Edito

Bella Ciao, Béziers!

parisienAC'est la rentrée pour Envie à Béziers et l'occasion pour ce numéro 26 de vous présenter notre nouvelle formule, en attendant la refonte de notre site en 2019. Nous continuerons à faire paraître un numéro bimestriel et notre page sera alimentée régulièrement par des brèves sur l'actualité, les dessins de Clo et les annonces de l'agenda. Nous poursuivrons également notre collaboration avec Visa, cette ancienne association intersyndicale de vigilance contre l'extrême droite. La nouveauté c'est que nous publierons nos dossiers en décalé. Et à travers ces dossiers nous nous demanderons où en est notre ville de Béziers, où en est cette ville moyenne dirigée par l'extrême droite. Certains disent que Béziers va mieux. D'autres qu'à part une nouvelle pelouse et la grande roue rien n'a changé. On vous en dira plus sur notre prochain dossier consacré à la politique du cœur de ville. Pour ce numéro 26 il est beaucoup question d'écologie tant elle est préoccupante et aussi des fanfaronnades macroniennes ou ménardiennes, peu préoccupées du bien commun. Bonne lecture et Bella ciao, Béziers !


Pour la femme ou l'homme qui veut fonder un parti politique, créer une association, une revue littéraire, un groupe de musique, démarrer un groupe de réflexion, fonder une famille, ou créer une entreprise, la 1ère étape est toujours la même : il faut commencer par être deux.

Par Sunzi

C'est une évidence, qu'il est bon de rappeler, dans notre société où « le comment , qui remplace désormais le pourquoi, et la pensée-calcul sont en train de programmer une humanité automatisée en route vers le transhumanisme » (1).

Pour arriver à être trois, comme dans une famille où naît un enfant, ou pour devenir un groupe, restreint ou immense, il faut commencer par réussir cette alchimie du couple primordial : deux singularités vont faire surgir une force nouvelle, pour le meilleur ou pour le pire.

Le couple, névrose ou fugue harmonique

Les couples qui se mettent au service de la pulsion de mort deviennent destructeurs : quand deux pervers se rencontrent, il arrive qu'ils pataugent dans leur analité sans pouvoir en sortir ; déployant alors leur sado-masochisme, le pire peut arriver, si les conditions externes leur sont favorables : ainsi firent Nicolae Ceausecu et son épouse, ou Hitler et Eva Braun.


L'énergie de vaincre, en France
Entre l'ombre des couples sanguinaires, destructeurs et la lumière des couple d'artistes , créateurs, on rencontre ce cas récent, celui d'Emmanuel Macron et de son incroyable accession à la présidence, à une vitesse peu commune : il n'a jamais caché ce qu'il doit à sa femme Brigitte, non seulement depuis qu'elle était son professeur de théâtre, mais aussi pendant ces périodes épuisantes et éprouvantes que sont la campagne électorale et, depuis sa victoire, l'exercice de la présidence de la République. Comme il est prudent et prévoyant – nous verrons dans les années qui viennent les limites de ses capacités de prévoyance -, il a pris soin de créer, en plus de celui qu'il forme avec Brigitte, d'autres couples qui ont facilité sa prise de pouvoir : avec Edouard Philippe, avec quelques hommes et femmes qui constituent aujourd'hui encore sa garde prétorienne, mais aussi avec François Bayrou, avec Gérard Collomb, avec Nicolas Hulot ; on a vu comment ces 3 derniers couples ont fini par battre de l'aile. Le Coran conseille aux croyants de ne pas avoir plus de 4 épouses : Macron devrait méditer ce conseil. Quant au couple intellectuel qu'il forma jadis avec Paul Ricoeur, espérons qu'il en retienne d'autres aspects que celui d'une vision protestante de l'économie et de la marche du monde.


L'énergie de vaincre, à Béziers
Moins spectaculaire – quoique ? – mais tout aussi inquiétante, c'est à Béziers qu'on peut voir à l'œuvre cette énergie de vaincre qui germe dans la rencontre amoureuse de deux personnes animées de la même passion idéologique : le soutien d' Emmanuelle Duverger à son mari Robert Ménard a compté pour beaucoup dans la victoire de ce dernier pour conquérir la ville de Béziers en 2014 ; cette fidélité conjugale était si forte qu'elle résista aux tentatives d'adultère ( politiques, certes, mais non moins risquées) avec Marine Le Pen. Réciproquement, le succès d'Emmanuelle Duverger-Ménard aux législatives n'est pas dû uniquement à ses mérites personnels, dans la mesure où elle a pu s'appuyer sur la solidité de son couple; l'avenir proche nous dira jusqu'où ira ce tandem, dans sa course incertaine pour régner sur l'Occitanie.


