prenez exemple sur Portiragnes, montez un collectif, faites une réunion publique, amenez l'information et sollicitez votre municipalité !
D.K. : Ce qu'on constate c'est que les communes aux alentours, Serignan, Villeneuve, nous appellent, demandent des conseils, il ne faut pas hésiter à nous contacter, on est prêt à répondre. Notre site internet c'est stoplinky. portiragnes.info

1) Le spectre d'une lumière est l'image que l'on obtient en décomposant cette lumière à l'aide d'un prisme (ou d'un réseau).
2) https://www.robindestoits.org/

Vous pouvez retrouvez cet interview en écoutant l'émission radio d'En vie à Béziers sur le site de Radio Pays D'Hérault