Quand l'amour se nourrit de l'Esprit et du langage
La science psychanalytique nous l'a démontré : la fixation ambivalente (amour/haine) du nourrisson (fille ou garçon) à sa mère constitue le noyau originel de toute relation de couple. Pour intégrer puis dépasser cette relation fusionnelle avec la mère, « une bouée de sauvetage se présente à l'horizon du « sentiment océanique » : le père aimant. Surface imaginaire qui, par son autorité aimante, me décolle du contenant engloutissant : il est le garant de mon être » (2). Freud décrira cette étape dans l'individuation du nouveau-né comme une identification affective fulgurante, « directe et immédiate, avec un père aimant, qui aurait les attributs des 2 parents » (3) , « parce que l'enfant n'a pas à l'élaborer : elle lui est transmise par l'amour de sa mère pour le père de l'enfant et pour son père à elle. ... En me reconnaissant, l'autorité aimante du père me fait être. Il s'agit d'un étayage fondamental, sans lequel je ne saurais acquérir aucune norme, accepter aucune frustration, obéir à aucun interdit, assumer aucune loi morale. L'identification primaire est au fondement de l'autorité, car, constituée par la reconnaissance aimante du tiers, elle rompt avec la terreur et la tyrannie qui menacent le prématuré impotent qu'est le nouveau-né – et elle initie la culture.» (4).
Cette « identification primaire » de l'enfant avec le « Père de la préhistoire individuelle » est antérieure à toute relation de désir, antérieure à celle d'avec le père oedipien. Ce dernier, « objet d'amour-haine, n'interviendra que plus tard, pour solliciter la révolte et le meurtre comme condition pour l'advenue d'un sujet autonome et pensant .» (5)
Ces deux identifications primordiales du nouveau-né, avec la mère océanique, avec le père aimant, lui sont indispensables pour la suite de son développement ; bien d'autres étapes, d'autres épreuves, seront nécessaires à l'enfant, puis à l'adolescent, pour devenir un adulte autonome, capable de surmonter les jalousies, les fuites devant les obstacles et les dissensions qui surviennent inévitablement à l'intérieur de tous les couples, capable d'éviter les séparations prématurées qui sont devenues aujourd'hui tellement courantes ; si nombreuses, au point d'avoir des effets mesurables, par les sociologues et les psychologues scolaires, sur les enfants vivants dans des familles mono-parentales. Souffrances de l'enfant, souffrances du parent isolé – la mère, le plus souvent - , qui, en plus de sa détresse affective, doit faire face aux conditions matérielles de son existence, la sienne et celle de ses enfants. La misère aidant, ces parents isolés deviennent des proies faciles pour les prêcheurs, prédicateurs et fanatiques de tout poil, comme on le voit en Afrique, aux Etats-Unis, et, là où un drame se prépare, au Brésil, où un cinglé admirateur de la dictature militaire risque d'arriver au pouvoir, avec le soutien des évangélistes. Ce courant puritain-conservateur, comme l'est l'islamisme, qui, de l'Indonésie au Maroc, a vaincu (provisoirement ?) l'islam, a déjà démontré son pouvoir de nuisance aux Etats-Unis, non seulement en favorisant l'élection de D.Trump, mais aussi en soutenant à coup de dizaines de millions de dollars tous les courants favorables à l'extrême-droite israélienne au pouvoir depuis 1993, au travers de multiples organismes, comme le CUFI (Chrétiens unis pour Israël), ou le TIP (The Israël Project), ainsi qu'on peut le lire dans un article (« Le documentaire interdit ») du Monde Diplomatique de septembre 2018.


Génie du couple, quand il joue (Littérature / Philosophie / Art / Science / Politique)
Le moment est venu de donner quelques exemples de couples « positifs » : femmes et hommes qui nous font espérer que, grâce à la persistance de l'Esprit, l'espèce humaine mérite d'être sauvée. Des femmes et des hommes qui nous font sentir que, parfois, la vie peut être belle. Une liste provisoire (nos lecteurs compléteront), une liste où on verra que la relation à deux se joue à des niveaux différents d'un couple à l'autre, ou, dans un même couple, à des niveaux qui s'entremêlent. (Ainsi, pour Marx et Engels : proximité philosophique, plus amitié, plus soutien matériel, plus production littéraire, plus luttes politiques communes.)
Ulysse et Pénélope. Antoine et Cléopâtre. Moïse et YHWH. Jésus et Pierre, « cette pierre sur qui je bâtirai mon Eglise ». Abélard et Héloïse. Dante et Béatrice. Mozart et Constanza. Montaigne et La Boétie. Hegel et Hölderlin. Marx et Engels. Karl Marx et Jenny Marx (6). Heidegger et Nietzsche. Vincent et Théo Van Gogh, Gauguin et Van Gogh, Cézanne et Hortense Fiquet, Cézanne et Picasso, Picasso et Marie-Thérèse Walter, Rimbaud et Verlaine, Proust et sa mère, Mery Laurent et Manet, Manet et Mallarmé, Marie Bonaparte et Freud, Freud et Wilhelm Reich, Elizabeth Craig et Céline, Céline et Lucette Destouches, Jean-Luc Godard et Anna Karina, Simone de Beauvoir et Claude Lanzmann, Julia Kristeva et Philippe Sollers, Sollers et Marcelin Pleynet, Julia Kristeva et Hannah Arendt, Hannah Arendt et Martin Heidegger, Sollers et Dominique Rolin, Benoît Peeters et Marie-Françoise Plissart, Benoît Peeters et Jacques Derrida, Catherine Millet et Jacques Henric, Elisabeth Roudinesco et Jacques Lacan, Frans De Haes et Ezéchiel, et tant d'autres.

 

1) Julia Kristeva, « L'avenir d'une révolte », L'Infini n° 143, Automne 2018, Gallimard, p. 10.
2) Julia Kristeva, « Cet incroyable besoin de croire », éd. Bayard, 2007, p. 36.
3) Sigmund Freud, « Le Moi et le ça », P.U.F., 1923.
4) J. Kristeva, ibid., p. 37.
5) Ibid, p. 36.
6) Karl et Jenny Marx, « Lettres d'amour et de combat », Payot-Rivages, 2013.